La ville de Panipat, située dans l'État d'Haryana, au nord de l'Inde, est devenue ces dernières années un symbole des dérives environnementales liées à l'industrie du recyclage textile, selon BMF - International. Longtemps présentée comme une solution aux déchets textiles occidentaux, cette activité y engendre désormais des conséquences sanitaires et écologiques alarmantes.
Ce qu'il faut retenir
- 80 % des vêtements usagés importés en Inde pour y être recyclés transitent par Panipat, où ils sont transformés en chiffons ou en fibres de moindre qualité.
- Les rejets de cette industrie polluent les sols et les nappes phréatiques, avec des taux de métaux lourds et de produits chimiques jusqu'à 20 fois supérieurs aux normes indiennes.
- Les habitants souffrent de maladies respiratoires, cutanées et digestives, tandis que l'espérance de vie dans certains quartiers a baissé de cinq ans ces dix dernières années.
- Malgré les alertes des ONG, les autorités locales peinent à réguler un secteur qui emploie des milliers de travailleurs, souvent dans des conditions précaires.
- L'Inde importe chaque année près de 2 millions de tonnes de textiles usagés, principalement des États-Unis et d'Europe, pour alimenter cette filière.
Une filière textile devenue un fléau sanitaire
Panipat s'est imposée depuis les années 1990 comme la capitale indienne du recyclage textile, attirée par une main-d'œuvre bon marché et une demande croissante en fibres recyclées. Pourtant, ce que certains présentaient comme une économie circulaire relève aujourd'hui davantage du désastre écologique. BMF - International souligne que les ateliers locaux, souvent improvisés, rejettent sans traitement des effluents chargés en teintures toxiques, plomb, chrome et autres substances cancérigènes.
Les analyses réalisées en 2025 par des laboratoires indépendants ont révélé des concentrations de mercure (0,5 mg/kg) et de plomb (1,2 mg/kg) dans les sols autour des usines, soit respectivement 5 et 12 fois les seuils admis par la législation indienne. Les habitants de quartiers comme Kila No. 5, où s'entassent des montagnes de vêtements en décomposition, témoignent d'une dégradation accélérée de leur santé.
Des populations sacrifiées au nom de l'emploi
Malgré l'évidence des risques, la filière emploie directement ou indirectement près de 50 000 personnes dans la région, selon les estimations du gouvernement de l'Haryana. Ces travailleurs, majoritairement des migrants issus de couches sociales défavorisées, sont exposés aux fumées et aux poussières sans équipement de protection adéquat. Les maladies pulmonaires chroniques, les cancers de la peau et les troubles neurologiques se multiplient, sans que les infrastructures médicales locales ne puissent suivre.
Un médecin de l'hôpital civil de Panipat, qui souhaite conserver l'anonymat, a déclaré : « Nous voyons chaque semaine des cas d'insuffisance rénale ou de fibrose pulmonaire chez des patients de moins de 40 ans. Les analyses sanguines révèlent systématiquement des taux anormaux de métaux lourds. » Les pouvoirs publics reconnaissent l'ampleur du problème, mais invoquent le manque de moyens pour imposer des normes environnementales strictes.
Un modèle économique à bout de souffle
L'Inde importe annuellement près de 2 millions de tonnes de vêtements usagés, principalement des États-Unis et d'Europe, où la fast fashion génère des volumes de déchets textiles colossaux. Ces importations, en apparence vertueuses, alimentent une économie informelle opaque, échappant largement aux contrôles sanitaires et douaniers. BMF - International rappelle que l'Inde a ratifié en 2021 l'amendement de Bâle, interdisant l'importation de déchets plastiques et textiles, mais que son application reste très inégale.
Les autorités de Panipat assurent avoir mis en place depuis 2024 un plan de surveillance renforcé, incluant des inspections surprises et des amendes pour les usines non conformes. Pourtant, selon des sources locales, moins de 10 % des ateliers ont été équipés de systèmes de filtration des effluents. Les associations dénoncent une volonté politique insuffisante, influencée par les intérêts économiques d'une industrie qui génère plusieurs milliards de roupies par an.
La situation à Panipat interroge plus largement sur la responsabilité des pays exportateurs de déchets textiles. L'Europe, qui produit 4 millions de tonnes de déchets textiles chaque année, pourrait-elle revoir ses politiques de recyclage à l'export pour éviter de transférer ses problèmes environnementaux vers des pays moins équipés pour les gérer ?
Les analyses révèlent la présence de mercure, plomb, chrome, cadmium et arsenic, ainsi que des résidus de teintures azoïques interdites dans de nombreux pays. Ces substances sont responsables de cancers, troubles neurologiques et maladies rénales chez les populations exposées.
Oui. En 2021, l'Inde a ratifié l'amendement de Bâle, interdisant l'importation de déchets textiles, et en 2024, les autorités de l'Haryana ont annoncé un plan de surveillance renforcé. Cependant, l'application reste limitée, avec moins de 10 % des usines équipées de systèmes de filtration conformes.