Près de dix ans après l’élection présidentielle de 2017, marquée par sa chute politique, François Fillon a rompu le silence dans un entretien fleuve accordé au média en ligne Legend, publié dimanche 30 août. Selon nos confrères de BFM - Politique, l’ancien Premier ministre, aujourd’hui âgé de 72 ans, y revient en détail sur les deux affaires judiciaires qui ont scellé son destin électoral : l’emploi présumé fictif de son épouse Penelope et la réception de costumes de luxe d’une valeur de 13 000 euros. Condamné définitivement à quatre ans de prison avec sursis et cinq ans d’inéligibilité dans le premier dossier, il a également été suspendu de la Légion d’honneur pour une durée de dix ans cet été.

Dans cet échange de plus de deux heures avec l’animateur Guillaume Pley — dont les propos sur des mineures ont récemment suscité la polémique — François Fillon assume partiellement ses responsabilités tout en réaffirmant son innocence sur le fond. Il évoque un « règlement de comptes » et dénonce une « procédure d’exception » qu’il attribue à des motivations politiques. Un retour médiatique qui survient alors que les séquelles de 2017 continuent de peser sur le paysage politique français.

Ce qu'il faut retenir

  • François Fillon a accordé un entretien au média Legend publié le 30 août 2026, son premier retour médiatique depuis 2017.
  • Il reconnaît avoir commis des « erreurs » tout en clamant son innocence dans l’affaire des emplois présumés fictifs de son épouse Penelope Fillon.
  • Condamné à quatre ans de prison avec sursis et cinq ans d’inéligibilité, il a été suspendu de la Légion d’honneur pour dix ans en 2026.
  • Il affirme avoir fait l’objet d’une « procédure d’exception » et dénonce une instrumentalisation politique, évoquant des « magistrats servis dans des cabinets de gauche ».
  • Il reconnaît aussi avoir commis une « faute morale » dans l’affaire des costumes, tout en niant tout caractère illégal.
  • Selon lui, sans l’affaire de 2017, Emmanuel Macron n’aurait pas été élu président de la République.

Un entretien pour « dire sa vérité », neuf ans après le séisme politique

François Fillon a choisi de s’exprimer publiquement pour la première fois depuis son retrait de la vie politique en 2017, après avoir été longtemps resté dans l’ombre. Dans un entretien accordé à Legend et diffusé dimanche 30 août, l’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy a justifié ce retour médiatique par la volonté de « solder des comptes ». Selon nos confrères de BFM - Politique, il s’est exprimé avec amertume sur la campagne présidentielle de 2017, un scrutin dont il était alors donné favori avant que les révélations sur les emplois de son épouse ne provoquent son implosion électorale.

Interrogé par l’animateur Guillaume Pley, récemment mis en cause pour des échanges à caractère sexuel avec des mineures, François Fillon a longuement détaillé les deux affaires qui ont précipité sa chute. Il y défend une ligne constante : celle d’un homme victime d’une « justice politique » et d’une campagne de dénigrement. « Les gens auxquels j’en veux le plus, ce sont tous les gens lâches, ceux qui se sont tus ou m’ont accablé alors qu’ils étaient au courant des situations, ou étaient dans des situations identiques à la mienne », a-t-il lancé d’emblée, visiblement marqué par les années qui ont suivi 2017.

Emplois présumés fictifs : Fillon maintient sa défense malgré la condamnation définitive

Au cœur de l’affaire judiciaire, les emplois présumés fictifs occupés par Penelope Fillon entre 1998 et 2013 en tant qu’assistante parlementaire ont valu au couple une condamnation définitive en appel en 2026. François Fillon continue pourtant de nier l’existence d’un emploi fictif, affirmant que son épouse avait un rôle « fondamental » dans son travail parlementaire : « Le fait que votre épouse soit impliquée dans votre travail parlementaire, vous représente, reçoive les gens, traite votre courrier, assiste à des repas d’anciens à votre place… C’est une collaboration absolument fondamentale. »

Il rappelle que, lors de son élection en 1981, « plus de la moitié des parlementaires avaient leur conjoint comme collaborateur ». Cependant, il admet avoir commis une erreur en ne s’adaptant pas à l’évolution des mœurs : « Quand j’ai été élu député en 1981, cette pratique était normale. Le problème, quand on est élu depuis longtemps, c’est que je n’ai pas vu que ce qui était accepté par la société ne l’était plus. » Il reconnaît avoir eu tort sur deux des trois contrats litigieux : « J’ai eu tort, je n’aurais pas dû poursuivre cette organisation lorsque j’étais au gouvernement et que mon suppléant siégeait. »

Pour le premier contrat (1998-2002), la Cour d’appel a rendu un non-lieu au bénéfice du doute. Mais les époux Fillon ont été condamnés pour les périodes 2002-2007 et 2012-2013, lorsque Penelope était employée par le suppléant de son mari, Marc Joulaud.

