Un signe tangible de détente. L’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, a fait son retour à Alger ce printemps, deux ans après son rappel en consultation, marquant une étape majeure dans le dégel des relations franco-algériennes. Cette décision s’inscrit dans la continuité de la visite officielle, vendredi 8 mai 2026, de la ministre déléguée aux Armées, Alice Rufo, aux côtés de son homologue algérien Abdelmalek Tachrift, lors d’une cérémonie commémorative à Sétif. Selon Franceinfo - Politique, cette séquence hautement symbolique illustre la volonté des deux pays de tourner la page d’une crise diplomatique marquée par deux années de tensions.
Ce qu'il faut retenir
- Le retour de l’ambassadeur Stéphane Romatet à Alger, rappelé en avril 2025, symbolise la volonté de Paris de restaurer un dialogue apaisé avec Alger.
- La visite d’Alice Rufo à Sétif le 8 mai 2026, aux côtés d’Abdelmalek Tachrift, lors d’une cérémonie commémorant les massacres de 1945, marque un geste fort de réconciliation mémorielle.
- L’Elysée a fait de la libération du journaliste français Christophe Gleizes, incarcéré depuis mai 2024, une priorité dans les négociations en cours.
- La crise diplomatique avait atteint son paroxysme en 2024-2025, notamment après le soutien de la France au plan marocain sur le Sahara occidental, perçu comme une rupture par Alger.
Une cérémonie à Sétif pour apaiser les mémoires
Le choix de Sétif, ville emblématique des massacres du 8 mai 1945, n’était pas anodin. Ce jour-là, des milliers de manifestants algériens réclamant l’indépendance furent réprimés dans le sang par l’armée française. Les autorités algériennes estiment à 45 000 le nombre de victimes, tandis que les sources françaises évoquent entre 1 500 et 20 000 morts. « Il faut regarder l’histoire telle qu’elle a été, dans sa vérité, et dans le respect de toutes les mémoires, de l’Algérie et de la guerre d’Algérie », a déclaré Alice Rufo à l’issue de la cérémonie, comme le rapporte Franceinfo - Politique.
Dans un communiqué, l’Elysée a souligné que « la lucidité avec laquelle la France regarde l’histoire doit aujourd’hui permettre de nouer des relations confiantes et prometteuses pour l’avenir ». Cette prise de parole intervient alors que les deux pays cherchent à dépasser les séquelles d’un passé colonial encore douloureux. La présence conjointe des deux ministres, côte à côte sous les drapeaux algériens, devant une stèle en hommage à Bouzid Saâl – figure des manifestations de 1945 –, a été largement commentée comme un geste de réconciliation.
Un rapprochement progressif après deux ans de tensions
Le dégel actuel tranche avec la période de crise ouverte à l’été 2024. Tout avait commencé avec le soutien apporté par la France au plan marocain pour le Sahara occidental, qui prévoyait d’accorder au territoire une « souveraineté marocaine ». Alger avait interprété cette position comme un revirement majeur, d’autant que le dossier du Sahara occidental est traditionnellement un point de crispation entre les deux pays. Un conflit oppose en effet depuis cinquante ans le Maroc aux indépendantistes du Front Polisario, soutenus par l’Algérie.
Les tensions s’étaient ensuite aggravées avec l’arrestation de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal en novembre 2024, puis avec la mise en examen en France d’un agent consulaire algérien suspecté d’être impliqué dans l’enlèvement de l’influenceur Amir DZ. Ces événements avaient conduit Alger à expulser 12 agents de l’ambassade de France, poussant Paris à rappeler son ambassadeur. Le ton était alors donné : les relations diplomatiques avaient atteint leur niveau le plus bas depuis des années.
Le rôle clé de Bruno Retailleau dans l’escalade, puis celui de Laurent Nuñez dans l’apaisement
Parmi les figures ayant alimenté les tensions, le nom de Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur entre septembre 2024 et octobre 2025, revenait souvent. Ce dernier avait adopté une ligne ferme envers Alger, multipliant les déclarations critiques sur la situation de Boualem Sansal et sur les questions migratoires. Alger lui reprochait en retour de politiser systématiquement la relation bilatérale. Son départ du gouvernement et son remplacement par Laurent Nuñez avaient marqué un tournant. Ce dernier, plus discret, avait privilégié une reprise progressive du dialogue, comme en témoigne sa visite à Alger en février 2026.
Ce rapprochement avait été facilité par le dénouement du dossier Boualem Sansal : l’écrivain, finalement gracié par le président algérien Abdelmadjid Tebboune en novembre 2025, avait pu rentrer en France. Une issue qui avait ouvert la voie à une série de contacts diplomatiques, dont un entretien entre les chefs de la diplomatie française et algérienne, Jean-Noël Barrot et Ahmed Attaf, ainsi que la reprise des expulsions d’Algériens en situation irrégulière, suspendues pendant la crise.
Christophe Gleizes, un dossier épineux qui reste à régler
Malgré ces avancées, plusieurs contentieux persistent. Celui du journaliste sportif français Christophe Gleizes, arrêté en mai 2024 lors d’un reportage sur la JS Kabylie, en est l’exemple le plus saillant. Condamné en appel à sept ans de prison pour apologie du terrorisme, il a vu son pourvoi en cassation rejeté cette semaine. Sa condamnation est désormais définitive, mais sa famille a annoncé qu’il avait retiré son recours, ouvrant la possibilité d’une grâce présidentielle.
L’Elysée a confirmé qu’il portait une « attention prioritaire » à ce dossier. Dans les prochains jours, Christophe Gleizes devrait recevoir sa première visite consulaire depuis son incarcération, un signe de reprise du contact entre les deux pays. Alice Rufo l’a annoncé samedi 9 mai, à l’issue d’un entretien avec le président Tebboune, lors duquel les deux responsables ont évoqué les moyens « d’intensifier » la coopération bilatérale. Pour ses soutiens, une grâce présidentielle serait interprétée comme un nouveau gage de détente entre Paris et Alger.
Une chose est sûre : le processus engagé est fragile. Les mémoires encore vives des deux côtés de la Méditerranée rappellent que le chemin vers une réconciliation complète sera long. Pour autant, les gestes symboliques et les décisions concrètes se multiplient, laissant entrevoir une normalisation progressive des relations franco-algériennes.
La France a officiellement endorsed le plan marocain en juillet 2024, jugeant qu’il offrait une « base de négociation crédible » pour résoudre un conflit vieux de plus de cinquante ans. Cette position s’inscrivait dans une logique de réalpolitik, Paris cherchant à renforcer ses alliances dans la région, notamment avec Rabat. Alger y a vu une rupture de l’équilibre traditionnel maintenu par la France sur ce dossier ultrasensible.