Des grêlons dépassant 20 centimètres de diamètre pourraient devenir une norme plutôt qu’une exception avec l’aggravation du réchauffement climatique. C’est l’avertissement lancé par une équipe de chercheurs de l’université de Pékin, dont les travaux, publiés dans la revue Nature, révèlent une augmentation alarmante de la fréquence et de la taille des grêlons géants d’ici 2100. Selon Futura Sciences, cette tendance s’accompagnera d’une hausse des dégâts matériels et humains, notamment aux hautes latitudes d’Europe et des États-Unis, où les températures augmentent plus rapidement que la moyenne.

Ce qu'il faut retenir

  • Les grêlons de plus de 30 mm de diamètre devraient augmenter de 52 % d’ici 2100 dans le pire scénario climatique, et de 38 % dans un scénario plus optimiste, selon une étude chinoise publiée dans Nature.
  • Les tempêtes les moins violentes produiront moins de grêlons, mais les orages les plus intenses généreront des blocs de glace bien plus gros et destructeurs, résistant mieux à la fonte avant de toucher le sol.
  • Les régions tropicales pourraient connaître une baisse du phénomène, tandis que l’Europe et les États-Unis aux latitudes élevées verront leur risque s’aggraver.
  • En 2010, un grêlon de 20 cm de diamètre, pesant 880 grammes, est tombé dans le Dakota du Sud (États-Unis), un record homologué à l’époque.
  • Les dégâts causés par la grêle aux États-Unis atteignent déjà 10 milliards de dollars par an, un montant qui pourrait augmenter de 36 à 42 % selon les scénarios climatiques.

Des grêlons géants, une menace en hausse avec le climat

Les images de grêlons de la taille de balles de tennis ou de pamplemousses ne relèvent plus seulement du sensationnalisme médiatique. Pour les scientifiques, ces phénomènes, autrefois exceptionnels, pourraient bien devenir récurrents. Selon l’équipe de l’université de Pékin dirigée par Qinghong Zhang, le réchauffement climatique intensifie la formation de grêlons géants. Leur étude, publiée fin mai 2026 dans Nature, s’appuie sur une simulation informatique analysant la croissance des grêlons dans les nuages en fonction de variables comme la température, le vent et l’humidité. Testé sur 14 000 orages de grêle réels entre 2014 et 2021, le modèle a ensuite été projeté dans le futur.

Le résultat est sans équivoque : les tempêtes les moins intenses, qui produisent habituellement des grêlons de petite taille, pourraient voir leur quantité diminuer de 4 à 12 %. En revanche, les orages les plus violents, eux, donneront naissance à des grêlons bien plus gros, capables de résister à la fonte lors de leur chute vers le sol. « La grêle ne disparaît pas avec le réchauffement, elle change de nature », souligne l’un des auteurs de l’étude. « Elle devient moins fréquente dans certaines régions, mais bien plus destructrice là où elle frappe. »

Un phénomène déjà observable, mais appelé à empirer

Les chercheurs chinois ne partent pas de rien : ils s’appuient sur des observations récentes. En mars 2026, un météorologue de l’Illinois (États-Unis) a authentifié un grêlon de 17 cm de diamètre, pulvérisant le précédent record de l’État, fixé à 12 cm. Plus tôt encore, en 2025, un violent orage de grêle avait frappé Paris, où les scientifiques avaient conclu que les violents orages de grêle étaient désormais 30 % plus fréquents en France qu’avant l’ère industrielle. Des données qui confirment une tendance déjà observée, mais qui, selon les chercheurs, ne fait que commencer.

Les records historiques, eux, donnent une idée de l’ampleur que pourrait prendre ce phénomène. En 1986, au Bangladesh, des grêlons de 1,02 kg étaient tombés dans la région de Gopalganj, causant la mort de 92 personnes. En 1888, en Inde, une tempête de grêle avait fait au moins 246 victimes, le bilan humain le plus lourd jamais enregistré pour ce type d’événement. Ces chiffres, bien que datant d’une époque où les relevés étaient moins précis, illustrent la dangerosité potentielle des grêlons géants.

