Selon Le Monde, l’architecte suisse Philippe Rahm propose une réinvention radicale des espaces urbains pour faire face à l’intensification des sécheresses et des vagues de chaleur. Dans une tribune publiée par le quotidien, il plaide pour la création de « villes cactus », des espaces conçus non plus pour absorber l’eau comme les « villes éponges », mais pour résister à la sécheresse en s’inspirant des mécanismes des plantes succulentes.
Ce qu'il faut retenir
- Philippe Rahm, architecte suisse renommé, appelle à repenser la végétation urbaine dans un contexte de réchauffement climatique.
- Le concept de « villes cactus » vise à limiter l’évaporation et à réduire la consommation d’eau en milieu urbain.
- Les arbres, moins capables de jouer leur rôle rafraîchissant en cas de canicules prolongées, doivent être remplacés ou complétés par des espèces plus résistantes.
- Cette approche s’oppose directement au modèle des « villes éponges », privilégié jusqu’ici pour gérer les excès d’eau.
- La proposition s’inscrit dans un débat plus large sur l’adaptation des villes aux défis climatiques actuels.
Une réponse architecturale aux limites de la végétation urbaine traditionnelle
Le réchauffement climatique fragilise la capacité des arbres à rafraîchir les villes. Selon Philippe Rahm, cité par Le Monde, les espèces végétales couramment utilisées en milieu urbain, comme les platanes ou les tilleuls, peinent de plus en plus à jouer leur rôle de climatiseur naturel lors des canicules répétées. « Leur système racinaire et leur métabolisme ne sont plus adaptés à des températures supérieures à 35°C sur de longues périodes », explique-t-il. Face à cette réalité, l’architecte propose une solution radicale : abandonner partiellement ces arbres au profit de végétaux aux propriétés plus adaptées à la sécheresse.
Cette réflexion s’inscrit dans un contexte où les records de température se multiplient en Europe. En 2025, plusieurs villes françaises ont enregistré des températures dépassant les 40°C pendant plus de dix jours consécutifs, un phénomène qui risque de s’amplifier dans les décennies à venir. « On ne peut plus compter sur la nature telle qu’elle fonctionne aujourd’hui pour réguler le climat urbain », souligne Philippe Rahm. Pour lui, il est urgent de concevoir des espaces où la végétation ne dépend plus de l’apport constant en eau, mais où elle est capable de survivre avec des ressources limitées.
Le principe des « villes cactus » : une alternative aux « villes éponges »
L’idée des « villes cactus » s’inspire directement des écosystèmes désertiques, où les plantes ont développé des mécanismes pour limiter l’évaporation et stocker l’eau. Contrairement aux « villes éponges », qui visent à absorber et restituer l’eau de pluie pour limiter les inondations, les « villes cactus » cherchent à minimiser la consommation d’eau tout en maintenant un effet rafraîchissant. Cela passe par le choix d’espèces végétales aux feuilles épaisses, comme les cactus ou les agaves, mais aussi par l’utilisation de matériaux de construction perméables et de systèmes de récupération d’eau optimisés.
Philippe Rahm précise que cette approche ne signifie pas l’abandon total des arbres traditionnels, mais plutôt une diversification des espèces. « Il s’agit de créer un équilibre entre différentes formes de végétation, chacune adaptée à un microclimat spécifique », précise-t-il. Par exemple, les toits végétalisés pourraient être recouverts de sedums, tandis que les parcs urbains intégreraient des espèces locales résistantes à la sécheresse, comme les oliviers ou les pistachiers. L’objectif ? Réduire la dépendance aux arrosages intensifs tout en maintenant une couverture verte dans les villes.
Un défi urbain et politique
La transition vers ce modèle soulève des questions pratiques et politiques. D’abord, le coût : remplacer des arbres matures par des espèces plus résistantes représente un investissement important pour les collectivités. Ensuite, l’acceptation sociale : les citoyens sont habitués à une certaine esthétique urbaine, dominée par des espèces comme le platane ou le marronnier. Enfin, les réglementations locales, souvent conçues pour favoriser des essences spécifiques, devront être révisées.
Pour Philippe Rahm, cette mutation est pourtant inévitable. « Les villes qui ne s’adapteront pas risquent de devenir inhabitables d’ici la fin du siècle », avertit-il. Il cite en exemple des métropoles comme Barcelone ou Athènes, où les températures estivales ont déjà dépassé les 45°C, poussant les autorités à repenser leur politique d’espaces verts. En France, certaines communes expérimentent déjà des solutions similaires, comme la ville de Montpellier, qui a remplacé des alignements de platanes par des espèces méditerranéennes.
Pour Philippe Rahm, une chose est certaine : le statu quo n’est plus une option. « Il faut agir maintenant, car chaque degré de plus dans les températures urbaines aura des conséquences directes sur la santé publique et la consommation d’énergie », rappelle-t-il. Les « villes cactus » ne sont peut-être qu’une étape parmi d’autres, mais elles illustrent la nécessité d’innover rapidement pour rendre les espaces urbains vivables dans un climat en mutation.
Une « ville éponge » vise à absorber et restituer l’eau de pluie pour limiter les inondations et recharger les nappes phréatiques, tandis qu’une « ville cactus » cherche à minimiser la consommation d’eau tout en maintenant un effet rafraîchissant, en s’inspirant des mécanismes de résistance à la sécheresse des plantes succulentes.
Des villes comme Montpellier, déjà engagée dans une politique de végétalisation méditerranéenne, ou Marseille, confrontée à des canicules de plus en plus intenses, pourraient être des candidates idéales pour tester ce modèle. D’autres métropoles comme Paris ou Lyon étudient des alternatives pour adapter leurs espaces verts aux nouvelles contraintes climatiques.