Alors que la France subit une quatrième canicule en à peine deux mois, accompagnée de mégafeux d’ampleur, le biologiste Olivier Hamant alerte sur les limites d’un système économique et social fondé sur la performance et l’abondance. Dans un entretien accordé à Ouest France, il défend l’idée que ces crises à répétition révèlent la fragilité d’un modèle qui a privilégié l’optimisation au détriment de la robustesse.
Pour ce chercheur, ces événements climatiques extrêmes ne sont pas de simples accidents, mais des symptômes d’un dysfonctionnement structurel. « Des lieux proches du pouvoir touchés par les mégafeux, cela peut accélérer les changements », estime-t-il, suggérant que l’extension de ces catastrophes à des zones symboliques pourrait enfin inciter à une remise en question profonde des politiques publiques.
Ce qu'il faut retenir
- La France connaît une quatrième canicule en moins de deux mois, couplée à des mégafeux d’une intensité exceptionnelle.
- Olivier Hamant, biologiste, plaide pour un abandon de la quête de performance au profit de la robustesse dans la gestion des crises.
- Selon lui, la répétition de ces crises climatiques révèle la vulnérabilité d’un système basé sur l’abondance et l’optimisation.
- Le chercheur souligne que l’impact de ces feux sur des zones proches du pouvoir pourrait accélérer les prises de décision politiques.
Un système à bout de souffle
Pour Olivier Hamant, les vagues de chaleur et les incendies géants qui ravagent le pays depuis le début de l’été ne sont pas des phénomènes isolés, mais la manifestation d’un modèle économique et social qui a atteint ses limites. « Nos sociétés ont construit leur prospérité sur des chaînes de valeur hyper-optimisées, où chaque maillon doit fonctionner à la perfection. Quand une crise survient, tout s’effondre », explique-t-il à Ouest France.
Selon lui, la dépendance aux flux tendus, la concentration des ressources et la recherche permanente de gains de productivité ont fragilisé l’ensemble du système. Ces choix, justifiés par une quête de compétitivité, ont rendu les territoires et les infrastructures particulièrement vulnérables aux chocs climatiques.
La robustesse, une priorité face à l’incertitude
Plutôt que de persister dans une logique de performance à tout prix, Olivier Hamant appelle à repenser nos sociétés autour du concept de robustesse. « Il ne s’agit plus de viser l’efficacité maximale, mais de garantir une capacité à résister et à s’adapter », précise-t-il. Cette approche implique de diversifier les sources d’approvisionnement, de renforcer les infrastructures critiques et de planifier des scénarios de rupture.
Le biologiste cite en exemple les politiques menées dans certains pays nordiques, où la redondance et la flexibilité sont intégrées dès la conception des systèmes. Pour lui, la France gagnerait à s’inspirer de ces modèles, notamment en matière de gestion de l’eau, de l’énergie et des ressources alimentaires.
L’effet catalyseur des mégafeux sur les décisions politiques
Olivier Hamant voit dans l’extension des mégafeux à des zones proches des centres de décision un possible accélérateur de changement. « Quand un incendie menace un lieu symbolique, comme une préfecture ou un site industriel stratégique, les décideurs prennent soudain conscience de l’urgence », note-t-il. Cette prise de conscience pourrait, selon lui, forcer une réévaluation des priorités nationales en matière de prévention des risques et d’adaptation climatique.
Le chercheur rappelle que la répétition de ces événements extrêmes rend désormais impossible l’ignorance des alertes scientifiques. « On ne peut plus se permettre de reporter les décisions sous prétexte que les modèles économiques actuels ne permettent pas de les financer », ajoute-t-il. Pour lui, le coût de l’inaction dépasse désormais celui des transformations nécessaires.
Pour Olivier Hamant, une chose est certaine : « Les crises que nous traversons ne sont pas une fatalité, mais le résultat de choix collectifs. En changer implique de rompre avec des décennies de dogmes économiques ». Une remise en question qui, si elle tarde encore, pourrait bien être imposée par la réalité du terrain.
Selon le biologiste, nos économies modernes reposent sur des systèmes où chaque étape de production ou de service doit fonctionner de manière optimale, sans marge de manœuvre. Cette hyper-spécialisation et cette recherche de productivité maximale rendent l’ensemble du système très vulnérable aux chocs, qu’ils soient climatiques, économiques ou sanitaires.