Avec la guerre en Ukraine qui s’éternise, l’Union européenne accélère sa sortie du gaz russe. En 2026, les États-Unis devraient devenir le premier fournisseur de gaz de l’UE, devant la Norvège, selon l’Institute for Energy Economics and Financial Analysis (IEEFA). Pour Washington, le terminal méthanier flottant de Krk, en Croatie, représente une pièce maîtresse de cette stratégie. Ce site, d’une capacité portée à 6,1 milliards de mètres cubes par an depuis juillet 2026, est entièrement réservé jusqu’en 2036, indique Ivan Fugas, directeur général de LNG Croatia, comme le rapporte BFM Business.

Ce qu'il faut retenir

  • En 2026, les États-Unis devraient dépasser la Norvège et devenir le premier fournisseur de gaz de l’UE, selon l’IEEFA.
  • Le terminal de GNL de Krk, en Croatie, voit sa capacité portée de 3,9 à 6,1 milliards de m³ par an, avec des contrats jusqu’en 2036.
  • Washington mise sur ce projet pour développer des corridors énergétiques nord-sud en Europe centrale et orientale via l’Initiative des Trois Mers.
  • Un gazoduc entre la Croatie et la Bosnie, estimé à 1,5 milliard de dollars, vise à réduire la dépendance de Sarajevo vis-à-vis du gaz russe.
  • L’Ukraine pourrait également bénéficier de cette route, selon une analyse d’Ukrtransgaz, réduisant les coûts de transit.

Un hub stratégique pour l’Europe du Sud-Est et centrale

Avec une capacité désormais de 6,1 milliards de mètres cubes par an, le terminal de Krk se positionne comme un point d’entrée clé pour le gaz naturel liquéfié (GNL) américain en Europe. Avant 2021, la Croatie dépendait à 100 % des livraisons de gaz russe, souvent les dernières à être servies. « Avant, nous achetions du gaz à Moscou et étions les derniers livrés », rappelle Ivan Fugas. Aujourd’hui, ce site permet à l’UE de disposer d’un « point d’entrée supplémentaire pour le gaz naturel », précise-t-il. Selon BFM Business, cette infrastructure est désormais entièrement réservée jusqu’en 2036, ce qui garantit une stabilité des approvisionnements pour les pays voisins.

La Croatie mise sur ce terminal pour devenir la nouvelle porte d’entrée du gaz américain en Europe du Sud-Est et centrale. Ce projet s’inscrit dans une logique plus large de diversification énergétique, alors que l’UE a réduit sa dépendance au gaz russe de 12 % de son mix énergétique depuis le début de la guerre en Ukraine. Le GNL américain, bien que plus coûteux que d’autres sources, offre une alternative géopolitiquement stable, selon les experts cités par BFM Business.

Washington mise sur les Balkans pour étendre son influence énergétique

Les États-Unis ne cachent pas leurs ambitions dans la région. Dans un rapport sur les Balkans présenté au Congrès au printemps 2026, la diplomatie américaine souligne que la dépendance énergétique de la région vis-à-vis de la Russie constitue une « vulnérabilité stratégique ». « La diversification des approvisionnements énergétiques, notamment grâce aux abondantes sources d’énergie américaines, renforce la stabilité et la prospérité régionales », peut-on lire dans le document. Le GNL américain, les technologies nucléaires et les énergies renouvelables y sont présentés comme des solutions « commercialement attractives et géopolitiquement solides ».

Pour concrétiser cette stratégie, Washington soutient le développement de corridors énergétiques nord-sud en Europe centrale et orientale, notamment à travers l’Initiative des Trois Mers. Cette dernière vise à renforcer les liaisons entre les pays de la mer Baltique, de la mer Adriatique et de la mer Noire. Lors du sommet de Dubrovnik en avril 2026, le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, a vanté le « Trump Peace Pipelines Framework », un plan destiné à développer les infrastructures énergétiques dans la région. Croatie et Bosnie ont signé un mémorandum d’accord pour un gazoduc d’un montant de 1,5 milliard de dollars, porté par la société AAFS Infrastructure and Energy, dirigée par Jesse Binnall, ancien avocat de Donald Trump, et Joseph Flynn, frère de l’ancien conseiller à la sécurité nationale de l’administration Trump, Michael Flynn.

L’Ukraine et la Croatie explorent une coopération énergétique gagnante

Un autre acteur clé pourrait bénéficier de cette nouvelle route gazière : l’Ukraine. Selon une analyse présentée plus tôt en 2026 par l’opérateur ukrainien de stockage souterrain, Ukrtransgaz, l’acheminement du gaz depuis le terminal de Krk serait la solution la moins chère pour approvisionner le pays. L’Ukraine, dotée de l’un des plus grands réseaux de stockage de gaz d’Europe – hérité de l’ère soviétique –, pourrait également aider la Croatie à résoudre un problème de capacité de stockage. « Mais cela ne veut rien dire si la Croatie n’a pas la capacité nécessaire de gazoducs », met en garde Ivan Fugas, soulignant la nécessité de moderniser les infrastructures existantes pour répondre à la demande.

Les discussions entre Kiev et Zagreb ont déjà abouti à une rencontre entre le président ukrainien Volodymyr Zelensky et le Premier ministre croate Andrej Plenkovic en 2026. Avec un trajet plus court et moins de frontières à traverser que les options actuelles via la Grèce ou la Pologne, le terminal de Krk pourrait devenir une alternative compétitive pour l’Ukraine. « Un trajet plus court signifie des coûts de transit réduits », souligne un expert cité par BFM Business. Reste à savoir si les infrastructures locales seront à la hauteur.

Et maintenant ?

Plusieurs échéances clés pourraient façonner l’avenir de ce projet. D’ici fin 2027, l’UE doit avoir totalement cessé ses importations de gaz russe, ce qui devrait encore accroître la demande en GNL américain. Par ailleurs, la modernisation des gazoducs reliant la Croatie à ses voisins, notamment la Bosnie, sera déterminante pour concrétiser cette stratégie. Enfin, la viabilité économique du GNL américain, souvent plus cher que les alternatives, pourrait peser sur la rentabilité de ces infrastructures à long terme.

Pour l’heure, Washington mise sur ce levier pour étendre son influence en Europe centrale et orientale, tout en offrant à l’UE une alternative au gaz russe. Reste à voir si les pays de la région parviendront à concilier leurs intérêts énergétiques et environnementaux, alors que les critiques sur l’impact climatique du GNL se multiplient.

Washington voit dans ce terminal une porte d’entrée stratégique pour exporter son GNL vers l’Europe du Sud-Est et centrale. Avec une capacité portée à 6,1 milliards de m³ par an et des contrats jusqu’en 2036, ce site offre une stabilité d’approvisionnement que peu d’infrastructures européennes peuvent égaler. De plus, il s’inscrit dans la volonté américaine de réduire la dépendance des Balkans au gaz russe, considérée comme une « vulnérabilité stratégique » par la diplomatie américaine.

Le principal risque réside dans le coût du GNL américain, souvent plus élevé que celui du gaz russe ou norvégien. Par ailleurs, la modernisation des gazoducs reliant la Croatie à ses voisins, comme la Bosnie, sera cruciale pour éviter des goulots d’étranglement. Enfin, la transition vers le GNL pourrait ralentir la transition énergétique vers les renouvelables, alors que l’UE cherche à réduire son empreinte carbone.