Définitivement arrêtée en 2020 après 43 ans de production, la centrale nucléaire de Fessenheim, située en Alsace à la frontière franco-allemande, entre dans une nouvelle phase avec le lancement de son démantèlement. Selon BFM Business, EDF dispose de 22 ans pour mener à bien cette opération, dont le coût total est estimé à 1,4 milliard d'euros. Le gouvernement a donné son feu vert par décret début mai, sous réserve de l'approbation de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et de radioprotection, attendue pour juin 2026.
Ce qu'il faut retenir
- 22 ans de travaux et 1,4 milliard d'euros de budget pour démanteler les deux réacteurs de Fessenheim.
- 99,9 % de la radioactivité du site ont déjà été évacués vers l'usine de recyclage d'Orano à La Hague.
- Un chantier mobilisant 300 à 400 personnes par an sur un site de 34 hectares, générant 405 000 tonnes de matériaux à traiter.
- Les opérations débuteront en 2026 avec des étapes clés comme l'évacuation des générateurs de vapeur, suivies par le démantèlement des cuves des réacteurs.
- EDF vise une réduction future des coûts à 500 millions d'euros par réacteur et une durée de 15 ans pour les prochains chantiers.
Un site préparé pour la phase de démantèlement
Depuis l'arrêt définitif des deux réacteurs en 2020, EDF a mené des préparatifs rigoureux pour ce chantier d'envergure. Pierre-Jean Barret, directeur du site, précise que « le combustible nucléaire usé a été entièrement évacué vers l'usine de La Hague, ce qui a permis de retirer 99,9 % de la radioactivité présente sur le site ». Les opérations de nettoyage des circuits ont également été réalisées, réduisant encore les risques radiologiques. « On a aussi réalisé des opérations sur nos circuits pour les nettoyer, les purifier », ajoute-t-il. Par ailleurs, 30 millions d'euros d'équipements ont été démontés et réutilisés sur d'autres sites nucléaires, comme les turbines transférées à Dampierre (Loiret) ou Gravelines (Nord).
Le démantèlement proprement dit, dont le coût est provisionné à hauteur de 700 millions d'euros par réacteur, mobilisera entre 300 et 400 personnes chaque année sur le site de 34 hectares. Les matériaux issus de la déconstruction, estimés à 405 000 tonnes, seront triés : 95 % non radioactifs seront recyclés ou évacués, tandis que les 5 % restants, classés selon leur niveau de radioactivité, seront stockés temporairement dans l'ancienne salle des machines avant d'être acheminés vers les sites de l'Andra dans l'Aube.
Les premières étapes techniques et les défis à venir
Les travaux débuteront en 2026 avec des opérations symboliques, comme l'évacuation des générateurs de vapeur du bâtiment réacteur n°1. Adrien Picard, chef de projet chez Cyclife Engineering (filiale d'EDF), détaille la complexité de cette étape : « Les trois cylindres de 20 mètres de haut doivent être découpés puis évacués avec une précision au centimètre près ». Les études préparatoires, menées sur quatre ans, ont permis de concevoir une grue adaptée aux contraintes du bâtiment et au poids des éléments à soulever.
Pour les étapes ultérieures, notamment le démantèlement des cuves des réacteurs, EDF prévoit d'utiliser des robots et machines téléopérées afin de limiter l'exposition des travailleurs aux rayonnements. Dans le bâtiment combustible n°1, une « piscine » bleue de plusieurs mètres de profondeur abrite encore des alvéoles ayant servi au stockage de l'uranium irradié. Johann Maisonneuve, chef du projet démantèlement, rappelle que « le combustible y séjournait plusieurs mois, voire des années, le temps que sa radioactivité et sa température diminuent avant d'être envoyé en retraitement ».
Un projet pilote pour le parc nucléaire français
Avec un chantier prévu jusqu'en 2048, le démantèlement de Fessenheim marque une première pour le parc nucléaire moderne français. Seule la centrale de Chooz A, prototype arrêté en 1991 dans les Ardennes, a fait l'objet d'une opération similaire jusqu'à présent. EDF compte tirer parti de cette expérience pour optimiser les procédés futurs : « Notre ambition est de réduire la durée des démantèlements à 15 ans et les coûts à 500 millions d'euros par réacteur », indique Johann Maisonneuve. L'objectif est également de se positionner sur les marchés internationaux du démantèlement nucléaire.
À proximité du site, EDF projette par ailleurs la création d'un technocentre dédié au recyclage des métaux faiblement radioactifs issus du démantèlement. Ce projet, encore en discussion, suscite des tensions locales en raison des craintes liées à la gestion des déchets et à l'impact environnemental. Aucune décision définitive n'a été prise à ce stade, mais le débat public s'annonce vif dans les mois à venir.
Le démantèlement de Fessenheim s'inscrit dans une stratégie plus large de sortie du nucléaire en France, alors que la programmation énergétique prévoit la fermeture de 14 réacteurs d'ici 2035. Les retours d'expérience de ce chantier seront donc scrutés de près par l'ensemble du secteur.
Le délai de 22 ans s'explique par la complexité technique des opérations, les normes strictes de sûreté et de radioprotection, ainsi que par le volume important de matériaux à traiter. Chaque étape, des évacuations de composants aux démantèlements des cuves, nécessite des études préalables, des simulations et des autorisations spécifiques, ce qui allonge la durée globale du chantier.