Pourquoi la grêle devient-elle plus grosse avec le réchauffement ?

Le mécanisme de formation de la grêle est connu : les vents violents soulèvent l’humidité en altitude, où elle gèle en particules de glace. Ces dernières grossissent en s’agglomérant, jusqu’à devenir si lourdes que le vent ne peut plus les retenir. Avec le réchauffement climatique, l’atmosphère se charge en humidité, offrant plus de matière première pour la formation de grêlons. Pourtant, les températures plus douces devraient, en théorie, faire fondre une partie de ces blocs avant qu’ils n’atteignent le sol. Mais selon les chercheurs chinois, l’effet inverse se produit dans les orages les plus violents : la quantité d’humidité disponible compense largement la fonte, permettant à des grêlons de taille record de se former et de survivre à leur chute.

« Plus il y a de vapeur d’eau dans l’atmosphère, plus les grêlons peuvent grossir », explique un chercheur de l’équipe. « Et dans les régions où les températures montent rapidement, comme aux hautes latitudes, les conditions deviennent idéales pour des tempêtes de grêle d’une violence inédite. » L’Europe et les États-Unis sont particulièrement concernés, avec des risques accrus dans les décennies à venir.

Des dégâts matériels et humains en forte augmentation

Les conséquences de cette évolution ne se limitent pas à l’aspect spectaculaire des grêlons géants. Aux États-Unis, où les orages de grêle causent déjà 10 milliards de dollars de dégâts annuels, les chercheurs chinois estiment que ce montant pourrait augmenter de 36 à 42 % d’ici 2100, selon les scénarios climatiques. Véhicules endommagés, récoltes détruites, infrastructures paralysées : la grêle, même moins fréquente dans certaines zones, deviendra plus destructrice quand elle frappera.

En France, les assureurs commencent également à tirer la sonnette d’alarme. Après l’orage de grêle qui avait frappé Paris en mai 2025, les experts avaient noté une hausse de 30 % de la fréquence des violents orages de grêle par rapport à l’ère préindustrielle. Une tendance qui, si elle se confirme, pourrait peser lourdement sur les budgets des collectivités et des particuliers. « On ne parle plus de quelques grêlons isolés, mais de véritables tempêtes capables de tout dévaster sur leur passage », précise un météorologue français cité par Futura Sciences.

Et maintenant ?

Les projections des chercheurs chinois laissent peu de place au doute : la fréquence des grêlons géants devrait continuer à augmenter dans les décennies à venir, surtout dans les régions tempérées. Les pouvoirs publics et les acteurs économiques, notamment dans l’agriculture et les assurances, devront s’adapter à cette nouvelle donne. Des mesures de prévention, comme le renforcement des infrastructures ou l’amélioration des systèmes d’alerte précoce, pourraient limiter les dégâts. Reste à voir si les politiques climatiques actuelles permettront de limiter l’ampleur de cette évolution d’ici 2100.

Une question reste en suspens : les modèles climatiques sous-estiment-ils la rapidité avec laquelle ces changements pourraient survenir ? Les dernières observations, comme les records battus en 2025 et 2026, suggèrent que le phénomène pourrait s’accélérer plus vite que prévu. Les scientifiques appellent à une surveillance accrue, notamment via des réseaux de capteurs plus denses et des simulations plus fines, pour anticiper au mieux les prochaines saisons de grêle.

L’augmentation des températures favorise l’évaporation et donc la quantité de vapeur d’eau dans l’atmosphère. Dans les orages les plus violents, cette humidité supplémentaire permet aux grêlons de grossir davantage, malgré la fonte partielle lors de leur chute. Les chercheurs chinois ont confirmé ce mécanisme grâce à des simulations comparant les données passées et futures.

Selon l’étude de l’université de Pékin, les hautes latitudes d’Europe et des États-Unis sont les plus exposées, car les températures y augmentent plus rapidement que la moyenne mondiale. À l’inverse, les régions tropicales et équatoriales pourraient connaître une baisse de la fréquence des grêlons.