Dans l'île italienne de Sardaigne, où se concentrent 65 % des sites militaires du pays, l'usine du groupe RWN, spécialisée dans la production de drones et de munitions sous-marines, s'apprête à doubler ses capacités d'ici 2027. Cette annonce, qui intervient malgré une opposition croissante de mouvements pacifistes et un recours en justice, illustre les tensions persistantes entre impératifs économiques et convictions éthiques.

Selon Le Monde, cette expansion, prévue pour un coût non précisé, s'inscrit dans une logique industrielle défendue par les autorités locales comme un levier de développement régional. Pourtant, elle se heurte à une mobilisation citoyenne déterminée, reflétant les contradictions d'une société majoritairement attachée à la paix mais dépendante de l'industrie de l'armement pour son économie.

Ce qu'il faut retenir

  • 65 % des sites militaires italiens sont situés en Sardaigne, selon les dernières données disponibles.
  • L'usine RWN, productrice de drones et munitions sous-marines, devrait doubler ses capacités de production d'ici 2027.
  • Malgré l'opposition des groupes pacifistes et un recours devant le tribunal administratif, le projet avance.
  • La région mise sur cette industrie pour son développement économique, malgré les critiques sur son impact moral.

Une région sous tension entre économie et éthique

La Sardaigne incarne un paradoxe italien : celle d'une île où l'activité militaire structure une partie de l'économie, mais où les valeurs pacifistes restent profondément ancrées dans la société civile. Le groupe RWN, dont l'usine est l'un des principaux employeurs locaux, joue un rôle clé dans cette équation. Ses drones et munitions, exportés vers plusieurs pays européens, contribuent à un chiffre d'affaires annuel estimé à plusieurs centaines de millions d'euros.

Pour les défenseurs du projet, cette industrie est indispensable à la souveraineté nationale et à la création d'emplois. « Nous ne pouvons pas ignorer que cette activité soutient des milliers de familles », a déclaré un représentant de la région Sardaigne, cité par Le Monde. Mais pour les opposants, cette logique économique prime sur des considérations humanitaires, dans une région déjà marquée par des décennies de conflits et d'essais nucléaires dans les années 1960.

Une opposition structurée mais marginalisée

Les manifestations contre l'expansion de RWN se multiplient depuis le dépôt du projet en 2024. Des associations comme Pax Christi ou Disarm Now organisent régulièrement des rassemblements, dénonçant une militarisation croissante de l'île. Un recours a même été déposé devant le tribunal administratif de Cagliari, invoquant des vices de procédure et des risques environnementaux. Pourtant, selon des observateurs, cette opposition peine à peser face au soutien des institutions locales et nationales.

« Personne ne nie la valeur de la paix, mais comment nourrir les gens sans emplois stables ? », interroge un élu local, sous couvert d'anonymat. Cette question résume le dilemme auquel est confrontée la Sardaigne, où le taux de chômage dépasse la moyenne nationale. Les partisans du projet soulignent que l'usine RWN a déjà permis de réduire le chômage de 5 points en cinq ans dans certaines zones, un argument difficile à contester.

Un modèle industriel en débat en Europe

L'expansion de RWN en Sardaigne s'inscrit dans un contexte plus large : celui d'un regain d'intérêt pour l'industrie de défense en Europe, accéléré par la guerre en Ukraine et les tensions géopolitiques. L'Italie, comme d'autres pays européens, mise sur ce secteur pour renforcer son autonomie stratégique. En Sardaigne, cette orientation se traduit par des investissements publics et privés, malgré les réticences d'une partie de la population.

Cependant, cette stratégie n'est pas sans risques. Les critiques pointent du doigt l'opacité des contrats passés avec RWN, ainsi que l'absence de débat démocratique approfondi sur l'orientation industrielle du pays. « On nous demande de choisir entre notre portefeuille et nos valeurs », résume une militante pacifiste rencontrée par Le Monde.

Et maintenant ?

Le tribunal administratif de Cagliari doit rendre sa décision d'ici la fin de l'année 2026. Quel que soit son verdict, l'usine RWN prévoit de commencer les travaux au premier trimestre 2027, sous réserve des autorisations environnementales. Une période de consultations publiques est également annoncée pour tenter d'apaiser les tensions, sans garantie de succès.

D'ici là, la Sardaigne restera un laboratoire des contradictions européennes, où se jouent à la fois la sécurité nationale et les aspirations pacifistes d'une société en quête de cohésion.

L'usine RWN de Sardaigne produit principalement des drones de surveillance et des munitions sous-marines, selon les informations communiquées par le groupe et confirmées par Le Monde.