Les costumes de luxe : une « faute morale » assumée, mais pas illégale

Quelques semaines après l’éclatement de l’affaire des emplois fictifs, une seconde polémique a achevé de discréditer François Fillon : la révélation de la réception de deux costumes Arnys d’une valeur de 13 000 euros, offerts par l’avocat Robert Bourgi. Dans son entretien, l’ancien Premier ministre admet aujourd’hui avoir commis une erreur : « J’ai commis une faute, j’aurais dû renvoyer ces costumes immédiatement. J’ai été négligent. » Il précise ne pas avoir su, à l’époque, que ces vêtements avaient été payés par son ami, ajoutant : « C’était moralement inacceptable, même si aucun sujet légal ne se posait. »

Cette affaire, moins médiatisée que celle des emplois fictifs, a selon lui « pesé lourd » dans l’esprit des Français. Il en assume la responsabilité tout en maintenant qu’il n’y avait « aucun sujet légal » : « Une faute qui m’a coûté très cher », résume-t-il sobrement. Une reconnaissance tardive, alors que cette affaire avait contribué à alimenter l’image d’un homme déconnecté des réalités économiques.

Une campagne présidentielle sacrifiée : Fillon accuse Macron et la justice

François Fillon est convaincu que l’affaire de 2017 a directement profité à Emmanuel Macron, alors que lui-même figurait parmi les favoris pour le second tour. « Sans cette affaire, Emmanuel Macron n’aurait pas été élu président de la République », affirme-t-il. Il en tire un premier regret : « Mon premier regret, c’est d’avoir fait perdre du temps à la France, car l’élection d’Emmanuel Macron a aggravé la situation de crise. » Il critique vertement l’action du président sortant, qu’il accuse d’avoir « accéléré de façon brutale la chute du pays ».

Il va plus loin en déclarant qu’il n’appellerait « certainement pas à voter » pour Macron en 2017 s’il devait revivre cette élection face à Marine Le Pen. Fillon reproche aussi à la justice une partialité qu’il juge politique : « Un certain nombre de gens considéraient que ma candidature les gênait », explique-t-il, évoquant ses prises de position sur « la dette, la dépense publique » et son « opposition au mariage pour tous ». Il dénonce une « procédure d’exception », évoquant « une volonté de certains, je ne sais pas qui, de m’empêcher d’être candidat ».

Pour étayer ses dires, il cite les propos de l’ancienne procureure financière Eliane Houlette, qui avait évoqué en 2020 « l’énorme pression » exercée par sa hiérarchie lors de l’enquête. Il pointe également du doigt des « magistrats qui ont servi dans des cabinets de gauche », sans préciser leurs noms.

Un engagement maintenu jusqu’au bout, malgré les pressions

Malgré l’ampleur du scandale, François Fillon avait choisi de maintenir sa candidature à la présidentielle de 2017. Une décision qu’il justifie aujourd’hui par une question de principe : « Renoncer, c’était donner raison à tous ceux qui manœuvraient pour m’écarter. » Il assume donc avoir poursuivi sa campagne jusqu’au bout, même après la révélation des costumes, alors que ses chances de victoire s’amenuisaient chaque jour.

Sur le plan international, il a également été interrogé sur ses liens avec le Kremlin. Membre un temps du conseil d’administration d’entreprises russes proches de Vladimir Poutine, il assure n’avoir eu « que des relations de travail » avec le président russe. Il déclare avoir décliné une invitation à l’anniversaire de ce dernier. Par ailleurs, il reconnaît la nature « autoritaire » du régime russe et qualifie l’invasion de l’Ukraine de « faute », tout en estimant que la guerre aurait pu être évitée par la négociation.

Et maintenant ?

À 72 ans, François Fillon, désormais privé de droits civiques pour cinq ans, semble résigné à tourner la page de la politique active. Son entretien au média Legend pourrait relancer le débat sur l’affaire de 2017, mais il n’a laissé entrevoir aucune volonté de revenir sur la scène publique. Ses critiques virulentes à l’égard d’Emmanuel Macron et de la justice pourraient, en revanche, alimenter les polémiques jusqu’à la fin du quinquennat. Aucune déclaration officielle n’a pour l’instant été faite concernant une éventuelle participation à un futur scrutin. L’ancien Premier ministre reste sous le coup d’une condamnation pénale, même si son inéligibilité ne prendra fin qu’en 2028.

François Fillon conclut cet entretien en réaffirmant sa conviction d’avoir été victime d’un complot politique. Sans preuves tangibles à l’appui de ses accusations, son plaidoyer pourrait alimenter les théories du complot parmi ses soutiens, tout en confortant ses détracteurs dans leur analyse d’un homme en proie à des regrets tardifs. Une chose est sûre : neuf ans après l’effondrement de sa campagne, le débat sur les affaires Fillon reste d’une brûlante actualité.

François Fillon a été condamné définitivement à quatre ans de prison avec sursis et cinq ans d’inéligibilité dans l’affaire des emplois présumés fictifs de son épouse Penelope. Il a également été suspendu de la Légion d’honneur pour une durée de dix ans, une sanction effective depuis l’été 2026. Ces condamnations l’empêchent de se présenter à toute élection jusqu’en 2028.