Le projet d’euro numérique porté par la Banque centrale européenne (BCE) continue de susciter des débats au sein de l’industrie des cryptomonnaies. Selon Cryptoast, Erald Ghoos, PDG d’OKX Europe, se déclare favorable à une coexistence entre l’euro numérique et les stablecoins privés, tout en mettant en garde contre les dangers d’un monopole public sur les monnaies numériques.

Ce qu'il faut retenir

  • L’euro numérique est présenté comme une « version numérique de l’argent liquide, dotée de fonctionnalités programmables », selon Erald Ghoos, PDG d’OKX Europe.
  • Le dirigeant souligne que si l’euro numérique devenait l’unique monnaie numérique autorisée, cela créerait un monopole public préoccupant.
  • Tether, l’émetteur du stablecoin USDT, travaille sur un projet de stablecoin en euros en collaboration avec un consortium de grandes banques européennes.
  • Le règlement MiCA, entré en vigueur en Europe, a profondément modifié le paysage des stablecoins, poussant des plateformes comme OKX à adapter leur offre.
  • 183,9 milliards de dollars : c’est la capitalisation du USDT, le stablecoin le plus important du marché, qui n’a pas sollicité la licence d’établissement de monnaie électronique (EMI) requise pour opérer en Europe.

Un euro numérique complémentaire, mais sous conditions

Alors que la BCE avance dans le développement de son euro numérique, présenté comme un complément aux espèces physiques, le secteur des cryptomonnaies observe avec attention les implications de ce projet. Selon Cryptoast, Erald Ghoos, PDG d’OKX Europe, y voit une opportunité de coexistence avec les stablecoins privés. « L’euro numérique est une version numérique de l’argent liquide, dotée de fonctionnalités programmables », a-t-il déclaré à la publication. Pour lui, cette innovation pourrait s’intégrer naturellement aux côtés des stablecoins privés, à condition que le marché reste équilibré.

Cependant, le dirigeant met en garde contre un scénario où l’euro numérique deviendrait l’unique monnaie numérique autorisée en Europe. « Si demain il devait devenir l’unique monnaie numérique autorisée, en créant une forme de monopole public sur les monnaies numériques, ce serait une perspective beaucoup plus préoccupante », a-t-il souligné. Une telle situation limiterait la diversité des solutions disponibles et pourrait freiner l’innovation dans le secteur.

Les stablecoins en euros gagnent du terrain, malgré les défis réglementaires

Parallèlement au développement de l’euro numérique, une dynamique industrielle et politique émerge autour des stablecoins libellés en euros. Selon Cryptoast, Erald Ghoos évoque un projet de Tether visant à lancer un stablecoin en euros, porté par un consortium de grandes banques européennes. D’autres acteurs du marché travaillent également sur des solutions concurrentes, renforçant ainsi la concurrence dans ce segment.

OKX Europe adopte une position de neutralité stricte. « Nous sommes avant tout un fournisseur d’infrastructures technologiques. Nous ne voulons pas favoriser un stablecoin plutôt qu’un autre », a précisé le PDG. La plateforme se limite à offrir un accès à différentes options conformes au cadre réglementaire, sans prendre parti pour un acteur spécifique. Cette approche reflète une volonté de maintenir un écosystème ouvert et compétitif.

MiCA : un tournant pour les stablecoins en Europe

L’entrée en vigueur du règlement européen MiCA en 2025 a profondément transformé le marché des stablecoins en Europe. L’un des changements majeurs concerne l’obligation pour les émetteurs de stablecoins de détenir une licence d’établissement de monnaie électronique (EMI) pour opérer légalement. Pourtant, Tether, dont le stablecoin USDT affiche une capitalisation de 183,9 milliards de dollars, n’a pas sollicité cette licence, ce qui l’a contraint à quitter le marché européen.

Cette décision a eu des répercussions concrètes pour les utilisateurs. « Évidemment, cela n’a pas été idéal pour la liquidité ni pour l’expérience de trading en Europe par rapport au reste du monde », a reconnu Erald Ghoos. Face à cette situation, OKX a dû adapter son offre pour rester conforme et répondre aux attentes des utilisateurs européens.

Une solution technique innovante pour les détenteurs d’USDT

Pour faciliter la transition des utilisateurs vers des stablecoins conformes, OKX a négocié avec les régulateurs une solution technique inédite. « Nous avons obtenu la possibilité de proposer une conversion à sens unique. Un utilisateur peut transférer ses USDT depuis une plateforme non régulée vers OKX, puis les convertir une seule fois en un stablecoin pleinement réglementé », a expliqué le PDG. Cette fonctionnalité, strictement unidirectionnelle, empêche tout retour vers un stablecoin non conforme après la conversion.

Selon Erald Ghoos, cette solution rencontre un « réel succès » auprès des utilisateurs européens. Elle leur évite en effet de recourir à la finance décentralisée (DeFi) ou à des exchanges non régulés pour se conformer aux exigences de MiCA. Cette approche illustre la capacité des acteurs du marché à innover pour s’adapter à un cadre réglementaire en constante évolution.

Et maintenant ?

La BCE poursuit le développement de l’euro numérique, tandis que les acteurs privés multiplient les initiatives pour lancer des stablecoins en euros. La prochaine étape consistera à observer comment ces deux modèles coexisteront sur le marché. Les prochaines décisions de la BCE, notamment sur les fonctionnalités programmables de l’euro numérique, pourraient influencer durablement l’équilibre du secteur. Pour l’heure, les utilisateurs et les plateformes attendent avec attention les prochaines évolutions réglementaires et technologiques.

Erald Ghoos a rappelé que l’objectif reste de maintenir un écosystème diversifié, où les solutions publiques et privées peuvent coexister sans étouffer l’innovation. « Nous restons vigilants sur les risques de monopole, mais aussi ouverts à toutes les opportunités que ces nouvelles infrastructures pourraient offrir », a-t-il conclu.

L’euro numérique est une monnaie numérique de banque centrale (MNBC), émise directement par la BCE. Contrairement aux stablecoins, qui sont des actifs privés indexés sur une monnaie comme l’euro, l’euro numérique serait une monnaie publique, programmable et complémentaire aux espèces physiques. Les stablecoins, eux, sont des cryptomonnaies conçues pour maintenir une valeur stable, souvent en étant adossées à des réserves en euros ou en dollars.