Les développeurs d’Ethereum planchent sur une proposition d’amélioration (EIP) visant à créer un nouveau type de token, combinant une confidentialité renforcée et des mécanismes de conformité intégrés. Selon Cryptoast, ce projet, encore à l’étude, pourrait redéfinir l’équilibre entre protection des données et exigences réglementaires dans l’écosystème blockchain.

Cette initiative s’inscrit dans un contexte de tensions au sein de la communauté Ethereum, partagée entre une vision cypherpunk — défendue par son cofondateur Vitalik Buterin — et une volonté d’ouverture à la finance traditionnelle. Les stablecoins et la tokenisation des actifs, portés par les institutions, exigent en effet des solutions compatibles avec les normes de transparence imposées par les régulateurs, sans pour autant sacrifier la confidentialité des transactions.

Ce qu'il faut retenir

  • Nouveau standard de tokens : incompatible avec les ERC-20 classiques, ces actifs cachent par défaut les montants et les destinataires des transactions.
  • Confidentialité native : les soldes et les flux sont chiffrés dès l’émission, via des mécanismes de « notes » cryptographiques, dépensables via des preuves zero-knowledge.
  • Conformité intégrée : un système de « liste de gel » permet de bloquer des avoirs tout en préservant l’anonymat des utilisateurs non concernés.
  • Sécurité renforcée : le mécanisme empêche les doubles dépenses et garantit un totalSupply vérifiable publiquement pour éviter toute création frauduleuse de tokens.
  • Feuille de route institutionnelle : Joseph Lubin, CEO de ConsenSys, évoque une généralisation des preuves zero-knowledge sur Ethereum d’ici 3 à 5 ans.

Des tokens conçus pour concilier confidentialité et régulation

La proposition, publiée par le bot de recherche et développement Ethresearchbot sur le réseau X, décrit un système où les tokens ne reposent plus sur des soldes publics comme les ERC-20, mais sur des notes chiffrées, comparables à des billets numériques anonymes. Pour les utiliser, les détenteurs doivent fournir des preuves zero-knowledge — des algorithmes cryptographiques permettant de valider une transaction sans en révéler les détails.

Cette approche garantit que personne ne peut connaître le solde d’un portefeuille sans y être autorisé, tout en empêchant l’émetteur de créer des tokens en secret, grâce à un totalSupply vérifiable publiquement. Un compromis technique qui pourrait séduire aussi bien les défenseurs de la vie privée que les acteurs institutionnels, ces derniers étant souvent contraints d’opérer dans l’ombre pour des raisons de conformité.

Un mécanisme de conformité optionnel mais déterminant

Pour lever les dernières ambiguïtés sur l’orientation de ce projet, les développeurs ont intégré un mécanisme de « liste de gel », présenté comme facultatif. Celui-ci permet aux émetteurs — qu’il s’agisse d’institutions ou d’États — de bloquer des avoirs en cas de gel d’actifs, de sanctions ou de suspicion de blanchiment, sans pour autant trahir l’anonymat des autres utilisateurs.

Concrètement, le contrat du token conserve une racine cryptographique de la liste noire, et les preuves zero-knowledge servent à prouver qu’une transaction ne porte pas sur un avoir gelé. «

Cette fonctionnalité montre que la confidentialité peut coexister avec la régulation, et non s’y opposer
», souligne un développeur cité par Cryptoast. Une avancée qui pourrait faciliter l’adoption d’Ethereum par les banques et les fonds d’investissement, tout en répondant aux critiques sur son manque de transparence.

Vers une Ethereum « zero-knowledge » d’ici 2029 ?

Cette initiative s’aligne sur les déclarations récentes de Joseph Lubin, cofondateur d’Ethereum et CEO de ConsenSys, qui a évoqué une transition du protocole vers une architecture entièrement basée sur les preuves zero-knowledge dans les trois à cinq prochaines années. Selon lui, cette évolution s’inscrit dans le cadre d’une feuille de route centrée sur les rollups (layer 2), visant à améliorer l’évolutivité et la confidentialité du réseau.

Ces annonces interviennent alors qu’Ethereum tente de se positionner comme une infrastructure clé pour la tokenisation des actifs traditionnels, un marché estimé à plusieurs milliers de milliards de dollars d’ici la fin de la décennie. Pour y parvenir, le réseau doit concilier les attentes des régulateurs — qui exigent des mécanismes de traçabilité — et celles des utilisateurs, attachés à la protection de leurs données financières.

Et maintenant ?

La proposition d’EIP devra désormais faire l’objet d’un examen approfondi par la communauté des développeurs Ethereum. Si elle est adoptée, elle pourrait donner naissance à une nouvelle norme de tokens, potentiellement utilisée par les institutions pour émettre des actifs régulés tout en préservant la confidentialité des transactions. Les prochains mois seront déterminants, notamment pour évaluer la faisabilité technique et l’accueil des régulateurs face à ce compromis inédit.

Reste à voir si cette avancée suffira à convaincre les puristes de la décentralisation, qui pourraient y voir une forme de censure déguisée, ou au contraire, une étape nécessaire vers une adoption massive. Une chose est sûre : la question de la confidentialité sur les blockchains publiques n’a jamais été aussi centrale.

Contrairement aux ERC-20, où les soldes et les transactions sont publics, ces nouveaux tokens cachent par défaut les montants et les destinataires. Seuls les détenteurs de preuves cryptographiques peuvent valider une transaction sans révéler d’informations sensibles. De plus, leur offre totale (totalSupply) reste vérifiable publiquement pour éviter toute manipulation.