En Tunisie, une nouvelle génération d’entrepreneurs et de créateurs locaux s’empare des jeux de société traditionnels pour les réinterpréter à travers le prisme de la culture locale. Comme le rapporte RFI, ces adaptations ne se contentent pas de proposer des versions « tunisifiées » de classiques comme le Jeu des Sept Familles, mais intègrent aussi des mécanismes ludiques pour aborder des sujets sociétaux souvent tabous. Une démarche qui mêle patrimoine historique, innovation sociale et divertissement.

Ce qu'il faut retenir

  • Des héros carthaginois remplacent les familles traditionnelles dans des versions réinventées du Jeu des Sept Familles, selon RFI.
  • Des jeux de cartes conçus pour briser la glace en soirée intègrent des questions incitant à sortir de sa « coquille » sociale.
  • Ces créations locales visent à réapproprier l’histoire nationale tout en abordant des thèmes sociétaux tabous.
  • Une initiative portée principalement par de jeunes entrepreneurs et designers tunisiens.
  • L’objectif est de rendre accessible le débat public via un support ludique et populaire.

Une réinterprétation des classiques pour ancrer dans la culture locale

Les jeux de société, souvent perçus comme des loisirs importés, connaissent en Tunisie une mue radicale. Comme le souligne RFI, des créateurs tunisiens transforment des références occidentales en expériences ancrées dans l’histoire du pays. Le Jeu des Sept Familles, par exemple, voit ses personnages traditionnels remplacés par des figures historiques ou mythologiques carthaginoises. Carthage, Hannibal, Didon ou encore Jugurtha deviennent les « familles » à collectionner, offrant ainsi une immersion dans un patrimoine souvent méconnu des jeunes générations.

Cette approche ne se limite pas à un simple habillage esthétique. Elle s’accompagne d’une réflexion sur la transmission de l’histoire locale. Selon des témoignages recueillis par RFI, certains jeux intègrent des anecdotes ou des faits historiques en guise de « cartes à collectionner », transformant ainsi une partie de divertissement en outil pédagogique informel.

Des mécanismes ludiques pour aborder des sujets sensibles

Au-delà de la réappropriation historique, ces jeux se distinguent par leur capacité à aborder des thèmes sociétaux délicats. Comme l’explique un des créateurs interrogés par RFI, l’idée est de « casser les silences » en utilisant le jeu comme vecteur de dialogue. Un jeu de cartes, par exemple, propose des questions du type : « Parlez d’un moment où vous avez osé dire non à une pression sociale ». Autant dire que le support ludique devient un prétexte pour évoquer des sujets comme la liberté d’expression, l’égalité des genres ou encore la santé mentale.

Ces créations ne ciblent pas uniquement un public jeune. RFI indique que certaines versions sont conçues pour les familles ou les cercles d’amis, avec des mécanismes adaptés à différents âges. L’accent est mis sur l’interactivité et l’échange, loin des débats frontaux souvent associés à ces thématiques.

Une dynamique portée par une nouvelle génération de créateurs

Cette tendance s’inscrit dans un mouvement plus large de valorisation des industries créatives en Tunisie. Comme le précise RFI, la plupart des projets sont portés par des designers, graphistes ou entrepreneurs âgés de moins de 35 ans. Ces derniers, souvent formés à l’étranger ou autodidactes, bénéficient d’un écosystème en émergence autour du jeu et de l’édition indépendante. Des ateliers de création, des salons locaux et des plateformes de financement participatif (comme Zidni ou Yomken) soutiennent cette dynamique.

Les réseaux sociaux jouent également un rôle clé. Selon RFI, les créateurs utilisent des plateformes comme Instagram ou TikTok pour promouvoir leurs jeux, en misant sur des campagnes virales mettant en scène des parties entre amis ou des défis ludiques. Une stratégie qui permet de toucher un public bien au-delà des frontières tunisiennes, avec des commandes en provenance d’Algérie, du Maroc ou même de l’Europe.

Et maintenant ?

Si la tendance reste encore confidentielle à l’échelle nationale, les acteurs du secteur espèrent une reconnaissance plus large dans les mois à venir. RFI mentionne que plusieurs créateurs préparent des levées de fonds pour industrialiser leur production, tandis que des partenariats avec des éditeurs européens sont en discussion. Une première édition d’un salon dédié aux jeux locaux est également prévue pour novembre 2026 à Tunis, un événement qui pourrait marquer un tournant pour cette industrie naissante.

Pour l’heure, ces jeux restent avant tout un phénomène de niche, porté par une volonté de réinventer les loisirs tout en questionnant la société. Reste à voir si cette dynamique parviendra à s’imposer comme un secteur économique à part entière, ou si elle restera cantonnée à un cercle d’initiés passionnés. Une chose est sûre : l’expérience tunisienne montre que le jeu, sous toutes ses formes, peut être bien plus qu’un simple divertissement.

Oui, certains créateurs proposent leurs jeux en vente sur des plateformes comme Etsy ou via des sites dédiés. D’autres misent sur des commandes groupées via les réseaux sociaux. RFI indique que la distribution reste majoritairement artisanale, avec des points de vente dans des boutiques de jeux à Tunis ou Sfax.