Selon Euronews FR, l’archipel des Baléares et d’autres îles méditerranéennes, confrontées à une sécheresse persistante, pourraient bientôt compter sur une solution innovante pour sécuriser leur approvisionnement en eau. Hashem Arouzi, entrepreneur britannique basé à Ibiza, a présenté à Barcelone le 30 juillet 2026 un appareil baptisé ARK, capable de produire jusqu’à 500 litres d’eau potable par jour à partir de l’air, même dans des conditions de faible humidité.
Ce qu'il faut retenir
- À Ibiza, plus de 15 000 propriétés non raccordées au réseau dépendent de puits désormais asséchés, selon les déclarations d’Hashem Arouzi.
- L’appareil ARK, développé par la société Ahbstra, utilise une technologie récompensée par le prix Nobel de chimie 2025.
- Les Metal-Organic Frameworks (MOF), structures moléculaires innovantes, permettent de capter l’humidité de l’air sans recourir à un refroidissement énergivore.
- Le coût de l’ARK, estimé à 175 000 €, le rend accessible uniquement à une clientèle aisée ou institutionnelle pour l’instant.
- La technologie des MOF est également testée par Atoco, filiale d’Omar M. Yaghi, pour des collecteurs d’eau de plus grande capacité.
- En Europe du Sud, 30 % de la population est confrontée à un stress hydrique permanent, selon l’Agence européenne pour l’environnement.
Une technologie née d’un Nobel pour répondre à une crise immédiate
Lorsque les puits de sa résidence à Ibiza se sont taris, Hashem Arouzi a pris la mesure de l’urgence hydrique qui touche les îles européennes. « Rien qu’à Ibiza, il y a plus de 15 000 propriétés qui ne sont pas raccordées au réseau d’eau », a-t-il expliqué à Euronews FR. « Les puits qui les alimentaient jusqu’ici sont en train de se tarir. » Les livraisons par camion-citerne offrent un répit temporaire, mais les réservoirs s’assèchent également, laissant des milliers de foyers sans solution durable.
C’est dans ce contexte que l’entrepreneur a développé l’ARK, un dispositif « plug-and-play » dont la particularité réside dans sa capacité à exploiter les Metal-Organic Frameworks (MOF). Ces structures moléculaires, récompensées par le prix Nobel de chimie 2025, offrent une surface interne équivalente à celle d’un terrain de football dans un gramme de matériau. Leur invention est le fruit de décennies de recherche menées par Susumu Kitagawa (université de Kyoto), Richard Robson (université de Melbourne) et Omar M. Yaghi (université de Californie à Berkeley).
Des MOF pour capter l’humidité là où les autres technologies échouent
Les générateurs d’eau atmosphérique (AWG) traditionnels fonctionnent en refroidissant l’air jusqu’à son point de rosée pour provoquer la condensation. Cependant, cette méthode devient inefficace lorsque l’humidité est faible, comme c’est souvent le cas en Méditerranée en période estivale. Les MOF, eux, agissent comme des adsorbants : ils retiennent les molécules de vapeur d’eau à leur surface, même dans un air sec, avant de les libérer sous forme liquide grâce à une quantité modérée de chaleur.
Ahbstra affirme avoir surmonté l’obstacle de la consommation énergétique élevée des MOF en mettant au point un réacteur breveté à particules en suspension. Ce système fait circuler l’air à travers des granulés de MOF à l’état fluidisé, optimisant ainsi leur performance. « Depuis des années, les MOF sont un "matériau magique" sur le point de fournir des résultats essentiels pour l’environnement », a souligné Arouzi. « Leur potentiel pour la collecte d’eau ou le captage du carbone est immense. »
Des collecteurs géants et des modèles domestiques en développement
En février 2026, la société d’Omar M. Yaghi, Atoco, a dévoilé le premier collecteur d’eau au monde basé sur les MOF. Les commandes pour ces unités, d’une taille comparable à celle d’un conteneur maritime et capables de produire jusqu’à 1 000 litres par jour grâce à l’énergie thermique ambiante, doivent ouvrir plus tard dans l’année. Ces dispositifs pourraient devenir une solution de secours pour les communautés en situation de catastrophe, mais aussi fournir de l’eau aux centres de données en récupérant la chaleur perdue.
Ahbstra et Atoco ne se concentrent pas uniquement sur les grands modèles. Les deux entreprises développent également des systèmes adaptés aux besoins des particuliers, bien que les coûts restent élevés. L’ARK, proposé à 150 000 £ (environ 175 000 €), pourrait cependant sauver de l’abandon des propriétés dont la valeur se déprécie faute de sécurité hydrique. L’eau produite peut être utilisée pour réalimenter des puits, des citernes ou être directement intégrée au réseau interne d’une résidence.
L’Europe du Sud en première ligne face au stress hydrique
Cet été, l’Europe du Sud a connu une série de vagues de chaleur et de sécheresses aggravant une situation déjà critique. D’après l’Agence européenne pour l’environnement, 30 % de la population de la région est désormais confrontée à un stress hydrique permanent. « Il est évident que les régimes météorologiques et les précipitations évoluent », a rappelé Richard Perkin, directeur technique d’Ahbstra. « Cela entraîne des conditions de sécheresse plus extrêmes et plus longues dans de nombreux endroits. »
Face à cette crise, une approche globale est nécessaire, combinant efficacité dans l’utilisation de l’eau, recyclage et amélioration des infrastructures. Pourtant, comme le rappelle Perkin, « si les barrages ou les puits sont à sec, ils ne peuvent être remplis que lorsqu’il pleut au bon endroit ». Dans ce contexte, la collecte d’eau atmosphérique représente une « composante indispensable de la réponse », insiste-t-il.
Alors que les îles méditerranéennes cherchent désespérément des solutions pour éviter l’effondrement de leurs ressources en eau, la technologie des MOF apparaît comme une lueur d’espoir. Reste à savoir si elle parviendra à s’imposer face aux méthodes traditionnelles, ou si son coût en limitera l’accès aux populations les plus touchées.
Les MOF sont des adsorbants qui captent directement les molécules de vapeur d’eau dans l’air, même à faible humidité, sans nécessiter un refroidissement profond. Contrairement aux AWG classiques, qui dépendent du point de rosée et deviennent inefficaces en conditions sèches, les MOF libèrent l’eau capturée grâce à une chaleur modérée, ce qui les rend plus adaptés aux climats arides.