Selon Le Figaro, la question du racisme en France reste au cœur des débats politiques et sociétaux, comme en témoigne une récente chronique de Ferghane Azihari. L’auteur s’appuie sur les données de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) pour souligner une réalité contrastée : si la tolérance progresse globalement, certains préjugés, notamment antisémites, résistent chez une partie de l’électorat.

Ce qu'il faut retenir

  • Les préjugés antisémites ont augmenté de 10 points chez les sympathisants de La France insoumise (LFI) entre 2019 et 2022, alors qu’ils ont diminué de 7 points chez ceux du Rassemblement National (RN).
  • La CNCDH, dans son rapport sur le racisme et l’antisémitisme, constate une baisse globale des stéréotypes xénophobes depuis 2016, mais souligne leur persistance dans certains milieux.
  • Ferghane Azihari interroge dans sa chronique la perception du racisme en France, rappelant que les Français figurent parmi les peuples les plus tolérants au monde.
  • L’article cite l’anthropologue Claude Lévi-Strauss, pour qui l’ethnocentrisme est une « loi universelle de l’esprit humain ».

Une tolérance globale en progression, mais des exceptions tenaces

Le dernier rapport de la CNCDH, institution créée sous l’impulsion de René Cassin, dresse un bilan nuancé de l’évolution des préjugés en France. Si la majorité des clichés xénophobes reculent depuis six ans, certains phénomènes, comme l’antisémitisme, connaissent des dynamiques contrastées selon les groupes politiques. Ferghane Azihari, dans sa chronique publiée par Le Figaro, met en lumière cette disparité.

Selon les chiffres cités, les sympathisants de LFI, formation politique souvent pointée du doigt pour des prises de position controversées sur l’antisémitisme, affichent une hausse marquée des préjugés antisémites. Une tendance inverse s’observe chez les électeurs du RN, où ces mêmes préjugés reculent. « L’antisémitisme de La France insoumise n’a pas été puni dans les urnes comme il aurait dû l’être », avait d’ailleurs affirmé Azihari dans une précédente tribune.

L’héritage de Montaigne et Lévi-Strauss : le poids des frontières culturelles

Pour éclairer ce débat, Ferghane Azihari convoque des références philosophiques et anthropologiques. Il rappelle la célèbre maxime de Montaigne : « Chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage ». Une formule qui résonne avec les travaux de Claude Lévi-Strauss, notamment dans « Race et histoire ». L’anthropologue y explique comment chaque culture établit une distinction entre un « nous » et un « eux », une frontière souvent source de préjugés.

Cette approche permet de comprendre pourquoi des stéréotypes persistent, même dans des sociétés aussi ouvertes que la France. « Les peuples que nous appelons primitifs se désignent eux-mêmes d’un nom qui signifie “les vrais”, “les bons”, ou “les excellents” », écrivait Lévi-Strauss. Une observation qui, selon Azihari, s’applique aussi aux sociétés modernes, où l’altérité reste un marqueur de distinction.

« Toute culture trace une frontière entre un “nous” et un “eux”. Que des préjugés douteux survivent chez les Français n’a donc rien d’étonnant, sauf à oublier que ceux-ci comptent parmi les peuples les plus tolérants de la planète. » — Ferghane Azihari, chronique du 7 juillet 2026

Le rôle de la CNCDH : entre constats et recommandations

La Commission nationale consultative des droits de l’homme, instance indépendante, joue un rôle clé dans l’évaluation des discriminations en France. Son dernier rapport, bien que soulignant des progrès, insiste sur la nécessité de poursuivre les efforts pour éradiquer les préjugés. La CNCDH note ainsi une amélioration globale depuis 2016, mais alerte sur la persistance de certaines formes de racisme, notamment envers les minorités religieuses ou ethniques.

Ces données s’inscrivent dans un contexte où la France, souvent perçue comme un modèle de diversité, fait face à des défis croissants. Les débats autour de l’immigration, de l’intégration ou encore de l’universalisme républicain alimentent régulièrement les tensions. Pour Azihari, la question n’est pas tant celle de l’existence de préjugés que de leur traitement politique et médiatique.

Et maintenant ?

Les prochains mois pourraient être déterminants pour évaluer l’impact des discours politiques sur les mentalités. Les élections européennes de 2029 et les législatives prévues en 2027 offriront un nouveau terrain de confrontation entre les différentes visions de la société française. La capacité des institutions à promouvoir une éducation citoyenne et à sanctionner les propos discriminatoires sera un enjeu majeur. Par ailleurs, les résultats de la CNCDH pour 2027 permettront de mesurer l’évolution réelle des préjugés, au-delà des clivages partisans.

Si la France reste l’un des pays les plus tolérants au monde, les chiffres de la CNCDH rappellent que le combat contre les préjugés est loin d’être terminé. Entre progrès globaux et reculs ciblés, le débat sur le racisme en France doit désormais intégrer une réflexion plus large sur les mécanismes de l’ethnocentrisme et de la stigmatisation.

La CNCDH s’appuie sur des enquêtes quantitatives et qualitatives, réalisées auprès de panels représentatifs de la population française. Ces études évaluent l’évolution des stéréotypes antisémites, xénophobes ou racistes à travers des questions ciblées, permettant de comparer les résultats sur plusieurs années. Les données sont ensuite analysées en fonction des affiliations politiques, socio-économiques ou géographiques des répondants.