Depuis cinq ans, Mahammad Mirzali vit sous haute protection. Le blogueur azéri, réfugié politique en France, a été victime d’une tentative d’assassinat le 14 mars 2021 sur un quai de Nantes. À partir de ce mardi 23 mai 2026, neuf hommes soupçonnés d’avoir participé à l’aggression ou apporté un soutien logistique à ses agresseurs comparaissent devant les assises de l’Ille-et-Vilaine. Selon Le Figaro, plusieurs d’entre eux seraient liés à une organisation criminelle née il y a un siècle dans les goulags soviétiques, les «Voleurs dans la loi».

Ce qu'il faut retenir

  • Le blogueur azéri Mahammad Mirzali, réfugié politique en France, a survécu à une tentative d’assassinat le 14 mars 2021 à Nantes.
  • Neuf hommes, soupçonnés d’avoir participé ou soutenu l’aggression, sont jugés à partir d’aujourd’hui devant les assises de l’Ille-et-Vilaine.
  • Plusieurs accusés seraient membres des «Voleurs dans la loi», une organisation criminelle d’Europe de l’Est remontant aux goulags soviétiques.
  • Mirzali vit depuis sous protection constante, avec une escorte armée pour ses déplacements, même les plus anodins.

Mirzali, aujourd’hui âgé de 32 ans, se rendra au tribunal de Rennes en voiture blindée, entouré de gardes du corps et équipé d’un gilet pare-balles. L’homme, dont le nom a été modifié pour des raisons de sécurité, garde des séquelles physiques et psychologiques de l’agression. «On a tenté de me tuer parce que je dénonçais la corruption en Azerbaïdjan», avait-il expliqué en 2021 à la presse internationale. L’attaque, perpétrée au couteau, avait laissé une cicatrice profonde sur son corps.

Une organisation criminelle aux racines historiques

Les «Voleurs dans la loi» (Vor v Zakone en russe) constituent l’un des groupes criminels les plus structurés d’Europe de l’Est. Apparue dans les années 1920 dans les goulags soviétiques, cette mafia s’est ensuite étendue en Russie, en Ukraine et dans les pays baltes avant de gagner l’Europe de l’Ouest. Selon les enquêteurs français, cette organisation se spécialise dans l’élimination d’opposants politiques, de journalistes ou de dissidents sous couvert d’activités criminelles classiques.

Dans le cas de Mirzali, les autorités judiciaires françaises estiment que le commanditaire de l’attentat résiderait en Azerbaïdjan, pays d’origine du blogueur. «Les «Voleurs dans la loi» agissent souvent comme des exécutants pour des régimes autoritaires souhaitant faire taire leurs critiques à l’étranger», précise un magistrat sous couvert d’anonymat. Leur mode opératoire inclut l’infiltration de réseaux locaux, le recrutement de complices et l’utilisation de tueurs à gage.

Un procès sous haute tension

Le procès qui s’ouvre aujourd’hui s’annonce tendu. Les neuf accusés, tous des hommes âgés de 25 à 55 ans, sont renvoyés pour «tentative d’assassinat en bande organisée» et «complicité». Parmi eux figurent des ressortissants azéris, russes et ukrainiens, certains déjà condamnés dans leur pays pour des faits similaires. Les débats devraient durer une quinzaine de jours, avec des témoignages protégés et des mesures de sécurité renforcées.

Mirzali, qui vit désormais dans un lieu tenu secret, ne sortira que sous escorte. «Même pour acheter un croissant, je suis accompagné», avait-il confié en 2024 à une chaîne d’information. Les rares rencontres avec sa famille sont organisées des mois à l’avance, selon un protocole strict. Pour l’avocat de la partie civile, «ce procès est un symbole de la lutte contre les mafias internationales et les régimes qui les instrumentalisent».

Et maintenant ?

Si les neuf accusés sont reconnus coupables, les peines encourues pourraient atteindre 30 ans de réclusion, voire la perpétuité en cas de circonstances aggravantes. Le procès devrait également permettre de mieux comprendre les ramifications des «Voleurs dans la loi» en France et en Europe. Une enquête complémentaire est d’ores et déjà en cours pour identifier d’éventuels autres commanditaires. Le verdict est attendu pour la mi-juin.

Cette affaire rappelle les risques encourus par les dissidents exilés, souvent pris pour cible loin de leur pays d’origine. En 2023, l’ONG Reporters sans frontières avait recensé 40 cas de journalistes ou blogueurs réfugiés victimes de tentatives d’assassinat ou de harcèlement en Europe. Mirzali, lui, refuse de se taire. «Je continuerai à parler, même si on me menace. C’est mon devoir», a-t-il affirmé récemment.

Le procès se tiendra dans un bâtiment judiciaire sécurisé, avec une présence policière accrue. Les parties civiles, dont plusieurs associations de défense des droits humains, espèrent que ce procès permettra de faire la lumière sur les réseaux criminels transnationaux et leurs liens avec des États autoritaires.

Les «Voleurs dans la loi» (Vor v Zakone) sont une organisation criminelle née dans les goulags soviétiques dans les années 1920. Elle s’est développée en Russie et dans les pays de l’ex-URSS avant de s’étendre en Europe. Spécialisée dans le crime organisé, elle est aussi utilisée par des régimes autoritaires pour éliminer leurs opposants à l’étranger.

Mirzali est un blogueur azéri connu pour ses critiques contre la corruption et le régime de Bakou. Son travail lui a valu des menaces en Azerbaïdjan, avant qu’il ne fuie en France où il a obtenu le statut de réfugié politique en 2019.