« Un gâchis d’argent public » : dans les collèges et lycées bretons, les logements de fonction occupent une place centrale dans un débat budgétaire et managérial qui dépasse largement le cadre régional. Selon Ouest France, la Région Bretagne et les quatre départements bretons (Côtes-d’Armor, Finistère, Ille-et-Vilaine, Morbihan) détiennent un parc de **1 500 logements de fonction**, destinés aux personnels dirigeants des établissements scolaires. Pourtant, ces biens, même vacants, restent à leur charge pour leur entretien et leur gestion, sans aucun contrôle sur leur occupation.

Ce qu'il faut retenir

  • La Région Bretagne et quatre départements bretons gèrent un parc de 1 500 logements de fonction pour les personnels dirigeants des collèges et lycées.
  • Ces logements, même inoccupés, doivent être entretenus par les collectivités propriétaires, sans possibilité d’intervention sur leur usage.
  • Les logements concernent uniquement les personnels en position de direction, et non l’ensemble du personnel enseignant ou administratif.
  • Le coût de cette gestion pèse sur les budgets publics, sans contrepartie tangible en cas de vacance prolongée.
  • L’absence de droit de regard des collectivités sur l’utilisation de ces logements interroge sur leur pertinence actuelle.

Un parc immobilier sous-utilisé, mais coûteux

Le dispositif des logements de fonction en Bretagne cible principalement les personnels occupying des postes de direction dans les collèges et lycées publics. Or, selon Ouest France, une part significative de ces logements reste inoccupée pendant de longues périodes. Pourtant, les collectivités territoriales — Région et départements — doivent assurer leur maintenance, leur chauffage, voire leur rénovation, sans possibilité de les attribuer à d’autres usages ou de les louer à des tiers. « La Région et les départements sont tenus de conserver ces biens, même s’ils sont vides, et doivent en assumer les charges », précise un responsable interrogé par le quotidien.

Le budget annuel consacré à l’entretien de ces logements, même vacants, n’est pas communiqué publiquement. Cependant, plusieurs élus locaux ont souligné l’absurdité de cette situation, où des milliers d’euros sont dépensés chaque année pour des biens dont l’utilité n’est pas systématiquement avérée. « On se retrouve avec un patrimoine immobilier qui coûte cher sans apporter de réel service », a indiqué un conseiller régional sous couvert d’anonymat.

Un système hérité d’une époque révolue

Ces logements de fonction trouvent leur origine dans une époque où leur attribution était systématique pour les directeurs d’établissements scolaires, notamment dans les zones rurales ou isolées. Aujourd’hui, avec la mobilité accrue des personnels et les évolutions des modes de gestion des ressources humaines, leur utilité est remise en cause. « Le modèle date des années 1980, quand les directeurs de collèges ou lycées devaient souvent résider sur place. Ce n’est plus le cas aujourd’hui », explique un ancien responsable de l’Éducation nationale en Bretagne.

Pourtant, malgré les évolutions sociétales et professionnelles, le système n’a pas été repensé. Les logements restent attachés au statut des personnels dirigeants, sans que les collectivités n’aient la moindre marge de manœuvre pour les réaffecter ou les céder. « Les textes ne prévoient aucune possibilité de les libérer ou de les vendre, même si leur occupation n’est plus justifiée », souligne un expert en gestion publique.

Quelles pistes pour sortir de l’impasse ?

Face à ce constat, plusieurs pistes sont évoquées pour rationaliser la gestion de ce parc immobilier. L’une des solutions serait de mutualiser ces logements entre plusieurs établissements, afin d’optimiser leur occupation. Une autre piste consisterait à les céder à des bailleurs sociaux ou à les transformer en logements étudiants, en fonction des besoins locaux. « On pourrait imaginer une remise à plat du dispositif, avec une gestion centralisée par la Région », propose un élu départemental.

Cependant, les obstacles sont nombreux. D’abord, le statut des logements de fonction est protégé par des conventions collectives et des accords de travail, ce qui rend toute modification complexe. Ensuite, la vente de ces biens pourrait se heurter à des oppositions, notamment de la part des syndicats représentant les personnels. « Les discussions seront longues et techniques, mais l’enjeu est de taille : éviter de continuer à gaspiller des deniers publics », résume un observateur du secteur.

Et maintenant ?

Un groupe de travail associant la Région, les départements et les représentants des personnels a été constitué en 2025 pour examiner la question. Ses conclusions sont attendues pour la fin de l’année 2026. D’ici là, les collectivités devront continuer à assumer les coûts de gestion de ces logements, sans pouvoir en modifier l’usage. Une situation qui, à terme, pourrait pousser les élus à interpeller l’État pour une réforme législative permettant de sortir de ce statu quo.

Reste à savoir si la Bretagne parviendra à transformer ce gâchis en opportunité, ou si ce parc immobilier continuera de peser sur les budgets publics sans réel bénéfice pour l’intérêt général.

Seuls les personnels occupying des postes de direction (directeurs de collège ou de lycée, principaux, proviseurs) peuvent en bénéficier. Les enseignants ou autres agents administratifs n’y ont pas droit.