« Ce n’est pas le taux de mortalité élevé d’un virus qui crée une panique, mais la méconnaissance qui l’entoure », a déclaré Jocelyn Raude, professeur en psychologie de la santé, dans un entretien accordé au Monde le 24 mai 2026. Selon l’expert, l’inquiétude actuelle autour des infections à hantavirus s’explique en grande partie par le rappel de la pandémie de Covid-19, dont la mémoire collective reste traumatique.
Ce qu'il faut retenir
- Les infections à hantavirus suscitent une inquiétude accrue en raison de l’héritage psychologique de la pandémie de Covid-19, selon Jocelyn Raude.
- Le spécialiste souligne que le taux de mortalité élevé d’un virus n’est pas le principal déclencheur de panique, mais bien son incompréhension par la population.
- La méconnaissance des modes de transmission et des symptômes des hantavirus alimente les craintes irrationnelles, explique-t-il.
- Jocelyn Raude est reconnu pour ses travaux sur les comportements des populations face aux risques sanitaires.
Un virus méconnu qui réveille les traumatismes du Covid-19
D’après Jocelyn Raude, professeur en psychologie de la santé à l’université d’Aix-Marseille, l’angoisse générée par les hantavirus n’est pas uniquement liée à leur dangerosité intrinsèque. « On assiste à un transfert de l’anxiété », précise-t-il. Les craintes liées à la transmission par voie respiratoire ou par contact avec des rongeurs, typiques des hantavirus, rappellent en effet les mécanismes de propagation du SARS-CoV-2. « La mémoire traumatique de la pandémie joue un rôle clé dans la perception du risque actuel », ajoute-t-il.
La méconnaissance, un terreau fertile pour la psychose collective
Le spécialiste rappelle que les hantavirus, bien que moins médiatisés que le Covid-19, peuvent entraîner une mortalité significative dans certains cas. « Ce n’est pas la létalité du virus qui pose problème, mais bien le fait que son mode de transmission et ses symptômes restent mal connus du grand public », explique-t-il. Selon ses observations, les populations développent une peur disproportionnée lorsque l’information scientifique fait défaut. « L’inconnu génère plus de stress que le danger réel », résume-t-il.
Un enjeu de communication sanitaire
Jocelyn Raude insiste sur la nécessité d’une communication transparente et pédagogique pour éviter les paniques inutiles. « Les autorités sanitaires doivent anticiper les questions légitimes et fournir des données précises sur les hantavirus », souligne-t-il. Il cite en exemple les campagnes de sensibilisation menées lors des épidémies de grippe saisonnière, qui ont permis de réduire les craintes irrationnelles. « Une information claire et accessible est la meilleure arme contre la psychose collective », affirme-t-il.
« Ce n’est pas le taux de mortalité élevé d’un virus qui crée une panique, mais la méconnaissance qui l’entoure. » — Jocelyn Raude, professeur en psychologie de la santé
En attendant, Jocelyn Raude rappelle que la vigilance reste de mise, sans céder à la psychose. « Il faut distinguer le risque réel de la peur irrationnelle, mais sans pour autant minimiser les dangers potentiels », conclut-il. Les prochains mois diront si la société a tiré les leçons de la pandémie pour mieux appréhender les menaces sanitaires émergentes.
Le hantavirus est une famille de virus portés par certains rongeurs, comme les campagnols ou les souris. Il se transmet principalement à l’homme par inhalation de particules infectieuses présentes dans les excréments, l’urine ou la salive des animaux contaminés. Les symptômes, similaires à ceux de la grippe, peuvent évoluer vers des formes graves, voire mortelles, dans certains cas.