Alors que les disparitions forcées se multiplient en Guinée depuis le coup d’État du général Mamadi Doumbouya, intervenue le 5 septembre 2021, six nouveaux corps ont été exhumés, lundi 24 août 2026, dans une fosse commune située à Sabakhouré. Selon nos confrères du Monde, cette découverte relance les craintes d’exécutions extrajudiciaires imputées aux autorités militaires en place.

Ce qu'il faut retenir

  • Six corps ont été découverts dans une fosse commune à Sabakhouré, en Guinée, le 24 août 2026.
  • Cette découverte intervient dans un contexte de multiplication des disparitions forcées depuis le putsch de 2021.
  • Les autorités locales n’ont pas encore réagi publiquement sur cette affaire.
  • Le général Mamadi Doumbouya a pris le pouvoir en Guinée lors d’un coup d’État en septembre 2021.
  • Cette situation alimente les accusations d’exécutions extrajudiciaires contre les forces de sécurité.

Une fosse commune révélée dans un contexte politique tendu

La découverte des six corps à Sabakhouré, un village situé à proximité de la capitale guinéenne, Conakry, s’inscrit dans un climat politique déjà très tendu. Depuis le 5 septembre 2021, date du putsch mené par le général Mamadi Doumbouya, les organisations de défense des droits humains dénoncent une escalade des violations des libertés individuelles, notamment des arrestations arbitraires et des disparitions forcées. Comme le rapporte Le Monde, les familles des victimes présumées dénoncent régulièrement l’impunité dont bénéficieraient les auteurs de ces agissements.

Les autorités guinéennes n’ont pas encore fait de déclaration officielle concernant cette découverte. Pourtant, les faits s’ajoutent à une série d’allégations d’exactions imputées aux forces de l’ordre, y compris après l’avènement du Comité national du rassemblement et du développement (CNRD), la junte au pouvoir depuis 2021. D’après Le Monde, plusieurs rapports d’ONG locales et internationales pointent du doigt des pratiques récurrentes de violences policières et militaires.

Des soupçons qui s’accumulent depuis des années

Les disparitions forcées en Guinée ne sont pas un phénomène récent. Dès 2022, des organisations comme Amnesty International avaient déjà alerté sur l’augmentation des cas, en lien avec les opérations de maintien de l’ordre et les arrestations liées à des soupçons de terrorisme. Selon Le Monde, au moins trente personnes auraient disparu depuis 2021, dont une partie serait présumée exécutée sommairement.

La fosse commune de Sabakhouré, située à moins de 30 kilomètres de Conakry, n’est d’ailleurs pas la première à avoir été identifiée. En 2023, une autre fosse avait été découverte dans la région de Kindia, également liée à des disparus. Ces révélations ont poussé la justice guinéenne à ouvrir des enquêtes, mais leurs conclusions restent limitées, faute de moyens et de coopération des autorités.

Les réactions internationales en demi-teinte

Sur la scène internationale, les réactions à ces révélations restent mesurées. L’Union européenne et l’ONU ont, à plusieurs reprises, appelé les autorités guinéennes à respecter les droits humains et à mener des enquêtes transparentes. D’après Le Monde, la France, ancien partenaire colonial de la Guinée, a également exprimé ses « préoccupations » sans pour autant conditionner son aide économique. « La situation en Guinée nécessite une vigilance accrue », a déclaré un porte-parole du ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères en juillet 2026.

Du côté des ONG, l’inquiétude est palpable. Human Rights Watch a réitéré son appel à une intervention urgente de la Cour pénale internationale (CPI), tandis que la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) a demandé une mission d’enquête indépendante. « Ces découvertes confirment nos craintes : la Guinée sombre dans une impunité généralisée », a souligné Alice Mogwe, présidente de la FIDH, dans un communiqué publié en août 2026.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient être déterminantes. Une mission conjointe de l’ONU et de l’Union africaine est attendue en Guinée d’ici la fin du mois de septembre 2026, afin d’évaluer la situation des droits humains sur place. Par ailleurs, les familles des disparus ont annoncé leur intention de déposer une plainte collective devant les juridictions régionales, en s’appuyant sur le droit international. Enfin, les observateurs s’interrogent sur la capacité du gouvernement à répondre aux exigences de transparence, alors que les tensions politiques persistent.

En attendant, la fosse commune de Sabakhouré reste sous scellés, dans l’attente des résultats de l’enquête judiciaire locale. Pour les défenseurs des droits humains, cette affaire ne fait que confirmer l’urgence d’une action internationale coordonnée pour mettre fin à ce cycle de violences.

Elle intervient dans un contexte où les disparitions forcées se multiplient depuis 2021, et où les autorités guinéennes sont régulièrement accusées de violences arbitraires. Les ONG craignent que ces exécutions sommaires ne deviennent une pratique systématique, en l’absence de contrôles externes et de sanctions.