Aux États-Unis, la révolte s’amplifie contre le système Flock, une technologie de détection des plaques d’immatriculation commercialisée par une entreprise privée. Selon nos confrères du Monde, ce dispositif est perçu comme une atteinte aux libertés individuelles et une intrusion dans la vie privée des citoyens. Une centaine de villes américaines ont déjà rompu leurs contrats avec l’entreprise, illustrant l’ampleur de la contestation.

Ce qu'il faut retenir

  • Un réseau de 120 000 caméras aux États-Unis permet d’identifier et de tracer les véhicules en temps réel.
  • Flock Safety, l’entreprise à l’origine du système, commercialise cette technologie auprès des collectivités locales.
  • Plus d’une centaine de villes ont résilié leurs contrats avec Flock Safety en raison des critiques sur son caractère intrusif.
  • Les défenseurs des libertés civiles dénoncent un outil liberticide, tandis que les autorités locales justifient son usage par la sécurité publique.
  • Le débat oppose protection des données et efficacité policière, dans un contexte où la surveillance automatisée suscite de vives tensions.

Un outil de surveillance controversé

Développé par la société Flock Safety, basée en Géorgie, ce réseau de caméras utilise la reconnaissance automatique des plaques d’immatriculation pour suivre les déplacements des véhicules. Selon nos confrères du Monde, ce système est déployé dans plus de 1 500 villes à travers les États-Unis, où il est principalement utilisé par les forces de l’ordre pour lutter contre la criminalité. Pourtant, ses détracteurs dénoncent une surveillance de masse, intrusive et disproportionnée.

Les associations de défense des droits civiques, comme l’ACLU (American Civil Liberties Union), critiquent vivement cette technologie. « Ces systèmes transforment chaque plaque d’immatriculation en un moyen de surveillance permanente », a expliqué à Le Monde un porte-parole de l’ACLU, soulignant que Flock Safety permet de retracer les trajets de millions de conducteurs sans leur consentement.

La résistance des villes et des citoyens

Face à la pression des élus locaux et des habitants, une centaine de municipalités ont décidé de mettre fin à leurs partenariats avec Flock Safety. Parmi elles, des villes comme Portland (Oregon), Boston (Massachusetts) ou encore Oakland (Californie) ont rompu leurs contrats, invoquant des raisons éthiques ou juridiques. À Portland, le conseil municipal a adopté en juin 2026 une résolution interdisant l’utilisation de ce type de technologies par les services publics.

Les opposants au système pointent du doigt son manque de transparence. « Nous ne savons même pas combien de données sont collectées ni comment elles sont utilisées », a déclaré un élu local au Monde. En réponse, Flock Safety assure que ses outils respectent les réglementations en vigueur et que les données sont protégées. La société a également mis en avant son rôle dans la résolution d’affaires criminelles, affirmant avoir contribué à plus de 20 000 enquêtes depuis 2016.

Un débat qui s’internationalise

Le modèle Flock s’exporte désormais au-delà des États-Unis. En Europe, plusieurs pays étudient son adoption, tandis que des régulateurs s’interrogent sur sa conformité avec les lois sur la protection des données, comme le RGPD. En France, la CNIL a d’ores et déjà émis des réserves quant à l’usage de telles technologies par les collectivités, rappelant que leur déploiement doit être strictement encadré.

Aux États-Unis, certains États, comme la Californie ou New York, réfléchissent à des lois pour réguler ou interdire ces systèmes. Le gouverneur de Californie a ainsi proposé en août 2026 un projet de loi visant à limiter l’utilisation des caméras de reconnaissance de plaques, sous peine de sanctions pour les entités publiques qui ne respecteraient pas les règles.

Et maintenant ?

Les prochains mois devraient voir s’intensifier les débats législatifs aux États-Unis, avec plusieurs projets de loi en discussion dans plusieurs États. Flock Safety, de son côté, indique vouloir renforcer la transparence autour de ses activités et collaborer avec les régulateurs pour apaiser les craintes. Pour les associations de défense des libertés, la bataille ne fait que commencer : elles appellent à un moratoire national sur ces technologies, tant que des garde-fous juridiques suffisants ne seront pas mis en place.

Quelle que soit l’issue de ce conflit, une chose est sûre : la question de la surveillance automatisée s’impose désormais comme un enjeu majeur des politiques publiques, tant aux États-Unis qu’en Europe.

Le système Flock repose sur un réseau de caméras fixes ou mobiles équipées d’un logiciel de reconnaissance optique des caractères (OCR). Chaque plaque d’immatriculation capturée est instantanément comparée à une base de données, permettant de localiser un véhicule en temps réel. Les données collectées sont stockées et peuvent être consultées par les forces de l’ordre ou, selon les contrats, par d’autres acteurs publics ou privés.