« Comment survivre sans se perdre ? » Telle est la question que pose le philosophe et écrivain Nathan Devers dans son nouvel essai, Aimer Jérusalem (Gallimard), paru en ce printemps 2026. Selon Le Figaro, ce texte se distingue comme l’une des analyses les plus profondes du traumatisme subi par Israël lors des attaques du 7 octobre 2023, mêlant récit intime, méditation philosophique et réflexion biblique.

À travers ce livre, Devers explore la difficulté de penser en temps de guerre, un exercice rendu encore plus complexe par l’ampleur du choc du 7 octobre, où plus de 1 200 Israéliens ont perdu la vie dans des attaques menées par le Hamas depuis la bande de Gaza. L’auteur, dont le parcours croise à la fois la littérature et la philosophie, y questionne la capacité des sociétés à conserver leur humanité face à la violence extrême. « Entre récit intime et réflexion philosophique, il interroge les fondements mêmes de la survie collective et individuelle », souligne Le Figaro.

Ce qu'il faut retenir

  • Nathan Devers publie « Aimer Jérusalem » (Gallimard) en 2026, une œuvre qui analyse le traumatisme du 7 octobre 2023.
  • Le livre mêle récit personnel, réflexion philosophique et méditation biblique pour interroger la survie d’Israël.
  • Plus de 1 200 Israéliens ont été tués lors des attaques du 7 octobre 2023.
  • Devers s’interroge : comment survivre sans se perdre dans un contexte de guerre prolongée ?
  • L’auteur a reçu un prix littéraire à Beyrouth le jour même des attaques, un hasard symbolique.

Un récit entre littérature et philosophie

Dans Aimer Jérusalem, Nathan Devers s’inspire de son propre parcours pour tisser une réflexion sur les fractures identitaires exacerbées par les conflits. Selon Le Figaro, l’auteur, qui avait déjà abordé dans « Penser contre soi-même » (Prix du Livre Inter 2023) la perte de ses croyances religieuses, y pousse plus loin l’analyse. Ce dernier livre, salué pour sa « nuance et sa profondeur », s’éloigne des récits binaires pour offrir une méditation sur ce que signifie « aimer » une ville – Jérusalem – déchirée par des décennies de conflits.

« La littérature peut-elle transcender les identités ? » s’interrogeait naïvement Devers avant les événements du 7 octobre, alors qu’il se trouvait à Beyrouth pour recevoir un prix littéraire. Des Palestiniens figuraient parmi les votants ayant récompensé son précédent ouvrage. Un hasard du calendrier qui prend, rétrospectivement, une dimension presque prémonitoire, tant les tensions identitaires au Proche-Orient semblent aujourd’hui plus que jamais figées dans l’affrontement.

Une réponse au traumatisme collectif

Nathan Devers n’est pas le seul à avoir tenté de saisir l’impact psychologique et politique du 7 octobre. Selon Le Figaro, d’autres écrivains ont exploré des angles complémentaires : l’autrice Nathalie Azoulai, par exemple, avait analysé dans « Toutes les vies de Théo » comment ce traumatisme avait miné un couple, chacun se raidissant dans ses certitudes au point de devenir incapable de comprendre l’autre. Une démonstration romanesque des fractures qui traversent désormais les sociétés, y compris au sein des familles.

Pour Devers, la réponse ne réside pas dans un repli identitaire, mais dans une forme de lucidité douloureuse. « Il s’agit de penser malgré la guerre, et non pas contre elle », explique-t-il dans une interview citée par Le Figaro. Son livre, à mi-chemin entre l’essai philosophique et le carnet de voyage, invite à une remise en question des récits dominants, qu’ils soient israéliens ou palestiniens.

Jérusalem, miroir des contradictions israéliennes

Jérusalem, ville trois fois sainte, devient dans Aimer Jérusalem le symbole des contradictions d’Israël. Selon Le Figaro, Devers y décrypte comment la ville, à la fois capitale revendiquée par Israël et objet de litige international, incarne les tensions entre mémoire, histoire et projet national. Son approche se veut délibérément apolitique, cherchant à saisir l’essence spirituelle et émotionnelle du lieu plutôt que ses enjeux géopolitiques immédiats.

— « Garde ton âme, Israël », pourrait-on résumer la thèse centrale de Devers. Une exhortation à ne pas sacrifier son humanité sur l’autel de la vengeance ou de la peur. Une invitation, aussi, à repenser la coexistence dans un contexte où les cicatrices de la guerre restent à vif.

Et maintenant ?

La sortie de Aimer Jérusalem intervient dans un contexte régional particulièrement tendu. Alors qu’Israël a mené, selon ses déclarations, sa plus grande frappe coordonnée contre le Hezbollah au Liban depuis fin février 2026, et que des manifestations pro-palestiniennes éclatent régulièrement en Europe et au Moyen-Orient, l’ouvrage de Devers pourrait nourrir les débats sur la possibilité d’une réconciliation future. Reste à voir si les réflexions contenues dans le livre trouveront un écho auprès des décideurs politiques ou si elles resteront cantonnées au domaine de la littérature et de la philosophie.

Dans les semaines à venir, la tournée de promotion de Devers, prévue en Europe et en Israël, pourrait offrir l’occasion d’échanger sur ces thèmes sensibles. Un dialogue d’autant plus nécessaire que les traumatismes du 7 octobre continuent de hanter la société israélienne, comme en témoignent les débats récurrents sur la sécurité nationale et la légitimité des représailles militaires.

Si Aimer Jérusalem ne prétend pas apporter de solutions toutes faites, il offre en revanche un cadre pour penser un conflit dont l’issue semble, aujourd’hui encore, aussi lointaine que les murs de la Vieille Ville.

Nathan Devers est un philosophe et écrivain français, né en 1989. Il s’est fait connaître avec « Penser contre soi-même » (2022), un essai où il évoquait sa perte de foi après avoir étudié pour devenir rabbin. Il a reçu le Prix du Livre Inter en 2023 pour cet ouvrage.

Le livre explore le traumatisme du 7 octobre 2023 et ses conséquences sur la société israélienne, à travers une réflexion philosophique et littéraire sur la survie, la mémoire et l’identité. L’auteur y interroge notamment la capacité d’Israël à préserver son âme malgré la guerre.