Chez Ford France, l’engouement pour l’électrique s’accélère. Selon BFM Business, 55 % des commandes passées en avril 2026 concernaient des véhicules 100 % électriques, une progression significative qui reflète un virage stratégique confirmé par la filiale française du constructeur américain. Louis-Carl Vignon, président de Ford France, a détaillé cette tendance lors d’un entretien diffusé ce jeudi sur la chaîne d’information économique, évoquant une « vraie accélération » ces quatre derniers mois.

Cette montée en puissance s’inscrit dans un contexte marqué par des incitations fiscales renforcées l’été dernier, notamment la hausse des avantages en nature déductibles pour les entreprises. « Ce virage a déjà été pris chez les entreprises l’été dernier », a souligné Louis-Carl Vignon, avant d’ajouter : « Au niveau des clients particuliers, là aussi, on a eu une accélération ». L’impact de la crise géopolitique dans le Golfe a, selon lui, « accéléré ce phénomène ». Côté utilitaires, la progression est tout aussi notable : après avoir représenté seulement 8 à 9 % des commandes en 2025, les véhicules électriques pèsent désormais autour de 20 % des premières commandes de 2026. « Ça a mis du temps à prendre, mais les artisans se sont aperçus que le véhicule électrique correspondait à leur usage », a-t-il expliqué.

Ce qu'il faut retenir

  • 55 % des commandes de Ford France en avril 2026 concernaient des véhicules électriques, un chiffre qui illustre une accélération significative ces derniers mois.
  • Ford prévoit de lancer en 2028 deux citadines électriques à petit prix, segment B, produites dans des usines Renault en France.
  • Ces modèles, basés sur la plateforme technologique de Renault, seront vendus « légèrement en dessous de la Puma Gen-E », actuellement proposée autour de 30 000 euros avant bonus.
  • Ford discute avec le chinois Geely pour une possible cession partielle d’une usine en Espagne, selon des informations relayées par la presse ibérique.
  • Les utilitaires électriques représentent désormais 20 % des commandes en 2026, contre 8 à 9 % en 2025.

Un virage accéléré par les incitations fiscales et les usages

L’essor des commandes électriques chez Ford France s’explique en partie par un cadre fiscal plus avantageux. Dès l’été 2025, les pouvoirs publics ont renforcé les dispositifs incitatifs, comme la hausse des avantages en nature déductibles pour les entreprises. « Ce virage a déjà été pris chez les entreprises », a rappelé Louis-Carl Vignon, soulignant que cette dynamique s’étend désormais aux particuliers. L’effet d’entraînement s’est encore amplifié avec la crise géopolitique dans le Golfe, qui a perturbé les approvisionnements en carburant et poussé les consommateurs à se tourner vers des solutions alternatives.

Côté professionnels, l’adoption des utilitaires électriques marque un tournant. Longtemps perçus comme inadaptés aux besoins des artisans, ces véhicules ont fini par convaincre après une période d’apprentissage. « Les artisans se sont aperçus que le véhicule électrique correspondait à leur usage », a indiqué le président de Ford France, confirmant une progression de 20 % des commandes en 2026, contre moins de 10 % l’année précédente. Une évolution qui reflète aussi l’élargissement de l’offre et la baisse des coûts d’usage, notamment en matière de maintenance et d’énergie.

Deux citadines électriques à moins de 30 000 euros d’ici 2028

Pour répondre à cette demande croissante, Ford France a annoncé le lancement de deux citadines électriques en 2028, destinées à compléter son offre d’entrée de gamme. Ces modèles, positionnés sur le segment B, seront produits dans deux usines Renault du nord de la France : celle de Douai et celle de Maubeuge. Une stratégie industrielle qui permet à Ford de s’appuyer sur les infrastructures existantes du groupe français, tout en mutualisant les coûts de développement grâce à l’utilisation de la plateforme technologique de Renault.

Ces véhicules seront proposés à un prix « légèrement inférieur » à celui de la Puma Gen-E, le modèle électrique d’entrée de gamme actuel du constructeur, vendu environ 30 000 euros avant application des bonus écologiques. « Ça permettra de répondre aux problèmes de surcapacités de production en Europe des constructeurs historiques », a précisé Louis-Carl Vignon. Une approche qui s’inscrit dans une logique de partage des ressources, alors que le marché européen reste sous pression depuis la crise du Covid et la montée en puissance de la concurrence chinoise.

Ford et Geely en discussion pour une cession partielle d’une usine en Espagne

Autre piste explorée par Ford France pour rationaliser sa production : un partenariat avec le groupe chinois Geely. Selon des informations révélées par la presse espagnole et confirmées par le président de Ford France, des « discussions en cours » pourraient aboutir à la vente partielle d’une usine située en Espagne. Une stratégie présentée comme préférable à une fermeture pure et simple dans un contexte de marché européen en déclin de 20 % depuis la pandémie et de concurrence accrue.

« Trouver des partenaires qui vont venir prendre une partie d’une usine ou avec lesquels on va s’associer pour produire des véhicules, c’est mieux que fermer les usines », a conclu Louis-Carl Vignon. Cette démarche s’inscrit dans une volonté de coopération internationale pour préserver des emplois et optimiser l’utilisation des capacités industrielles, alors que les constructeurs historiques doivent faire face à une surcapacité structurelle en Europe.

Et maintenant ?

Ford France mise sur une production accrue de véhicules électriques d’ici 2028, avec deux nouveaux modèles bas coût à venir. La filiale française devra confirmer cette dynamique dans les mois à venir, notamment en précisant les modalités de partenariat avec Renault pour la production des citadines. Côté Espagne, les discussions avec Geely pourraient aboutir d’ici la fin de l’année, selon les premières estimations. Enfin, l’évolution du marché des utilitaires électriques sera un indicateur clé pour mesurer l’adoption définitive de ces technologies par les professionnels.

Reste à voir si cette accélération se maintiendra face à une concurrence de plus en plus agressive et à un contexte économique incertain. Les prochaines annonces de Ford sur ses gammes et ses partenariats seront donc scrutées de près par le secteur automobile.

Les incitations fiscales renforcées à l’été 2025, notamment la hausse des avantages en nature déductibles pour les entreprises, ont joué un rôle clé. Ces dispositifs ont permis de rendre les véhicules électriques plus attractifs financièrement, tant pour les professionnels que pour les particuliers.

Ford s’appuie sur les infrastructures existantes de Renault pour mutualiser les coûts de production et répondre aux problèmes de surcapacité en Europe. Les deux usines concernées, situées à Douai et Maubeuge, permettront de bénéficier d’une plateforme technologique commune, réduisant ainsi les dépenses de R&D.