Une décision ministérielle controversée divise la classe politique française. Le ministère de l’Intérieur a notifié, mercredi 29 juillet 2026, un arrêté d’expulsion à l’encontre de Xenia Fedorova, chroniqueuse pro-Kremlin employée par CNews et Europe 1. Cette mesure, justifiée par la « menace grave et actuelle pour l’ordre public » que représenterait sa présence sur le sol français, intervient après des mois de tensions autour de son statut et de ses prises de parole. Selon BFM - Politique, l’arrêté précise que son « comportement porte atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État » et qu’elle agit comme un « relais des campagnes de désinformation pilotées par les autorités russes ».
Ce qu'il faut retenir
- Xenia Fedorova, chroniqueuse sur CNews et Europe 1, a reçu un arrêté d’expulsion le 29 juillet 2026, accusée de menacer l’ordre public et de relayer la désinformation russe.
- Elle est désormais assignée à résidence et doit pointer quotidiennement au commissariat, ce qui l’empêche de se rendre dans les médias du groupe Canal+, propriété de Vincent Bolloré.
- Le texte de l’arrêté, révélé par Libération et consulté par BFM - Politique, évoque une « menace particulièrement grave » pour la stabilité du pays.
- Ses soutiens dénoncent une atteinte à la liberté d’expression, tandis que ses détracteurs saluent une mesure enfin prise contre une « propagandiste du Kremlin ».
- Son avocat a annoncé un recours en urgence pour suspendre l’arrêté, bien que les recours contre les expulsions ministérielles ne soient pas suspensifs.
Une chroniqueuse au parcours médiatique marqué par son alignement sur Moscou
Ancienne directrice de RT France, la chaîne d’information russe fermée après le début de l’invasion de l’Ukraine, Xenia Fedorova a poursuivi sa carrière en France en tant que chroniqueuse. Elle intervient régulièrement dans des médias détenus par le milliardaire conservateur Vincent Bolloré, comme CNews et Europe 1. Ses interventions, souvent centrées sur la guerre en Ukraine, défendent systématiquement la ligne du Kremlin. Selon BFM - Politique, elle a maintes fois affirmé que « c’est l’Occident qui a décidé de prolonger la guerre » et que l’Europe serait « tentée d’aller en guerre contre la Russie ».
En mai 2026, un article du Monde avait révélé que son titre de séjour avait été prolongé pour dix ans en 2024 par l’administration française. Une décision qui avait suscité des interrogations, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Laurent Nuñez, ayant assuré qu’il n’y avait eu « aucune intervention politique » dans cette régularisation. Pourtant, cette prolongation avait été qualifiée de « propagandiste » par le président de la République, Emmanuel Macron, tandis que le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, l’avait accusée d’être un « relais de la désinformation du Kremlin ».
Une décision ministérielle qui cristallise les tensions politiques
L’arrêté d’expulsion a immédiatement relancé les clivages au sein de l’échiquier politique français. À l’extrême droite, la mesure est perçue comme une attaque contre la liberté d’expression. Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, a dénoncé sur X une « folie pure » et l’instauration d’un « délit d’opinion » par le gouvernement Macron. De son côté, Florian Philippot, président des Patriotes, a ironisé sur la sélectivité des expulsions : « Si vous êtes un OQTF qui viole, qui vole et qui tue, on ne vous expulsera pas. En revanche, si vous êtes une journaliste russe qui exprime un point de vue différent du gouvernement et de l’UE sur la guerre d’Ukraine, on vous expulsera pour abus de liberté d’expression. »
À l’inverse, la gauche et la macronie affichent leur satisfaction. Le député socialiste Arthur Delaporte, qui avait interpellé le ministre de l’Intérieur sur le renouvellement du titre de séjour de Fedorova en juin 2026, s’est félicité d’une « fin de l’impunité pour les agents du Kremlin ayant pignon sur rue sur CNews ». De son côté, l’ancienne ministre des Affaires étrangères Nathalie Loiseau, députée européenne Renaissance, a interpellé la chroniqueuse sur X : « La Russie de vos rêves vous tend les bras. Je me demande bien ce qui vous retient d’y retourner sans tarder, maintenant que vous séjournez illégalement sur le territoire français. »
Le Rassemblement national, principale formation d’opposition, est resté silencieux sur le sujet, à l’exception notable du député européen Thierry Mariani, qui a regretté que le gouvernement ait « peut-être enfin réussi à faire taire l’une des rares voix dissonantes dans la presse française qui ne répétait pas le récit officiel autorisé sur le conflit en Ukraine ».
Une mesure contestée par ses employeurs et ses soutiens médiatiques
Les médias où Xenia Fedorova intervenait ont réagi avec fermeté. Les groupes Canal+ et Lagardère ont dénoncé dans un communiqué commun le risque d’une « atteinte particulièrement grave à la liberté d’expression et au pluralisme des opinions ». Plusieurs figures du paysage médiatique conservateur ont pris sa défense. Christine Kelly, ancienne membre du CSA et chroniqueuse sur CNews, s’est interrogée : « Il n’y a pas d’autres urgences d’expulsion que Xenia Fedorova ? » Son collègue Erik Tegnér, directeur du média d’extrême droite Frontières, a également critiqué la priorité donnée à cette expulsion. Selon lui, cette décision illustre une dérive autoritaire du gouvernement.
Dans ce contexte, l’avocat de Xenia Fedorova a annoncé qu’elle avait « immédiatement formé un recours pour mettre en place une procédure d’urgence et suspendre » l’arrêté d’expulsion. Cependant, comme le rappelle BFM - Politique, les recours contre les arrêtés ministériels d’expulsion ne sont pas suspensifs. Autrement dit, la journaliste pourrait être expulsée avant même qu’un jugement soit rendu. Une perspective d’autant plus complexe que la Russie, cible de multiples sanctions européennes, pourrait refuser de la récupérer.
Quoi qu’il en soit, cette affaire illustre les tensions persistantes autour de la présence de médias et de personnalités russes en France, dans un contexte géopolitique marqué par la guerre en Ukraine. Le gouvernement devra désormais justifier sa décision devant la justice, tandis que l’opposition politique et médiatique poursuivra son opposition à cette mesure.
Selon l’arrêté ministériel révélé par Libération et consulté par BFM - Politique, son « comportement porte atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État » et sa présence sur le territoire « constitue une menace particulièrement grave et actuelle pour l’ordre public ». Elle est accusée d’être un relais des campagnes de désinformation du Kremlin visant à « déstabiliser l’ordre public » en France.
Depuis la notification de l’arrêté d’expulsion le 29 juillet 2026, elle est assignée à résidence et doit pointer chaque jour au commissariat. Elle ne peut donc plus se rendre dans les médias du groupe Canal+, où elle intervenait régulièrement.