À 23 ans, Gwenola Perroud quitte sa Bretagne natale pour s’installer en Irlande, où elle va transformer une passion pour les crêpes en un véritable empire de la boulangerie. Selon Capital, son parcours, marqué par des défis administratifs et une adaptation progressive au marché local, illustre une réussite entrepreneuriale atypique, couronnée en 2025 par un prix prestigieux.

Ce qu'il faut retenir

  • Départ en Irlande en 2008 : un séjour saisonnier qui se transforme en installation définitive pour Gwenola Perroud et son mari.
  • Première crêperie à Schull (comté de Cork) en 2008, puis un second établissement à Cork, tous deux revendu pour lancer une boulangerie.
  • Création de trois boulangeries en cinq ans, dont la dernière ouverte il y a deux ans, avec un effectif passant de 45 employés hors saison à 55-60 en été.
  • Transformation des sites en « Cameron Café » en 2026, surfant sur la popularité croissante du café en Irlande.
  • Prix « Business Woman of the Year » pour le comté de Cork en 2025, avant une finale nationale.

Un départ improvisé qui devient une aventure entrepreneuriale

Originaire du Finistère Sud, Gwenola Perroud ne se destinait pas à une carrière en Irlande. Comme le rapporte Capital, elle avait pris l’habitude d’effectuer des « saisons », tantôt dans les Alpes, tantôt sur l’île d’Emeraude. C’est lors d’un séjour estival en 2008, aux côtés de son futur mari, qu’un local commercial se libère à Schull, un village pittoresque du comté de Cork. Formée à l’école hôtelière de Dinard, elle maîtrise déjà l’art de la crêpe, une spécialité bretonne qui va séduire les Irlandais.

Avec son conjoint, elle se lance alors dans l’ouverture de leur première crêperie. « Se lancer à l’étranger sans maîtriser les règles administratives et réglementaires locales a relevé du parcours du combattant », confie-t-elle. Malgré ces obstacles, l’établissement, ouvert cinq à six mois par an, connaît un succès immédiat. Fort de cette expérience, le couple décide d’investir dans un second site, cette fois à Cork, avant de revendre ces deux enseignes quelques années plus tard pour se lancer dans un nouveau défi : la boulangerie.

De la crêperie à la boulangerie, une reconversion réussie

Le passage à la boulangerie n’a pas été sans difficultés. Les travaux s’étalent dans le temps, et l’adaptation au marché local s’avère complexe. Pourtant, l’établissement finit par trouver son public. En cinq ans, Gwenola Perroud et son mari ouvrent trois boulangeries, la dernière en date datant de 2024. En 2025, la première crêperie, celle de Schull, est elle aussi transformée en boulangerie, marquant ainsi la fin d’une époque et le début d’une nouvelle phase pour l’entreprise familiale.

Aujourd’hui, « Gwen », comme l’appellent ses clients, emploie 45 personnes hors saison, un effectif qui peut doubler pendant la période estivale, entre juin et septembre. Cette croissance constante reflète l’engouement des Irlandais pour ses produits, alliant tradition bretonne et adaptation aux goûts locaux.

L’essor du café en Irlande pousse à une nouvelle transformation

Autant dire que l’aventure entrepreneuriale de Gwenola Perroud ne s’arrête pas là. Depuis son arrivée en Irlande, elle a pu observer l’évolution des habitudes de consommation. « À leur arrivée en Irlande, le café ne faisait guère partie des habitudes », souligne-t-elle. Or, la culture de l’expresso a depuis explosé sur l’île, poussant le couple à saisir cette opportunité. Leurs boulangeries, jusqu’ici connues sous le nom de Cameron Bakery, vont désormais s’appeler Cameron Café à partir de 2026, intégrant ainsi une offre de boissons chaudes à leur menu.

Cette décision stratégique s’inscrit dans une logique de diversification, tout en capitalisant sur une tendance de fond. Le café, autrefois secondaire, devient désormais un pilier de leur activité, au même titre que les viennoiseries et les pains spéciaux qui ont fait leur réputation.

Une reconnaissance nationale et un réseau d’entraide

Le parcours de Gwenola Perroud n’est pas passé inaperçu. En 2025, elle a été primée « Business Woman of the Year » pour le comté de Cork, avant de participer à la finale nationale. Une distinction qui couronne des années de travail et de persévérance, alors qu’elle n’imaginait pas, au début de son aventure, devenir entrepreneuse.

Pour surmonter les défis du quotidien et ne pas rester isolée face aux responsabilités de son business, elle a rejoint un réseau de femmes entrepreneures en Irlande. « Un espace de soutien et d’échanges qu’elle juge précieux », indique Capital. Ce réseau lui permet d’échanger avec d’autres professionnelles, de partager des bonnes pratiques et de trouver des solutions face aux obstacles inhérents à la gestion d’une entreprise.

Bref, ce cercle d’entraide a joué un rôle clé dans sa réussite, tout comme son ancrage en Bretagne, où elle retourne régulièrement, notamment pour voir ses deux filles, âgées de 12 et 18 ans. Une vie entre deux pays, entre deux cultures, qui semble lui réussir.

Et maintenant ?

Avec la transformation de ses boulangeries en cafés, Gwenola Perroud et son mari pourraient bien élargir leur offre encore davantage, en ajoutant par exemple des ateliers culinaires ou des produits à emporter. La prochaine étape consistera à évaluer l’impact de cette diversification sur leur chiffre d’affaires, d’autant que le marché irlandais du café reste en pleine expansion. Reste à voir si cette stratégie portera ses fruits sur le long terme, alors que la concurrence dans le secteur de la restauration s’intensifie.

Un modèle inspirant pour les expatriés et entrepreneurs

Le parcours de Gwenola Perroud illustre une tendance croissante : celle des Français qui s’installent à l’étranger pour y développer un projet professionnel, souvent en s’appuyant sur une spécialité locale ou une compétence acquise dans leur pays d’origine. En Irlande, où l’accueil des expatriés est facilité par un marché du travail dynamique et une fiscalité attractive pour les entreprises, son histoire rappelle que la réussite entrepreneuriale passe souvent par l’adaptation, la persévérance et la capacité à saisir les opportunités.

Son exemple pourrait inspirer d’autres jeunes entrepreneurs bretons ou français, d’autant que son réseau d’entraide montre l’importance du soutien entre pairs dans un environnement étranger. Enfin, son histoire souligne aussi l’importance de la formation initiale : son passage par l’école hôtelière de Dinard lui a fourni les bases techniques nécessaires pour se lancer, avant de les adapter au marché irlandais.

Pour l’avenir, Gwenola Perroud et son mari devront composer avec plusieurs défis : maintenir la qualité de leurs produits tout en accélérant leur expansion, gérer une équipe de plus en plus nombreuse, et anticiper les évolutions du marché, notamment en matière de consommation durable et de circuits courts. Une chose est sûre : leur réussite, déjà remarquable, n’en est qu’à ses débuts.

Les Cameron Café proposent une gamme de viennoiseries, pains spéciaux et, désormais, des boissons chaudes comme l’expresso, le cappuccino ou le latte. Leur offre conserve une touche bretonne avec des crêpes et galettes, tout en intégrant des produits locaux irlandais, comme les pains aux céréales ou les scones.

D’après Capital, le financement initial est venu de l’épargne personnelle du couple, complétée par des prêts bancaires classiques. Les revenus générés par la première crêperie ont ensuite permis de financer l’ouverture des boulangeries, sans recourir à des investisseurs externes.