La 79e édition du Festival de Cannes s’est refermée samedi 24 mai 2026 dans une ambiance particulièrement politique, selon Le Figaro. Après une semaine sous haute tension médiatique, le réalisateur roumain Cristian Mungiu a remporté une seconde palme d’or pour son film Fjord, un palmarès marqué par des prises de position claires et des hommages appuyés. Entre discours engagés et hommages à des figures du cinéma mondial, la Croisette a confirmé son rôle de tribune internationale.
Ce qu'il faut retenir
- Cristian Mungiu décroche une seconde palme d’or pour Fjord, devenant l’un des rares réalisateurs à compter deux distinctions cannoises.
- Andreï Zviaguintsev, lauréat du grand prix pour Minotaure, appelle ouvertement Vladimir Poutine à mettre fin à la « boucherie » en Ukraine.
- Marie-Clémentine Dusabejambo reçoit la Caméra d’or pour Ben’Imana, un film sur les femmes survivantes du génocide rwandais.
- Isabelle Huppert décerne la palme d’honneur à Barbra Streisand, absente, en rendant hommage à son parcours et à son engagement féministe.
- Virginie Efira et Tao Okamoto partagent le prix d’interprétation féminine pour leur rôle dans Soudain.
- Le jury a distingué deux meilleurs acteurs, deux meilleures actrices et deux meilleures mises en scène, une première dans l’histoire du festival.
Une palme d’or symbolique et un discours engagé
Cristian Mungiu a été sacré pour Fjord, un film qui, selon ses propres mots, reflète « l’état du monde aujourd’hui qui n’est pas le meilleur ». Le réalisateur roumain, déjà récompensé en 2016 pour Bacalaureat, a profité de son discours pour alerter sur l’avenir laissé aux générations futures : « Je ne suis pas fier de ce qu’on laisse à nos enfants », a-t-il déclaré. Mungiu a appelé à plus d’empathie et de bienveillance, tandis que d’autres lauréats ont abordé des sujets tout aussi brûlants.
Parmi eux, Xavier Dolan a proposé une lecture de la situation à Gaza, confirmant une tendance forte de cette édition : l’engagement politique des artistes. Le cinéma d’auteur, souvent perçu comme introspectif, a cette année pris position avec une vigueur inhabituelle, transformant la Croisette en une caisse de résonance des tensions géopolitiques.
Des hommages poignants et des appels au changement
Marie-Clémentine Dusabejambo, primée par la Caméra d’or pour Ben’Imana, a rendu un hommage vibrant aux femmes rwandaises ayant survécu au génocide de 1994. Sans notes, elle a évoqué leur résilience, faisant de son discours une leçon de mémoire. « Leur histoire est notre mémoire », a-t-elle souligné, rappelant l’importance du devoir de transmission.
Nadine Labaki, réalisatrice libanaise de Capharnaüm (2018), a quant à elle hésité avant de faire le déplacement. Dans un pays en proie à une guerre dévastatrice, elle s’est interrogée : « Était-il sage de quitter mon pays ? » Avant d’ajouter, avec un trait d’humour amer : « Le Liban vit les pires scénarios. » Son message, porteur d’une urgence humanitaire, a résonné comme un rappel des réalités que le cinéma peut – ou doit – affronter.
Vladimir Poutine interpellé depuis la scène cannoise
Andreï Zviaguintsev, réalisateur russe de Minotaure et lauréat du grand prix, a directement interpellé Vladimir Poutine. Dans un discours retransmis par son entourage, Zviaguintsev a demandé au président russe de mettre fin à ce qu’il qualifie de « boucherie » en Ukraine. « Des millions de personnes de part et d’autre du front espèrent la fin du carnage, et seul le président de Russie peut l’ordonner », a-t-il martelé. Une prise de position audacieuse, alors que le Kremlin n’a pas réagi publiquement à cette intervention.
« Le seul qui puisse arrêter cette guerre, c’est le président de Russie. Nous attendons ce geste. »
— Andreï Zviaguintsev, lors de son discours à Cannes
Un hommage à Barbra Streisand et une parité remarquée
Isabelle Huppert a représenté Barbra Streisand, absente pour raisons de santé, pour recevoir la palme d’honneur. L’actrice française a salué une icône qui « pense, qui désire, qui choisit », avant d’ajouter : « Il y a toujours une femme seule derrière sa partition, son texte, son film. Une femme qui ne s’est jamais sentie tout à fait à l’aise avec la célébrité et ne croyait qu’en le travail. » Un hommage qui, pour certains, pouvait aussi s’appliquer à la carrière d’Huppert elle-même.
Côté récompenses, le jury a marqué l’histoire en attribuant deux prix d’interprétation féminine (Virginie Efira et Tao Okamoto pour Soudain), deux prix d’interprétation masculine (pour les acteurs de Notre salut), ainsi que deux palmes pour la réalisation et deux prix du scénario. Une première qui soulève des questions sur les critères de sélection du jury, présidé cette année par une figure du cinéma engagé.
La France en tête des palmarès
La France a brillé avec deux récompenses majeures : Virginie Efira, primée pour son rôle dans Soudain, et Emmanuel Marre, qui a reçu le prix du scénario pour Notre salut. Ce film, qui retrace le parcours d’un ancêtre ayant collaboré avec le régime de Vichy, a été salué pour son audace et son approche des années sombres de l’histoire française. Un choix qui reflète la tendance d’un cinéma français de plus en plus tourné vers les questions identitaires et mémorielles.
Une cérémonie sous tension politique
Comme l’a rappelé Eye Haïdara, maîtresse de cérémonie, le Festival de Cannes a « conjugué deux passions françaises : celle pour le cinéma et celle pour les débats ». Une formule qui résume bien l’ambiance de cette 79e édition, où la polémique a souvent pris le pas sur l’esthétique. La chaîne Canal+, visée par une pétition dénonçant les méthodes de son PDG Vincent Bolloré, a été au cœur des tensions. Eye Haïdara a glissé une allusion discrète dans son discours, rappelant que « les smokings sont restés nets, mais des egos ont été froissés ».
Alors que les projecteurs se tournent désormais vers d’autres festivals, comme celui de Berlin ou de Venise, Cannes 2026 restera comme une édition charnière, où le cinéma a cédé une partie de la place à l’engagement. Reste à savoir si cette tendance se confirmera en 2027.
Le Festival de Cannes, en tant que vitrine mondiale du cinéma, attire chaque année des réalisateurs, acteurs et personnalités engagées. Les discours des lauréats, souvent retransmis en direct, permettent de porter des messages à une audience internationale. Cette année, les tensions géopolitiques et les crises humanitaires ont renforcé cette tendance, faisant de la Croisette un espace de débat autant que de création artistique.
Cristian Mungiu, déjà reconnu comme l’un des cinéastes roumains les plus influents de sa génération, pourrait voir son film Fjord distribué dans davantage de pays. Une sortie en salles internationale est attendue pour l’automne 2026, tandis que des rumeurs évoquent un projet en développement pour 2027. Son statut de double palmé d’or lui ouvre également les portes des plus grands festivals et des coproductions ambitieuses.