Alors que la Gironde est frappée par des incendies d’une ampleur inédite, un expert forestier alerte sur les causes profondes de cette catastrophe. Reporterre a recueilli le témoignage de Sylvain Angerand, ingénieur forestier et directeur de l’association Canopée, qui dénonce une sylviculture intensive jugée inadaptée aux bouleversements climatiques actuels. Entre le 1er janvier et le 22 juillet 2026, près de 43 000 hectares sont partis en fumée en France hexagonale, selon les données du Système européen d’information sur les feux de forêts (Effis).

Ce qu'il faut retenir

  • En 2026, 43 000 hectares ont brûlé en France entre janvier et juillet, un bilan partiel qui reflète l’ampleur des incendies.
  • Sylvain Angerand, ingénieur forestier et directeur de Canopée, dénonce une sylviculture intensive incompatible avec le changement climatique.
  • Les feux en Gironde, parmi les plus médiatisés, illustrent les risques accrus dans les forêts gérées de manière intensive.
  • L’Effis (Système européen d’information sur les feux de forêts) fournit les données officielles sur l’étendue des sinistres.

Un bilan en hausse face aux canicules récurrentes

Les chiffres de l’Effis, rendus publics en juillet 2026, confirment une tendance alarmante : la surface brûlée en France hexagonale dépasse largement la moyenne des dernières décennies. Selon les experts, cette augmentation s’explique en partie par la canicule prolongée qui frappe le pays depuis le printemps, avec des températures régulièrement supérieures à 40 °C dans plusieurs régions. Les épisodes de sécheresse, aggravés par la hausse des températures, transforment les massifs forestiers en véritables « boîtes d’allumettes », comme le souligne Sylvain Angerand.

Le sud-ouest de la France, et notamment la Gironde, est particulièrement touché. Les feux qui y sévissent depuis plusieurs semaines ont déjà détruit des milliers d’hectares, forçant l’évacuation de centaines de personnes. Les autorités locales évoquent un risque de propagation accru en raison des conditions météo défavorables, avec des vents violents attisant les flammes.

Une sylviculture intensive pointée du doigt

Sylvain Angerand, dont l’association Canopée milite pour une gestion durable des forêts, pointe du doigt les pratiques sylvicoles actuelles. «

La gestion forestière actuelle repose sur des modèles dépassés, conçus pour des climats stables et des saisons bien marquées. Or, avec le réchauffement climatique, ces méthodes deviennent contre-productives, voire dangereuses.
» L’ingénieur dénonce notamment l’extension des plantations de résineux, comme le pin maritime, dont les aiguilles sèches et les écorces fines propagent les incendies avec une facilité déconcertante.

Pour Canopée, une refonte des pratiques est indispensable. L’association prône une réduction des monocultures de résineux, une diversification des essences forestières et une meilleure prise en compte des risques climatiques dans les plans de gestion. Ces propositions s’inscrivent dans une logique de résilience, alors que les forêts françaises subissent des stress hydriques et thermiques de plus en plus fréquents.

Gironde en première ligne : un territoire sous haute tension

La Gironde cristallise les inquiétudes des spécialistes. Le département, connu pour ses vastes pinèdes, est particulièrement vulnérable aux incendies. Les feux de 2022, qui avaient ravagé près de 20 000 hectares, avaient déjà servi d’avertissement. Pourtant, malgré ces alertes répétées, les mesures préventives peinent à se généraliser. Les pompiers, en première ligne, appellent à une meilleure coordination entre les acteurs locaux et une augmentation des moyens alloués à la prévention.

Les collectivités territoriales tentent de réagir. Certaines communes ont mis en place des coupures de combustible — des zones débroussaillées pour limiter la propagation des feux — tandis que d’autres misent sur la réintroduction d’espèces végétales moins inflammables. Mais pour les associations comme Canopée, ces initiatives restent insuffisantes sans une remise en cause profonde du modèle économique dominant.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines s’annoncent décisives. Avec l’été qui bat son plein, les risques d’incendie pourraient encore s’aggraver, notamment dans le sud du pays. Les autorités appellent à la vigilance, tandis que les scientifiques multiplient les alertes sur l’urgence d’adapter la gestion forestière aux nouvelles réalités climatiques. Une réunion exceptionnelle des acteurs locaux est prévue pour la mi-août à Bordeaux, afin de coordonner les actions de prévention et d’urgence.

Quant à l’association Canopée, elle prépare un plaidoyer pour une loi-cadre sur la gestion des forêts, qu’elle compte soumettre au Parlement à l’automne. « Il est encore temps d’agir, mais le compte à rebours est lancé », rappelle Sylvain Angerand.

Les feux en Gironde s’expliquent par une combinaison de facteurs : des températures exceptionnellement élevées (souvent supérieures à 40 °C), une sécheresse prolongée et une gestion forestière intensive, notamment des plantations de résineux comme le pin maritime. Selon Sylvain Angerand, ces essences, très inflammables, propagent les flammes avec une rapidité accrue.