Deux millions de femmes en France, soit une personne sur dix, sont concernées par l’endométriose. Pourtant, cette maladie gynécologique, souvent réduite à des douleurs pelviennes ou à des problèmes de fertilité, s’avère bien plus complexe qu’on ne le pensait jusqu’alors. Selon Futura Sciences, des recherches récentes, notamment menées à l’université de Californie à San Francisco (UCSF), révèlent que l’endométriose agit comme une maladie inflammatoire systémique, affectant des organes et systèmes bien au-delà de la sphère reproductive.

Ce qu'il faut retenir

  • L’endométriose n’est pas limitée aux organes reproducteurs : elle peut toucher les poumons, le cœur, le système nerveux ou encore le tube digestif.
  • Une méta-analyse suggère qu’une alimentation riche en produits laitiers et pauvre en viande rouge pourrait réduire les risques de développer la maladie.
  • En France, 2 millions de femmes sont concernées, ce qui en fait la première cause d’infertilité dans le pays.
  • Le délai moyen pour obtenir un diagnostic dépasse dix ans, malgré l’émergence de nouveaux tests diagnostiques comme le test salivaire.
  • Des traitements expérimentaux, comme les statines ou la primaquine, montrent des résultats prometteurs sur la réduction des douleurs liées à l’endométriose.

Une maladie aux symptômes multiples et méconnus

Longtemps considérée comme une affection localisée à l’utérus, l’endométriose se caractérise par la présence de tissus similaires à la muqueuse utérine en dehors de cet organe. Comme le rapporte Futura Sciences, des études récentes ont mis en lumière des centaines de symptômes inattendus, bien au-delà des douleurs pelviennes ou des troubles de la fertilité. Parmi les manifestations les plus surprenantes figurent des migraines chroniques, des troubles neurologiques, de l’asthme, des reflux gastro-œsophagiens, des maladies auto-immunes ou encore des carences en vitamine D.

Julie Nash, une agente immobilière texane de 40 ans, illustre parfaitement cette diversité de symptômes. Dès l’âge de 14 ans, elle souffrait de règles douloureuses, mais ce n’est qu’après plus de dix ans de consultations et de souffrances qu’elle a enfin obtenu un diagnostic. Son chirurgien a découvert des lésions endométriales non seulement sur son côlon, mais aussi sur ses muscles dorsaux et ses nerfs gastriques. « Je ne faisais pas le lien entre mes douleurs dorsales, mes brûlures d’estomac et mes migraines, raconte-t-elle. Pourtant, tout cela faisait partie de la même maladie. »

Des lésions retrouvées dans des organes non reproductifs

Les découvertes de Megan Wasson, chirurgienne gynécologue à la Mayo Clinic de Phoenix, confirment cette dimension systémique de l’endométriose. Spécialiste en chirurgie mini-invasive, elle a extrait des lésions endométriales chez certaines de ses patientes non seulement dans l’utérus ou les ovaires, mais aussi dans des organes aussi variés que les poumons, la rate ou le péricarde, cette membrane qui enveloppe le cœur. Comme le souligne Futura Sciences, ses observations l’ont conduite à une conclusion sans appel : « L’endométriose est une maladie inflammatoire systémique, pas une simple affection utérine. »

Cette vision élargie de la maladie s’appuie sur une étude majeure menée à l’UCSF. Les chercheurs ont analysé les dossiers médicaux anonymisés de près de 40 000 patientes issues de six systèmes de santé universitaires californiens. Résultat : ils ont identifié des centaines de symptômes et pathologies associés à l’endométriose, confirmant ainsi son impact multisystémique. Linda Giudice, endocrinologue spécialisée dans la reproduction et coautrice de l’étude, a reconnu avoir été surprise par l’ampleur de ces connexions : « Nous nous attendions à identifier une dizaine de comorbidités, pas des centaines ! »

Des mécanismes inflammatoires encore mal compris

Les mécanismes expliquant cette propagation de l’endométriose à travers l’organisme restent partiellement méconnus. Cependant, plusieurs pistes sont avancées par les scientifiques. L’inflammation systémique, l’excès d’œstrogènes, l’hypersensibilité à la douleur et des dérèglements génétiques partagés avec d’autres pathologies inflammatoires pourraient jouer un rôle clé. Comme l’explique Futura Sciences, ces facteurs combinés créent un terrain propice à l’émergence de symptômes variés, parfois très éloignés de la sphère gynécologique.

