Alors que l’Aïd El-Kébir, prévue le 27 mai 2026, approche, les Marocains s’inquiètent de la hausse vertigineuse du prix du mouton. Selon Courrier International, qui relaie l’enquête du magazine marocain TelQuel publiée le 15 mai 2026, cette inflation s’explique en partie par des décisions politiques et des subventions publiques détournées par des acteurs du secteur.

Ce qu'il faut retenir

  • Le prix du kilo de mouton est passé de 80 à 200 dirhams (7,50 € à 18,50 €) en quelques années, un bond attribué en partie aux subventions de l’État.
  • Entre 2015 et 2026, l’État a injecté 13,1 milliards de dirhams (1,2 milliard d’euros) en subventions et exonérations pour 277 importateurs de bétail.
  • Plus de 40 % des sociétés bénéficiaires ont été créées ou restructurées entre 2022 et 2024, laissant suspecter des montages opportunistes.
  • L’ex-ministre de l’Agriculture et actuel chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, est directement pointé du doigt pour son rôle dans cette politique.
  • En 2025, le roi Mohammed VI avait appelé à renoncer au sacrifice traditionnel en raison de la pénurie de cheptel.

Un scandale d’État selon TelQuel

La une du TelQuel du 15 mai 2026 frappe fort : trois hommes en costume, dont le chef du gouvernement marocain Aziz Akhannouch et deux anciens ministres de l’Agriculture, figurent en tête d’affiche. Le titre choc, « Comment Akhannouch & Co ont tondu les Marocains », dénonce un « scandale d’État » ayant permis à certains acteurs de s’enrichir sur le dos des citoyens. L’hebdomadaire francophone, connu pour son approche critique des sujets de société, s’appuie sur des documents officiels et des enquêtes internes pour étayer ses accusations.

Le magazine souligne que la pandémie de Covid-19 a affaibli le cheptel national, mais que les politiques publiques ont aggravé la situation. Entre subventions massives et manque de contrôle, le système mis en place depuis 2015 aurait favorisé des pratiques douteuses. « Les largesses de l’État ont contribué à cette flambée des prix », écrit TelQuel, qui cite des sources anonymes au sein de l’administration.

13 milliards de dirhams de subventions : où est passé l’argent ?

Depuis 2015, l’État marocain a consenti 13,1 milliards de dirhams (1,2 milliard d’euros) en subventions et exonérations fiscales pour soutenir l’importation de bétail. Ces mesures visaient à garantir l’approvisionnement en viande à des prix accessibles. Pourtant, selon les révélations de TelQuel, une partie de ces fonds a été captée par des entreprises peu scrupuleuses. Les bénéficiaires ont bénéficié d’exonérations de droits de douane, de TVA sur les importations, et même de subventions directes de 500 dirhams par tête de bétail importée (46 €).

L’enquête du magazine révèle que sur 80 dossiers vérifiés, plus de 40 % des sociétés concernées ont été créées ou modifiées entre l’automne 2022 et fin 2024. Une temporalité qui coïncide avec l’aggravation des tensions sur les prix. « Certaines entités semblent avoir été créées uniquement pour profiter de ce système », précise un extrait de l’enquête publié par Courrier International.

Aziz Akhannouch, figure centrale d’un système contesté

Aziz Akhannouch, ministre de l’Agriculture de 2007 à 2021 puis chef du gouvernement depuis, est au cœur des critiques. Le magazine TelQuel lui reproche d’avoir participé à la conception d’une politique favorisant les importations massives sans réel contrôle sur l’état du cheptel local. Les autorités marocaines, souligne l’hebdomadaire, n’auraient pas su anticiper la hausse des prix ni protéger les éleveurs nationaux. « L’État n’a pas d’idée claire de l’état réel du cheptel », affirme TelQuel, s’appuyant sur des sources internes.

Cette situation a conduit à une dépendance accrue aux importations, au détriment des producteurs locaux. En 2025, face à la raréfaction du cheptel, le roi Mohammed VI avait appelé, dans un discours exceptionnel, à renoncer au sacrifice traditionnel de l’Aïd El-Kébir. Une mesure sans précédent, reflétant l’ampleur de la crise.

Des conflits d’intérêts et un manque de transparence dénoncés

Les révélations de TelQuel mettent en lumière des conflits d’intérêts au sein du secteur. Plusieurs sociétés bénéficiaires des subventions seraient liées à des personnalités politiques ou à des proches du pouvoir. Le magazine cite l’exemple de certaines entreprises ayant obtenu des exonérations fiscales avant même de déposer leur première déclaration d’activité. « Le manque de contrôle a permis à des opportunistes de s’enrichir », déclare un expert du secteur, cité par TelQuel.

Le système des subventions, conçu pour stabiliser les prix, aurait donc été détourné. Les importateurs, profitant des exonérations, auraient revendu la viande à des tarifs élevés, aggravant la crise pour les consommateurs. « L’État a versé des milliards sans garantie de résultats », résume un économiste marocain, contacté par le magazine.

Et maintenant ?

Alors que l’Aïd El-Kébir approche, les autorités marocaines n’ont pas encore annoncé de mesures correctives. La question se pose : comment l’État va-t-il réguler un secteur aussi opaque ? Les prochaines semaines seront cruciales pour évaluer si les promesses de transparence se concrétiseront. Une enquête parlementaire, si elle est lancée, pourrait éclairer les responsabilités. Reste à voir si les consommateurs verront une baisse des prix avant les fêtes.

Cette affaire soulève également des interrogations sur la gestion des fonds publics. Avec plus de 1,2 milliard d’euros injectés en une décennie, les Marocains sont en droit de demander des comptes. Les prochaines échéances politiques, notamment les élections locales prévues en 2027, pourraient donner lieu à des débats sur l’efficacité des politiques agricoles.

Pour l’heure, les préparatifs de l’Aïd se poursuivent dans un contexte tendu. Les citoyens, déjà frappés par une inflation persistante, attendent des solutions concrètes. Si le gouvernement promet depuis des mois une réforme du secteur, aucun calendrier précis n’a été dévoilé.

Plusieurs facteurs expliquent cette hausse : la pandémie de Covid-19 a réduit le cheptel national, tandis que les subventions massives à l’importation ont été détournées par certains acteurs. Le manque de contrôle et des conflits d’intérêts ont aggravé la situation, selon l’enquête du TelQuel relayée par Courrier International.

Pour l’instant, aucune mesure concrète n’a été annoncée. Une enquête parlementaire ou administrative pourrait être lancée pour faire la lumière sur les détournements présumés. Les prochaines semaines seront décisives pour savoir si l’État prend des mesures correctives avant l’Aïd El-Kébir.