L’ancien maire écologiste de Grenoble, Éric Piolle, a appelé le leader de La France Insoumise (LFI), Jean-Luc Mélenchon, à « reconnaître une erreur » et à condamner publiquement l’interruption d’un concert de la DJ Barbara Butch par des militants propalestiniens, selon Le Figaro. Dans une tribune publiée par Libération le 28 juillet 2026, Piolle reproche à Mélenchon de ne pas s’être exprimé sur un incident qualifié de « police politique, violente » par l’élu écologiste.
Le concert de Barbara Butch, artiste juive de 45 ans, a été interrompu à peine vingt minutes après son début, le 18 juillet dernier à Grenoble. L’action, menée par des militants propalestiniens et des membres de LFI, s’inscrivait dans le cadre d’un appel au boycott lancé par la section iséroise des Insoumis. La mairie de Grenoble, qui a porté plainte aux côtés de l’artiste, a dénoncé des « jets de bouteilles en verre » et d’autres projectiles « visant délibérément la scène ».
Ce qu'il faut retenir
- Le 18 juillet 2026 : interruption du concert de Barbara Butch à Grenoble après seulement vingt minutes de spectacle.
- Des militants propalestiniens et des membres de LFI ont perturbé l’événement, reprochant à l’artiste sa participation en 2025 à un événement à la résidence de l’ambassadeur de France en Israël.
- Barbara Butch a signé en 2025 une tribune en faveur de la proposition de loi Yadan, visant à lutter contre les nouvelles formes d’antisémitisme, une texte aujourd’hui retiré.
- Éric Piolle, ancien maire écologiste de Grenoble, a critiqué l’inaction de Jean-Luc Mélenchon dans une tribune publiée le 28 juillet 2026.
- La mairie et Barbara Butch ont porté plainte pour jets de projectiles et perturbation d’un événement public.
- Un autre concert de Barbara Butch, prévu la veille à Rognac (Bouches-du-Rhône), s’est déroulé sans incident, mais sous haute surveillance policière.
Les motifs de la protestation : une participation controversée
Les militants propalestiniens ont justifié leur action par la participation de Barbara Butch à un événement organisé en 2025 à la résidence de l’ambassadeur de France en Israël. L’artiste s’était également exprimée en faveur de la proposition de loi Yadan, un texte destiné à « lutter contre les nouvelles formes d’antisémitisme », mais qui a depuis été retiré après avoir suscité de vives polémiques. Ces prises de position ont été perçues par ses détracteurs comme une forme de soutien à la politique israélienne, ce qui a alimenté les tensions autour de ses prestations.
Le coordinateur national de LFI, Manuel Bompard, avait déclaré, après l’incident grenoblois, « comprendre que cette position politique puisse générer une protestation », tout en précisant que celle-ci devait rester « pacifique ». Cette déclaration a été perçue comme une forme de soutien indirect aux militants, sans pour autant valider leurs méthodes. De son côté, la mairie de Grenoble a dénoncé des actes « violents » et « délibérément ciblés », visant à empêcher la tenue du concert par tous les moyens.
La tribune d’Éric Piolle : un appel à Mélenchon pour désavouer l’incident
Dans sa tribune publiée par Libération, Éric Piolle a interpellé directement Jean-Luc Mélenchon, soulignant que leurs deux partis avaient « partagé une alliance durant deux mandats municipaux à Grenoble » (2014-2026). Pour l’ancien maire, les désaccords politiques sont légitimes, « y compris avec des artistes », mais l’interruption violente d’un concert relève d’une « police politique ». Il a appelé Mélenchon à « reconnaître une erreur » et à condamner clairement l’incident, estimant que cela permettrait d’éviter que l’événement ne soit « l’illustration de ce qui se passerait si LFI était au pouvoir ».
Piolle a également présenté cette affaire comme « un exemple cinglant des procédés qui pétrifient nos électeurs et confortent une large part de l’électorat dans son rejet de LFI ». Il a conclu en qualifiant l’incident de « tragique » avant d’ajouter : « Je préfère, après l’avoir clairement condamné, y voir une opportunité pour toi de reconnaître une erreur à tout point de vue ».
« Les désaccords politiques sont normaux, y compris avec des artistes. Mais ce n’est pas un appel au boycott qui a été fait à Grenoble. C’est de la police politique, violente. »
— Éric Piolle, ancien maire écologiste de Grenoble
Une réaction attendue de Jean-Luc Mélenchon
Malgré les critiques d’Éric Piolle, Jean-Luc Mélenchon, leader de LFI et candidat déclaré à la présidentielle de 2027, n’a pas réagi publiquement à ce stade. L’ancien ministre, régulièrement accusé d’antisémitisme par ses détracteurs, avait déjà été pointé du doigt pour ses positions ambiguës sur le conflit israélo-palestinien. Son silence persistant dans cette affaire laisse planer le doute sur sa volonté de désavouer les méthodes utilisées par certains militants de son parti ou de leurs soutiens.
Pour rappel, LFI a été plusieurs fois épinglée pour son positionnement sur le conflit israélo-palestinien, notamment après des appels au boycott d’artistes israéliens ou des prises de position jugées complaisantes envers le Hamas. Ces controverses avaient déjà entraîné des tensions avec des associations juives et des figures politiques de tous bords, renforçant l’image d’un parti diviseur sur ces questions.
Sur le plan politique, cet incident illustre les fractures persistantes au sein de la gauche, entre écologistes et insoumis, sur la question israélo-palestinienne. Éric Piolle, qui a toujours adopté une ligne modérée sur ces sujets, pourrait utiliser cette tribune pour marquer sa distance avec LFI, un parti avec lequel il avait pourtant collaboré pendant plus de dix ans à Grenoble.
Enfin, côté artistique, Barbara Butch a repris le chemin des scènes depuis l’incident grenoblois. Un autre de ses concerts, prévu la veille à Rognac, s’est déroulé sans heurts, mais sous haute surveillance policière. L’artiste a indiqué vouloir poursuivre sa carrière, malgré les pressions et les menaces dont elle fait l’objet depuis plusieurs mois.
Les suites judiciaires et politiques en suspens
La plainte déposée par la mairie de Grenoble et Barbara Butch pourrait aboutir à des condamnations pour les auteurs des jets de projectiles. Les enquêteurs devront déterminer si les militants agissaient de manière spontanée ou s’ils étaient organisés, notamment via des appels lancés par des groupes propalestiniens. Une instruction judiciaire est en cours pour établir les responsabilités.
Du côté de LFI, le silence persistant de Jean-Luc Mélenchon pourrait être interprété comme un choix stratégique pour éviter une nouvelle polémique, alors que le parti cherche à élargir son électorat. Cependant, l’absence de condamnation claire pourrait aussi être perçue comme une forme de complaisance envers les méthodes radicales de certains militants, ce qui risquerait d’alimenter les critiques contre le parti.
La mairie de Grenoble et Barbara Butch ont porté plainte pour violences, jets de projectiles et entrave à un événement public. Les enquêteurs devront établir si les auteurs agissaient de manière organisée ou spontanée. Les peines encourues peuvent aller jusqu’à plusieurs années de prison selon la gravité des faits.
Jean-Luc Mélenchon n’a pas réagi publiquement à l’interruption du concert de Barbara Butch. En revanche, il avait déjà été critiqué pour son silence après des appels au boycott d’artistes israéliens par des militants propalestiniens. Son parti, LFI, a souvent été épinglé pour des positions jugées ambiguës sur le conflit israélo-palestinien.