Parmi les pistes thérapeutiques explorées, certaines substances suscitent un intérêt particulier. Les travaux non publiés de Marina Sirota, pédiatre et spécialiste des mégadonnées à l’UCSF, suggèrent que les statines, des médicaments généralement utilisés contre le cholestérol, pourraient réduire les douleurs endométriales chez les animaux de laboratoire. De même, la primaquine, un antipaludique, a montré des effets prometteurs dans les mêmes conditions. « Quand on retire la source de l’inflammation, la plupart des symptômes associés disparaissent », résume Megan Wasson.

Vers un diagnostic plus précoce grâce à l’innovation

Le délai moyen pour obtenir un diagnostic d’endométriose en France dépasse dix ans, un chiffre inacceptable pour une maladie touchant deux millions de femmes. Pourtant, des avancées significatives sont en cours pour raccourcir cette attente. Plusieurs sociétés de biotechnologies développent actuellement des tests diagnostiques innovants, capables de détecter des marqueurs moléculaires spécifiques dans le sang, la salive ou le liquide menstruel. Comme le rapporte Futura Sciences, un test salivaire est déjà disponible dans plusieurs centres en France, dans le cadre d’essais cliniques.

Marina Sirota, coautrice des travaux sur les mégadonnées, propose une approche complémentaire pour accélérer le diagnostic. Elle suggère de croiser des symptômes apparemment sans lien, comme des migraines associées à des reflux gastriques et des douleurs pelviennes, afin de déclencher plus tôt une investigation ciblée. « Une meilleure coordination entre les spécialistes pourrait éviter des années d’errance médicale », précise-t-elle.

Et maintenant ?

Si les avancées diagnostiques et thérapeutiques ouvrent des perspectives encourageantes, leur généralisation à grande échelle prendra encore plusieurs années. Les tests salivaires et sanguins devraient être disponibles plus largement d’ici 2027, sous réserve des résultats définitifs des essais cliniques. Côté traitements, les statines et la primaquine pourraient entrer en phase d’essais cliniques chez l’humain dès 2027, mais leur commercialisation reste conditionnée à l’obtention de données probantes. En attendant, les associations de patientes appellent à une meilleure formation des médecins généralistes et des pédiatres pour repérer plus tôt les signes évocateurs d’endométriose.

En France, où la maladie touche 10 % des femmes en âge de procréer, une prise de conscience progressive se dessine. Le ministère de la Santé a annoncé en 2025 le lancement d’un plan national de lutte contre l’endométriose, incluant un dépistage systématique dans les établissements scolaires dès 2027. Une initiative saluée par les spécialistes, même si son efficacité dépendra largement de son financement et de sa mise en œuvre.

À ce jour, il n’existe pas de traitement permettant de guérir définitivement l’endométriose. Les approches actuelles visent à soulager les symptômes, réduire l’inflammation et préserver la fertilité. La chirurgie, qui consiste à retirer les lésions, peut apporter un soulagement durable, mais les récidives restent possibles. Les recherches sur les mécanismes de la maladie pourraient, à terme, aboutir à des traitements plus ciblés.

Les premiers signes incluent des règles extrêmement douloureuses, des douleurs pelviennes chroniques, des troubles digestifs (comme des diarrhées ou constipations sévères pendant les règles), des migraines fréquentes, une fatigue persistante ou des douleurs lors des rapports sexuels. Un suivi gynécologique précoce est recommandé si ces symptômes apparaissent avant 18 ans.