La décision du tribunal de commerce de Toulouse, prévue le 17 juin 2026, pourrait sceller le sort des deux dernières usines françaises du groupe papetier Fibre Excellence, situées à Saint-Gaudens (Haute-Garonne) et Tarascon (Bouches-du-Rhône). Selon Le Monde - Politique, salariés, élus locaux et habitants des deux communes suivent avec anxiété l’évolution de cette procédure judiciaire, dont les conséquences s’annoncent lourdes pour l’emploi et l’économie locale.

Ce qu'il faut retenir

  • Deux sites en danger : Saint-Gaudens et Tarascon abritent les dernières usines françaises de Fibre Excellence, spécialisées dans la production de pâte à papier.
  • Une décision judiciaire attendue : le tribunal de commerce de Toulouse doit trancher le 17 juin 2026 sur une éventuelle liquidation judiciaire.
  • Un impact local majeur : des centaines d’emplois sont menacés dans des territoires déjà fragilisés économiquement.
  • Une procédure en suspens : la suspension des activités des usines est suspendue à la décision du tribunal, qui pourrait être rendue sous trois semaines.

Deux usines au cœur de l’économie locale

Les sites de Saint-Gaudens et Tarascon représentent bien plus que des unités de production pour les territoires qui les abritent. Installées depuis des décennies, ces usines emploient directement plusieurs centaines de salariés et génèrent des emplois indirects dans des bassins économiques déjà fragilisés par la désindustrialisation. À Saint-Gaudens, la papeterie est un pilier historique de l’activité industrielle, tandis qu’à Tarascon, son implantation remonte à plus de soixante ans. « Ces usines, ce n’est pas seulement des machines et des bâtiments, c’est toute une communauté qui vit autour », a souligné un élu local cité par Le Monde - Politique.

Une liquidation judiciaire aux conséquences multiples

Si le tribunal de commerce de Toulouse valide la liquidation judiciaire, les conséquences iraient bien au-delà de la simple fermeture des sites. D’abord, le licenciement de plusieurs centaines de salariés s’accompagnerait d’un choc pour les sous-traitants et les commerces locaux, souvent dépendants de l’activité des usines. Ensuite, la perte d’un acteur industriel majeur pourrait accélérer le déclin économique de ces territoires ruraux, déjà marqués par un vieillissement démographique et un manque de diversification. « Ce serait une bombe pour le territoire », a alerté un syndicaliste interrogé par le quotidien, illustrant l’ampleur des craintes locales.

Les deux usines produisent de la pâte à papier à partir de bois, un secteur en pleine mutation en raison de la transition écologique et de la concurrence internationale. Fibre Excellence, qui a accumulé des dettes importantes ces dernières années, peine à se réinventer face à la baisse de la demande et à la hausse des coûts énergétiques. La liquidation judiciaire serait alors la sanction ultime d’une stratégie industrielle jugée insuffisante par les créanciers.

Un calendrier judiciaire serré et des incertitudes persistantes

La procédure de liquidation judiciaire a été engagée après des mois de négociations infructueuses avec les créanciers et les repreneurs potentiels. Le tribunal de Toulouse, saisi en urgence, doit désormais trancher dans un délai très court : la décision est attendue pour le 17 juin 2026. Entre-temps, les salariés des deux sites sont en arrêt technique depuis plusieurs semaines, une mesure exceptionnelle qui reflète l’incertitude ambiante. « On marche sur des œufs », a confié un représentant du personnel à Le Monde - Politique, évoquant une situation où chaque jour compte.

Côté repreneurs, les pistes semblent maigres. Aucun projet concret n’a émergé publiquement, malgré les appels lancés par les élus locaux et les syndicats. Les repreneurs potentiels hésitent à s’engager dans un secteur en déclin et dans un contexte économique incertain. Quant aux pouvoirs publics, ils se contentent pour l’heure de rappeler leur soutien aux salariés, sans pouvoir garantir la pérennité des sites.

Et maintenant ?

Si la liquidation judiciaire est prononcée le 17 juin, les prochaines semaines seront consacrées à l’ouverture d’une procédure de licenciement collectif, conformément au droit du travail. Les salariés pourraient alors bénéficier d’un accompagnement renforcé, mais la recherche de repreneurs ou la reconversion des sites prendrait plusieurs mois, voire des années. En cas de reprise, les nouveaux propriétaires pourraient décider de moderniser les installations ou, au contraire, de les fermer définitivement. Les élus locaux ont déjà annoncé qu’ils maintiendraient la pression sur les pouvoirs publics pour tenter d’éviter le pire.

Quelle que soit l’issue, la décision du tribunal de Toulouse marquera un tournant pour les deux communes et leurs habitants. Dans l’attente du verdict, l’angoisse persiste, alimentée par le souvenir d’autres fermetures industrielles qui ont laissé des territoires exsangues.

En cas de liquidation judiciaire, les salariés des deux sites de Fibre Excellence seraient licenciés dans le cadre d’un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE). Ils pourraient bénéficier d’indemnités de licenciement, d’un accompagnement personnalisé pour la recherche d’emploi et, le cas échéant, de formations pour une reconversion. Les syndicats et les pouvoirs publics ont déjà commencé à préparer des dispositifs d’urgence pour limiter l’impact social.