Comme le rapporte Libération, l’ancien général serbe Ratko Mladić, condamné à la prison à perpétuité pour son rôle dans le massacre de Srebrenica en 1995, bénéficiera d’obsèques nationales assorties des plus hauts honneurs militaires et d’État en Serbie. Cette décision, qui intervient après des années de controverses, reflète la division persistante au sein du pays autour de la mémoire des conflits des années 1990.
Ce qu’il faut retenir
- Ratko Mladić, ancien chef militaire des forces serbes de Bosnie, a été condamné à la prison à vie par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité.
- Le massacre de Srebrenica, perpétré en juillet 1995, a fait plus de 8 000 morts, principalement des Bosniaques musulmans, et constitue l’un des épisodes les plus sombres du conflit yougoslave.
- Les autorités serbes ont annoncé que les funérailles de Mladić se dérouleront avec les honneurs militaires et d’État, une décision qui suscite des réactions contrastées en Serbie et à l’international.
Un passé judiciaire lourd de conséquences
Ratko Mladić, surnommé le « boucher des Balkans », a été arrêté en 2011 après seize ans de fuite, avant d’être jugé par le TPIY à La Haye. En 2017, il a été définitivement condamné à la prison à perpétuité pour son implication directe dans le génocide de Srebrenica, ainsi que pour d’autres crimes commis pendant la guerre en Bosnie-Herzégovine (1992-1995). Cette condamnation a été confirmée en appel en 2021, mettant un terme à près de deux décennies de procédure judiciaire.
Selon Libération, Mladić était notamment accusé d’avoir ordonné l’épuration ethnique dans les zones sous contrôle serbe, ainsi que le siège de Sarajevo, qui avait fait plus de 10 000 morts entre 1992 et 1996. Son procès a révélé des détails accablants sur la stratégie militaire employée, incluant des campagnes de terreur contre les populations civiles.
Une cérémonie funéraire qui divise
La décision d’organiser des funérailles nationales pour Mladić a été prise par les autorités serbes, malgré les protestations des associations de victimes et des organisations internationales. À Belgrade, certains milieux nationalistes célèbrent déjà son héritage, tandis que d’autres dénoncent une instrumentalisation politique du passé. Le gouvernement serbe n’a pas encore précisé la date exacte des obsèques, mais les préparatifs sont en cours pour un événement qui s’annonce hautement symbolique.
Pour les familles des victimes de Srebrenica, cette nouvelle est une provocation. « C’est une insulte à la mémoire de nos proches », a réagi Amra Fazlić, présidente de l’association « Mères de Srebrenica », auprès de nos confrères de Libération. « Mladić a orchestré un crime contre l’humanité, et le fait qu’il soit honoré comme un héros en Serbie montre à quel point la justice reste incomplète. »
Un enjeu mémoriel toujours sensible en Serbie
La question de la mémoire des guerres yougoslaves continue de hanter les Balkans, plus de trente ans après la fin des hostilités. En Serbie, où une partie de la population considère Mladić comme un défenseur de la cause serbe, sa mémoire reste controversée. En 2019, une enquête du Centre de recherche sur les crimes de guerre de Belgrade avait révélé que 42 % des Serbes interrogés avaient une opinion favorable de Mladić, un chiffre qui illustre l’ampleur du clivage.
À l’inverse, en Bosnie-Herzégovine et en Croatie, Mladić est perçu comme un criminel de guerre. La Bosnie, où le massacre de Srebrenica est commémoré chaque année le 11 juillet, a déjà réagi avec fermeté. « Nous condamnons toute tentative de réhabilitation de Mladić », a déclaré Bakir Izetbegović, membre bosniaque de la présidence collégiale du pays, selon Libération.
Cette cérémonie funéraire rappelle aussi l’urgence de trouver une issue au contentieux mémoriel qui oppose toujours les pays des Balkans. Malgré les condamnations internationales et les excuses officielles, des figures controversées comme Mladić continuent d’être célébrées dans certains milieux, ce qui alimente les tensions régionales. Pour les victimes et leurs familles, la justice symbolique passe encore par une reconnaissance pleine et entière des crimes commis — et par une condamnation sans ambiguïté de ceux qui les ont perpétrés.
La Serbie est divisée sur la question mémorielle. Une frange nationaliste du pays considère Mladić comme un héros, notamment pour son rôle dans la défense des Serbes de Bosnie. Les autorités, quant à elles, se trouvent dans une position délicate : tout en condamnant officiellement les crimes de guerre, elles cèdent parfois à des pressions politiques internes. Cette ambiguïté reflète les divisions persistantes au sein de la société serbe, où la réconciliation avec le passé reste inachevée.