Alors que les maladies neurodégénératives liées aux pratiques sportives suscitent une prise de conscience croissante dans le football, une étude britannique révèle que la conception des ballons peut jouer un rôle clé pour réduire les impacts sur le cerveau lors des coups de tête. Selon RMC Sport, des chercheurs de l’université de Loughborough, en collaboration avec la Fédération anglaise de football (FA) et relayés par la BBC, ont démontré pour la première fois que les ondes de pression générées par certains modèles de ballons peuvent s’avérer particulièrement dangereuses pour les joueurs.
Ce qu'il faut retenir
- Des chercheurs de l’université de Loughborough ont prouvé que la conception des ballons influence l’impact des têtes sur le cerveau.
- Les ondes de pression générées peuvent atteindre des niveaux comparables à ceux observés lors de tirs militaires, avec un effet sur la tête jusqu’à 55 fois plus important selon les modèles.
- Contrairement à une idée reçue, les ballons modernes ne sont pas plus protecteurs que ceux utilisés il y a plusieurs décennies.
- La vitesse, l’état (sec ou humide) et le type de ballon jouent un rôle majeur dans le transfert d’énergie vers le cerveau.
- L’étude a été communiquée à la FIFA et à l’UEFA, et la FA salue une avancée vers une meilleure compréhension du problème.
En analysant les données recueillies sur les cent dernières années, les scientifiques ont mis en évidence que les chocs répétés liés aux coups de tête pouvaient provoquer des ondes de pression aux conséquences comparables à celles observées lors d’explosions militaires. « Les effets sur la tête peuvent être jusqu’à 55 fois plus importants selon les modèles de ballons », a souligné l’un des chercheurs lors de la présentation des résultats. Ce phénomène, souvent sous-estimé, soulève des questions majeures sur les risques encourus par les footballeurs, notamment ceux évoluant en défense ou en milieu de terrain, où les duels aériens sont fréquents.
Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, les ballons actuels ne sont pas systématiquement plus sûrs que ceux utilisés par le passé. Selon les chercheurs, aucun modèle ne se distingue clairement en termes de protection. « Les ballons modernes ne sont pas forcément plus protecteurs que ceux en cuir utilisés il y a plusieurs décennies », a précisé le Dr Ieuan Phillips, chercheur principal de l’étude. En réalité, c’est surtout le type de ballon, sa vitesse au moment de l’impact et son état (sec ou humide) qui déterminent la force transmise au crâne. Un ballon lourd et rapide, par exemple, génère des ondes de pression bien plus destructrices qu’un ballon plus léger et lent, quelle que soit son époque de conception.
Cette découverte ouvre la voie à une refonte des normes de fabrication des ballons de football. Les chercheurs estiment que des ajustements dans la conception pourraient permettre de réduire significativement le transfert d’énergie vers le cerveau lors des coups de tête. « Ces résultats offrent des possibilités concrètes de travailler à la conception de ballons et à l’élaboration de spécifications de test qui minimisent le transfert d’énergie vers le cerveau », a déclaré le Dr Phillips. Une avancée qui pourrait, à terme, limiter l’apparition de maladies neurodégénératives chez les anciens footballeurs, un sujet devenu central dans le débat sur la santé des sportifs.
« Cette nouvelle recherche indépendante nous apporte des informations novatrices et inédites, et elle s’inscrit dans notre engagement continu à mieux comprendre ce domaine très complexe. »
Charlotte Cowie, médecin-chef de la Fédération anglaise de football
La FA a salué cette étude, la qualifiant d’« importante » pour éclairer les futures décisions en matière de sécurité. « Les résultats de l’étude ont également été communiqués à la FIFA et à l’UEFA », a indiqué Charlotte Cowie, tout en ajoutant que la fédération « continue de saluer une approche mondiale visant à soutenir la poursuite des recherches dans ce domaine ». Cette prise de position s’inscrit dans un mouvement plus large visant à mieux protéger les joueurs, notamment les plus jeunes, des risques liés aux têtes répétées.
En Angleterre, la problématique est prise très au sérieux depuis plusieurs années. Des mesures ont déjà été mises en place pour limiter les têtes chez les jeunes joueurs, une tendance qui pourrait s’étendre à l’ensemble des compétitions. Certains joueurs professionnels, comme l’ancien international français Raphaël Varane, ont d’ailleurs plaidé en faveur d’une généralisation de ces restrictions. Leur argument ? Les données disponibles sur les conséquences à long terme des traumatismes crâniens répétés chez les footballeurs, notamment chez les anciens internationaux britanniques.
L’étude de Loughborough rappelle en effet un triste constat : plusieurs champions du monde 1966, comme Nobby Stiles et Martin Peters, sont décédés des suites de démence à quelques années d’intervalle. Ces cas, bien que marginaux à l’époque, ont contribué à alimenter les débats sur la sécurité dans le football moderne. Depuis, la science a progressé, mais les risques persistent. Les chercheurs espèrent que leurs travaux permettront de concilier performance sportive et protection des athlètes, deux objectifs qui ne devraient pas être antinomiques.
Cette étude pose également la question de l’évolution des règles du football. Faut-il, par exemple, limiter davantage les têtes chez les professionnels, comme c’est déjà le cas chez les jeunes en Angleterre ? Ou bien faut-il se concentrer uniquement sur l’amélioration des équipements ? Les débats sont loin d’être clos, mais une chose est sûre : la santé des joueurs n’a plus vocation à être sacrifiée au nom de la performance pure.
Selon l’étude de l’université de Loughborough, relayée par RMC Sport, la protection offerte par un ballon ne dépend pas uniquement de son époque de conception, mais surtout de sa vitesse, de son poids et de son état (sec ou humide) au moment de l’impact. Les ballons modernes ont souvent une surface plus lisse et des matériaux synthétiques, mais leur aérodynamisme peut parfois accentuer les chocs. Ainsi, un ballon rapide et lourd, même récent, peut générer des ondes de pression bien plus dangereuses qu’un ballon en cuir ancien, plus lent et moins rigide.