Une fois élus, les nouveaux maires d’extrême droite dans le Sud de la France ne se contentent pas de remettre en cause les politiques culturelles ou syndicales. Selon Reporterre, ils s’attaquent aussi directement à des initiatives environnementales, comme à Carpentras, Orange ou Avignon. Des projets de jardins partagés, d’écoquartiers ou de fermes municipales se heurtent désormais à l’hostilité affichée de certaines municipalités, avec des décisions unilatérales qui remettent en cause des années de travail associatif et municipal.

Ce qu'il faut retenir

  • À Carpentras, le maire LR-NF a gelé un projet de ferme municipale et supprimé un jardin partagé, malgré leur financement déjà engagé.
  • À Orange, l’écoquartier « Les Oliviers » est menacé d’abandon, malgré son avance significative sur le plan écologique.
  • À Avignon, un projet de culture maraîchère en milieu urbain a été stoppé net, sous prétexte de « priorités budgétaires ».
  • Ces décisions s’inscrivent dans une stratégie plus large de rejet des politiques écologiques locales par certains élus d’extrême droite.

Des projets écologiques sacrifiés sur l’autel des idéologies

Sous un soleil écrasant, dans un champ situé à quelques kilomètres à l’ouest de Carpentras, Olivier Ceyte, ancien responsable associatif, découvre avec consternation ce que beaucoup appellent déjà « un carnage ». Le terrain, destiné à accueillir une ferme municipale, reste aujourd’hui à l’abandon, envahi par les mauvaises herbes. « C’est un carnage. J’en suis malade », a-t-il déclaré à Reporterre. Pourtant, ce projet avait été longuement préparé, avec des financements européens et une mobilisation citoyenne forte. Tout a été annulé dès l’arrivée du nouveau maire, élu en 2026 sur un programme axé sur la « défense des traditions » et la lutte contre « l’écologie punitive ».

À Orange, c’est un écoquartier de 200 logements, baptisé « Les Oliviers », qui se retrouve dans l’impasse. Ce projet, porté depuis cinq ans par la mairie sortante, prévoyait la construction de bâtiments basse consommation, de panneaux solaires et d’espaces verts partagés. Mais depuis l’élection du nouveau maire en juin 2026, les travaux sont à l’arrêt. « On nous a dit que ce n’était plus une priorité, et que l’argent serait mieux utilisé ailleurs », explique un membre de l’association « Orange Verte », qui suivait le dossier. Aucune alternative n’a été proposée pour l’instant.

Des arguments budgétaires contestés par les associations

Dans les trois villes concernées, les élus d’extrême droite justifient ces revirements par des « contraintes budgétaires » ou la nécessité de « revenir à l’essentiel ». Pourtant, à Avignon, où un projet de culture maraîchère en plein centre-ville a été stoppé, les militants rappellent que le budget alloué provenait de subventions européennes dédiées à la transition écologique. « On nous explique que la mairie doit d’abord s’occuper des écoles ou de la voirie, mais personne ne nous a dit où irait l’argent économisé », souligne Claire Martin, porte-parole du collectif « Cultivons Avignon ».

Ces décisions ne sont pas isolées. Selon Reporterre, plusieurs communes du Vaucluse et du Gard, dirigées par des maires classés à l’extrême droite, auraient gelé ou annulé des projets similaires depuis le début de l’année. Parmi eux, la suppression de subventions pour des associations de protection de la biodiversité ou la fin des aides aux jardins partagés. « Ce n’est pas une coïncidence, a analysé un observateur politique. Cela fait partie d’une ligne claire : rejeter toute politique perçue comme « imposée par Paris » ou « mondialiste », y compris quand elle est locale et participative. »

Des conséquences déjà visibles sur le terrain

Les répercussions de ces annulations se font déjà sentir. À Carpentras, les habitants qui comptaient sur la ferme municipale pour se fournir en légumes locaux doivent désormais se tourner vers des circuits plus longs, donc plus polluants. « Autant dire que les émissions de CO₂ liées à l’approvisionnement alimentaire de la ville vont augmenter », note un agriculteur local. À Orange, les futurs habitants du quartier « Les Oliviers » devront renoncer à un mode de vie sobre en énergie, au profit de logements moins performants. « On nous avait promis des factures d’électricité divisées par deux, maintenant, ce sera l’inverse », déplore une future locataire.

Les associations écologistes s’inquiètent aussi pour l’emploi. Plusieurs emplois saisonniers ou en CDD, prévus pour encadrer ces projets, ont été supprimés. « Ces postes étaient souvent occupés par des jeunes en insertion. Là, on les prive d’une expérience concrète dans l’agriculture urbaine ou la gestion de projets durables », explique un responsable associatif sous couvert d’anonymat.

Et maintenant ?

Plusieurs recours juridiques sont envisagés par les associations et les anciens porteurs de projets. Une plainte pour « détournement de fonds publics » pourrait être déposée à Carpentras, où les subventions européennes n’ont pas été restituées. À Orange, le tribunal administratif pourrait être saisi pour « non-respect des engagements contractuels ». Les prochaines échéances électorales locales, prévues en 2027, pourraient aussi rebattre les cartes. Pour l’instant, les maires concernés maintiennent leurs positions, affirmant que « la démocratie locale doit primer sur les injonctions extérieures ». Reste à savoir si les citoyens et les associations parviendront à faire entendre leur voix avant que ces projets ne tombent définitivement dans l’oubli.

Ces décisions interrogent plus largement sur l’avenir des politiques environnementales locales. Dans un contexte où la France s’est engagée à réduire ses émissions de 55 % d’ici 2030, la question se pose : jusqu’où les municipalités peuvent-elles s’affranchir des objectifs nationaux sans risquer des sanctions ? Et surtout, quel modèle de société ces choix dessinent-ils pour les années à venir ?