Les membres de la Coalition Article 64 (C64), qui s’opposent à la modification de la Constitution en République démocratique du Congo, ont annoncé ce 4 juin 2026 à Kinshasa que leur appel à une journée de « ville morte » avait été suivi dans plusieurs villes du pays, et pas uniquement dans la capitale. Selon RFI, cette opération, organisée mardi 3 juin, visait à protester contre le projet de loi porté par la majorité présidentielle, susceptible de permettre au président Félix Tshisekedi de briguer un troisième mandat.

L’opposant Delly Sesanga, membre éminent de la coalition, a indiqué lors d’une conférence de presse que des villes comme Lubumbashi, Kisangani ou encore Mbuji-Mayi avaient répondu à l’appel. « Plusieurs villes ont répondu à l’appel contre le changement de la Constitution », a-t-il affirmé, sans préciser le nombre exact de localités concernées ni l’ampleur de l’adhésion dans chacune d’elles. La veille, des commerces fermés et des rues désertes avaient été signalés dans la capitale congolaise, signe d’un mouvement de protestation organisé.

Ce qu'il faut retenir

  • Une mobilisation nationale : la C64 affirme que l’appel à la « ville morte » a été suivi au-delà de Kinshasa, dans des villes comme Lubumbashi, Kisangani et Mbuji-Mayi, selon les déclarations de Delly Sesanga.
  • Une opposition au projet constitutionnel : la coalition s’oppose à la modification de la Constitution, qui pourrait permettre au président Félix Tshisekedi de se représenter pour un troisième mandat.
  • Une plainte déposée contre le chef de l’État : Delly Sesanga a annoncé le dépôt d’une plainte contre Félix Tshisekedi et ses « complices » pour « tentative de renversement de l’ordre constitutionnel ».
  • Un mouvement de protestation organisé : la journée du 3 juin a vu des commerces fermés et des rues désertes dans plusieurs villes, reflétant un mouvement de contestation coordonné.

Une mobilisation qui dépasse Kinshasa

La Coalition Article 64 (C64) a détaillé, lors de sa conférence de presse tenue dans la capitale congolaise, que l’appel à la « ville morte » avait trouvé un écho significatif en dehors de Kinshasa. « Notre appel a été entendu au-delà de la capitale », a souligné Delly Sesanga. Si le bilan précis de cette mobilisation reste à établir, les déclarations des opposants laissent entendre que des villes majeures du pays ont participé à ce mouvement de protestation. Pour l’opposition, cette journée s’inscrit dans une stratégie plus large visant à empêcher toute modification de la Constitution, jugée anticonstitutionnelle.

Selon les observateurs, cette mobilisation illustre la capacité de la C64 à mobiliser au-delà des frontières de la capitale. Les images diffusées sur les réseaux sociaux montrent des rues désertes et des commerces fermés dans plusieurs villes, bien que l’ampleur réelle de l’adhésion reste difficile à évaluer sans données officielles. La coalition a appelé à une « résistance pacifique », tout en mettant en garde contre une répression éventuelle des autorités.

Une plainte déposée contre Félix Tshisekedi et ses « complices »

En marge de l’annonce de la mobilisation, Delly Sesanga a révélé que la C64 avait déposé une plainte contre le président Félix Tshisekedi et ses collaborateurs. « Nous avons déposé une plainte contre le chef de l’État et ses complices pour tentative de renversement de l’ordre constitutionnel », a-t-il déclaré. Pour l’opposition, la modification de la Constitution représenterait une violation flagrante des règles en vigueur, ouvrant la voie à un troisième mandat pour le président sortant.

Cette plainte, déposée auprès des autorités judiciaires, s’appuie sur l’Article 64 de la Constitution, qui encadre les modalités de révision du texte fondamental. La C64 estime que le projet porté par la majorité présidentielle constitue une manœuvre illégale pour prolonger le mandat du président. « Félix Tshisekedi cherche à s’accrocher au pouvoir par tous les moyens », a affirmé Delly Sesanga, sans préciser si d’autres figures politiques ou institutions étaient visées par cette procédure.

Un contexte politique sous tension

Cette mobilisation intervient dans un contexte politique déjà tendu en RDC. Depuis plusieurs mois, des tensions persistent entre l’opposition et la majorité présidentielle, autour notamment de la question de la révision constitutionnelle. Le projet, porté par des députés proches du pouvoir, prévoit de modifier plusieurs articles, dont ceux limitant le nombre de mandats présidentiels. Pour ses détracteurs, cette réforme vise à permettre à Félix Tshisekedi de se représenter en 2028, malgré les critiques sur sa légitimité.

La C64, qui regroupe plusieurs partis d’opposition et la société civile, a multiplié les appels à la résistance, tout en dénonçant une instrumentalisation de la justice. « Les institutions sont mises au service d’un projet politique », a rappelé Delly Sesanga, sans entrer dans les détails des pressions éventuelles exercées sur le pouvoir judiciaire. La coalition a également appelé la communauté internationale à soutenir la résistance congolaise contre ce qu’elle qualifie de « dérive autoritaire ».

Et maintenant ?

La prochaine étape pourrait consister en une nouvelle journée de mobilisation, si la pression sur le pouvoir ne faiblit pas. Les observateurs s’attendent à ce que la C64 organise d’autres actions dans les semaines à venir, tandis que la majorité présidentielle devrait poursuivre les débats sur la révision constitutionnelle. Le calendrier politique reste flou, mais la plainte déposée contre Félix Tshisekedi pourrait entraîner des développements judiciaires dans les prochains mois. Reste à voir si cette mobilisation parviendra à inverser la tendance ou si le pouvoir parviendra à imposer sa réforme.

Pour l’instant, l’opposition mise sur une résistance unie, malgré les risques de répression. La suite des événements dépendra en grande partie de la capacité des différents acteurs à maintenir la pression sur le gouvernement, dans un pays où les tensions politiques sont déjà vives.

La Coalition Article 64 (C64) est un regroupement de partis politiques d’opposition, de la société civile et de personnalités congolaises qui s’opposent à la modification de la Constitution en République démocratique du Congo. Elle tire son nom de l’Article 64 de la Constitution, qui encadre les modalités de révision du texte fondamental.