Un projet de loi sur l'accessibilité au logement, actuellement en discussion au Congrès américain, pourrait inclure une clause interdisant à la Réserve fédérale (Fed) d'émettre une monnaie numérique de banque centrale (MNBC) jusqu'en 2030. Selon Cryptoast, cette mesure, votée en mars 2026 par le Sénat, vise à bloquer tout développement d'un « dollar numérique » pendant près de cinq ans. Le texte, fruit d'un compromis bipartite, pourrait être adopté dans les prochaines semaines, ce qui donnerait aux opposants aux MNBC une victoire législative après plusieurs échecs antérieurs.
Ce qu'il faut retenir
- Un projet de loi sur le logement en discussion au Congrès américain inclut une clause interdisant à la Fed d'émettre une MNBC jusqu'en 2030.
- Cette mesure, adoptée par le Sénat en mars 2026, a été intégrée via une procédure législative connue sous le nom de « vehicle bill ».
- Les républicains espèrent ainsi contourner leurs précédents échecs à bloquer les MNBC, malgré l'opposition déclarée de Donald Trump en janvier 2025.
- La Fed participe pourtant à des expérimentations internationales comme le projet Agorá, piloté par la BRI, pour moderniser les paiements transfrontaliers.
- En Europe, l'euro numérique est présenté comme une priorité par la BCE, avec un vote prévu le 23 juin 2026 sur ses caractéristiques techniques.
Une stratégie législative audacieuse pour bloquer les MNBC aux États-Unis
Le Congrès américain utilise une méthode législative bien connue pour faire passer des dispositions controversées : le « vehicle bill ». Selon Cryptoast, cette technique consiste à greffer un amendement impopulaire sur un texte déjà en discussion et susceptible d'être adopté, comme c'est le cas avec le projet de loi sur l'accessibilité au logement. Ce dernier, qui vise à faciliter l'accès à la propriété pour les ménages américains, a reçu un soutien bipartite au Sénat et à la Chambre des représentants, augmentant ainsi ses chances de succès. Or, c'est dans ce cadre que les républicains ont inséré une interdiction totale de toute émission de MNBC par la Fed jusqu'en 2030.
Cette stratégie permet aux opposants aux monnaies numériques de banque centrale de contourner les blocages habituels au Congrès. « Les républicains n'ont pas réussi à faire adopter leurs propositions précédentes, mais cette fois, ils surfent sur un projet de loi quasi certain d'aboutir », explique un observateur politique interrogé par Cryptoast. La manœuvre illustre la détermination de certains élus à empêcher, par tous les moyens, le développement d'un dollar numérique, malgré l'intérêt manifesté par la Fed pour ces technologies.
Donald Trump et les républicains : une opposition historique aux MNBC
L'opposition aux MNBC aux États-Unis s'inscrit dans une dynamique politique plus large. Dès janvier 2025, le président Donald Trump avait signé un décret ordonnant l'abandon de tout projet de MNBC aux États-Unis. Pourtant, selon les informations rapportées par Cryptoast, cette position n'a pas empêché les travaux de poursuivre leur cours en coulisses. En mai 2026, Timothy Massad, ancien président de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), a révélé lors du Digital Money Summit 2026 à Londres que la Fed participait toujours à des expérimentations discrètes autour d'une MNBC liée au dollar.
Cette révélation s'appuie notamment sur la participation de la Fed au projet Agorá, une initiative pilotée par la Banque des règlements internationaux (BRI) pour moderniser les paiements internationaux grâce à la tokenisation. Sept autres banques centrales et près de 40 institutions financières y prennent part. « Le fait que le président de la Fed ne parle pas de MNBC de gros ou de détail ne signifie pas que nous ne cherchons pas à en créer une », a affirmé Timothy Massad lors de cet événement. Une déclaration qui explique en partie l'acharnement des républicains à vouloir encadrer, voire interdire, ces projets.
La Fed sous pression : entre transparence et discrétion
La Réserve fédérale américaine se trouve donc dans une position délicate. D'un côté, elle participe à des initiatives internationales ambitieuses, comme Agorá, qui visent à moderniser les systèmes de paiement mondiaux. De l'autre, elle doit composer avec un Congrès de plus en plus méfiant envers les MNBC, perçues par certains comme un outil de surveillance étatique. Cette dualité est soulignée par les déclarations de Timothy Massad, qui met en garde contre les interprétations hâtives de l'absence de communication publique de la Fed sur le sujet.
Selon Cryptoast, cette situation reflète un clivage plus large au sein de l'establishment politique américain. Les partisans des MNBC, souvent issus de milieux technophiles ou bancaires, y voient un moyen de moderniser le système monétaire et de concurrencer les stablecoins privés. Leurs opposants, en revanche, craignent une centralisation accrue du pouvoir financier et une atteinte aux libertés individuelles. C'est cette tension qui explique l'intégration de l'interdiction des MNBC dans un projet de loi sur le logement, un texte a priori éloigné des questions monétaires.
L'Europe avance, les États-Unis hésitent : un contraste marqué
Alors que les États-Unis peinent à trancher sur la question des MNBC, l'Union européenne semble adopter une approche bien plus favorable. La Banque centrale européenne (BCE) a présenté l'euro numérique comme un outil « indispensable » pour répondre à la montée en puissance des stablecoins privés. Un vote crucial est prévu le 23 juin 2026 au Parlement européen, lors de la Commission des affaires économiques et monétaires (ECON). Ce scrutin déterminera les prochaines étapes techniques du projet, qui pourrait aboutir à une phase pilote dès 2027.
Ce contraste entre les deux rives de l'Atlantique s'explique en partie par des visions différentes de la souveraineté monétaire. En Europe, la BCE insiste sur la nécessité de proposer une alternative publique aux solutions privées, tandis qu'aux États-Unis, l'opposition politique aux MNBC reflète une méfiance historique envers les institutions fédérales et une préférence pour les systèmes décentralisés, comme ceux portés par les cryptomonnaies privées. Cette divergence pourrait, à terme, influencer la compétitivité des deux zones économiques dans le domaine des paiements numériques.
Parallèlement, le débat sur les MNBC devrait s'intensifier aux États-Unis, notamment lors de la prochaine élection présidentielle. Les candidats, qu'ils soient républicains ou démocrates, seront probablement interrogés sur leur position concernant ces technologies. Quant à l'Europe, la décision du 23 juin 2026 pourrait marquer une étape décisive vers la mise en œuvre concrète de l'euro numérique, avec des implications majeures pour l'ensemble du secteur financier mondial.
Une MNBC est une forme numérique de monnaie émise et régulée par une banque centrale. Contrairement aux cryptomonnaies comme le Bitcoin, elle est centralisée et conserve la parité avec la monnaie fiduciaire traditionnelle. Son objectif est de moderniser les systèmes de paiement, d'améliorer la traçabilité des transactions et de concurrencer les stablecoins privés. Plusieurs pays, dont la Chine avec le e-CNY, ont déjà lancé des expérimentations.
Les opposants républicains aux MNBC aux États-Unis les perçoivent comme un outil de surveillance étatique et une atteinte aux libertés individuelles. Certains y voient aussi une menace pour le système bancaire traditionnel et une centralisation excessive du pouvoir monétaire. Cette opposition s'inscrit dans une logique plus large de méfiance envers les institutions fédérales et de promotion des solutions décentralisées, comme les cryptomonnaies privées.