On est plongé dans un canapé de salon, les yeux rivés sur un écran de télévision qui diffuse en continu les images d’une guerre en direct. Quelqu’un soupire. Telle est la scène décrite par l’écrivaine Scholastique Mukasonga dans sa chronique publiée dans Libération, où elle interroge notre rapport paradoxal à l’horreur médiatisée.

Ce qu'il faut retenir

  • Une chronique de Scholastique Mukasonga, publiée dans Libération, décrit la vision passive des conflits à travers le prisme des écrans domestiques.
  • L’auteure souligne l’ambivalence d’une société qui consomme l’actualité guerrière comme un spectacle, tout en semblant impuissante face à sa réalité.
  • La formule latine « Suave mari magno » — tirée de Lucrèce — sert de fil rouge à une réflexion sur le plaisir ambigu de regarder la souffrance d’autrui depuis son canapé.

Selon Libération, Mukasonga y évoque une scène presque banale : des individus assis devant leur téléviseur, spectateurs malgré eux d’un conflit dont les images se succèdent en boucle. « On est dans le canapé du salon. On regarde à la télé la guerre en direct et en continu », écrit-elle. Cette description, à la fois sobre et évocatrice, met en lumière une contradiction fondamentale de notre époque.

La formule latine « Suave mari magno » — extraite du poème De Natura Rerum de Lucrèce — est reprise par l’auteure pour illustrer cette fascination trouble. Elle signifie littéralement « Il est doux, quand sur la grande mer les vents soulèvent les flots, d’assister du rivage à la détresse d’autrui ». Une métaphore qui, appliquée à notre rapport aux conflits modernes, révèle une forme de jouissance passive face au malheur collectif. « Quelqu’un soupire… », ajoute Mukasonga, comme pour souligner l’indifférence teintée de culpabilité qui accompagne souvent cette consommation d’images.

La chronique, publiée dans un quotidien généraliste, s’inscrit dans une tradition littéraire qui questionne le rôle des médias dans la perception des crises. Mukasonga, auteure rwandaise rescapée du génocide des Tutsi, connaît mieux que quiconque les dangers d’une mémoire collective instrumentalisée ou banalisée. Son texte, à mi-chemin entre essai et réflexion personnelle, invite à une prise de conscience : et si notre passivité face à l’horreur était, elle aussi, une forme de violence ?

Pour l’auteure, la télévision agit comme un écran entre le spectateur et la réalité. « On regarde la guerre en direct et en continu », note-t-elle, suggérant que cette proximité apparente n’est qu’une illusion. Les images, aussi réelles soient-elles, restent des représentations, des constructions médiatiques qui façonnent notre perception sans pour autant nous impliquer. Bref, on consomme l’actualité comme on consomme un produit de consommation courante, avec une distance qui anesthésie l’émotion.

Et maintenant ?

Cette chronique, publiée en pleine actualité géopolitique mouvementée, pourrait relancer le débat sur l’éthique de la diffusion des conflits. Des associations de défense des droits humains appellent depuis des années à une régulation plus stricte des images de guerre, afin d’éviter leur exploitation à des fins sensationnalistes. Reste à voir si les médias, et le public, seront prêts à remettre en question leurs habitudes de consommation. Une chose est sûre : tant que les écrans continueront de diffuser en boucle des scènes d’horreur, la question de notre responsabilité collective restera entière.

Dans un contexte où les réseaux sociaux amplifient encore la viralité des images de guerre, le texte de Mukasonga résonne comme un rappel nécessaire. Entre fascination et indifférence, notre rapport aux conflits modernes mérite d’être interrogé. Et si, finalement, la véritable guerre était celle que l’on ne voit plus — celle de notre propre désensibilisation ?

La formule latine, tirée du poème De Natura Rerum de Lucrèce, signifie « Il est doux, quand sur la grande mer les vents soulèvent les flots, d’assister du rivage à la détresse d’autrui ». Scholastique Mukasonga l’utilise pour illustrer la fascination ambiguë que suscitent, depuis notre canapé, les images de conflits à distance. Une métaphore qui interroge notre rapport passif à la souffrance collective.