Une approche libérale de la fin de vie doit permettre de dépasser les cadres traditionnels où l’État ou les institutions religieuses prétendent définir ce qu’est une « bonne mort ». Tel est le plaidoyer formulé par Daniel Borrillo, juriste spécialisé en bioéthique, dans une tribune publiée par Le Monde – Politique. Selon lui, le rôle de l’État n’est pas de se substituer au choix des individus dans ce domaine intime et personnel.
Ce qu'il faut retenir
- Daniel Borrillo, juriste en bioéthique, publie une tribune dans Le Monde – Politique sur la fin de vie.
- Il critique les approches paternalistes, qu’elles émanent de l’État ou des institutions religieuses.
- Pour lui, l’État ne doit pas décider à la place des individus dans ce domaine.
- Cette tribune s’inscrit dans le débat actuel sur la légalisation de l’aide active à mourir en France.
Une remise en question des modèles traditionnels
Dans sa tribune, Daniel Borrillo interroge les fondements mêmes des politiques publiques en matière de fin de vie. Il estime que les modèles paternalistes, qu’ils soient étatiques ou religieux, reposent sur une vision normative de ce que devrait être une « bonne mort ». Autant dire que ces approches, selon lui, ignorent la diversité des situations individuelles et des convictions personnelles. Bref, elles imposent un cadre unique là où l’autonomie des personnes devrait primer.
Le juriste souligne que l’État, en se positionnant comme un arbitre moral, risque de limiter la liberté de choix des citoyens. Pour lui, cette posture est d’autant plus contestable qu’elle s’applique à un sujet aussi sensible que la mort. L’enjeu n’est donc pas seulement éthique, mais aussi juridique et politique, dans un pays comme la France où la laïcité structure le débat public.
L’autonomie individuelle au cœur du débat
Daniel Borrillo défend une vision libérale de la fin de vie, où chaque individu pourrait décider, sans pression extérieure, des conditions de sa mort. Il rappelle que cette approche s’inspire des principes fondamentaux des droits humains, notamment le droit à l’autodétermination. « Le rôle de l’État n’est pas de décider à la place des individus », a-t-il déclaré dans sa tribune, insistant sur le fait que la liberté de choix doit primer sur toute autre considération.
Cette position s’inscrit dans un contexte où la société française est de plus en plus divisée sur la question de l’euthanasie ou du suicide assisté. Les propositions de loi récentes, comme celle portée par le député Olivier Falorni en 2025, ont relancé le débat. Mais pour Borrillo, le vrai progrès réside dans la reconnaissance du droit pour chacun de disposer de son corps et de sa vie, y compris dans ses derniers instants.
Un débat qui dépasse la bioéthique
La tribune de Daniel Borrillo dépasse le cadre strict de la bioéthique pour toucher à des questions plus larges, comme la place de l’État dans la vie privée des citoyens. Il rappelle que l’histoire des politiques publiques en matière de fin de vie est marquée par des conflits entre laïcité et valeurs religieuses, entre autonomie individuelle et protection de la société. Dans ce paysage, son plaidoyer en faveur d’une approche libérale vise à réconcilier ces tensions.
Le juriste évoque également les risques d’une instrumentalisation politique du sujet. Pour lui, les débats sur la fin de vie ne devraient pas être réduits à des clivages partisans ou idéologiques, mais traités comme une question de droits fondamentaux. Il cite en exemple des pays comme les Pays-Bas ou la Belgique, où la légalisation de l’euthanasie a été encadrée par des garde-fous stricts, tout en respectant l’autonomie des patients.
Ce débat, loin d’être clos, rappelle que la fin de vie est un sujet qui interroge les fondements mêmes de notre société. Entre respect des traditions et quête d’autonomie, la recherche d’un équilibre reste un défi de taille pour les années à venir.
En France, l’euthanasie active est interdite par la loi. Seule la sédation profonde jusqu’au décès est autorisée dans des cas très encadrés, comme prévu par la loi Claeys-Leonetti de 2016. Toute aide active à mourir reste passible de poursuites pénales.