Le hantavirus, déjà responsable de mesures sanitaires strictes à l’échelle internationale, fait l’objet d’une surveillance accrue depuis sa récente réémergence à bord d’un navire de croisière en 2026. Selon Numerama, les autorités scientifiques tentent de déterminer si la souche Andes, à l’origine de ces contaminations, présente des signes de mutation. Une question cruciale, alors que les analyses génomiques préliminaires révèlent une similarité de 99 % avec les souches identifiées dès 1997 en Argentine. Mais une marge de 1 % pourrait suffire à modifier la transmissibilité du virus.
Ce qu'il faut retenir
- La souche Andes du hantavirus, détectée en 2026 à bord du MV Hondius, présente une similarité génétique de 99 % avec celle de 1997 en Argentine, selon Numerama.
- Une analyse préliminaire publiée sur Virological confirme cette stabilité apparente, mais des mutations mineures ont été observées sans impact connu sur la dangerosité du virus.
- La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a indiqué devant l’Assemblée nationale que des analyses génomiques complémentaires sont nécessaires pour écarter tout risque de mutation favorisant une transmission interhumaine.
- Les hantavirus, spécialisés dans leurs hôtes rongeurs, évoluent généralement lentement, mais leur capacité à muter reste un sujet de vigilance pour les autorités sanitaires.
- L’enjeu actuel est de vérifier si la contamination à bord du navire résulte d’une exposition unique aux rongeurs ou d’une transmission entre passagers, signe d’une adaptation du virus à l’humain.
Une souche historique qui interroge sur sa stabilité
La souche Andes du hantavirus, responsable des contaminations à bord du MV Hondius en 2026, n’est pas une nouveauté. Selon Numerama, elle avait déjà été identifiée en Argentine en 1997, puis à nouveau en 2018 dans le même pays. Une longévité qui suggère une certaine stabilité génétique. Les analyses génomiques réalisées en 2026 confirment cette hypothèse : le virus présente une similarité de 99 % avec ses prédécesseurs, une donnée rassurante a priori. Pourtant, comme le souligne l’ANRS sur son site, cette similarité ne garantit pas une absence totale de mutations. Une marge de 1 %, bien que minime, peut suffire à modifier des protéines clés du virus, influençant ainsi sa capacité à infecter les cellules humaines.
Les scientifiques rappellent que les mutations sont un phénomène naturel chez les virus. Elles surviennent lors de la réplication de leur génome, un processus où des « erreurs » peuvent s’immiscer. Si certaines mutations sont neutres, d’autres peuvent altérer la structure du virus, voire sa transmissibilité. Dans le cas du hantavirus Andes, les changements observés jusqu’à présent semblent sans conséquence majeure sur son comportement. Selon Numerama, ces variations n’ont pas, à ce stade, rendu le virus plus dangereux ou plus facile à transmettre.
Une spécialisation qui limite les risques de mutation radicale
Le hantavirus Andes se caractérise par une forte spécialisation à son hôte naturel : le rongeur. Cette adaptation étroite limite les possibilités de mutations radicales, car un changement trop important dans son code génétique pourrait compromettre sa survie dans son réservoir animal. Comme l’explique Numerama, cette contrainte biologique agit comme un frein naturel à l’évolution du virus. Pour autant, cette stabilité n’est pas une certitude absolue. Les autorités sanitaires restent prudentes, d’autant que tous les virus mutent à des rythmes variables. Le SARS-CoV-2, responsable du Covid-19, mute par exemple plus lentement que le virus de la grippe ou le VIH. Le taux de mutation dépend aussi de la diffusion du virus : plus il circule dans une population, plus il se multiplie, et plus les risques de mutations s’accroissent.
Pour le hantavirus, l’enjeu est double. Il s’agit d’abord de déterminer si la contamination à bord du MV Hondius provient d’une exposition unique aux rongeurs présents à bord ou dans les ports fréquentés. Si le virus a commencé à se transmettre entre passagers, cela pourrait indiquer une adaptation à l’humain, un scénario que les autorités veulent absolument éviter. Selon Numerama, cette distinction est au cœur des analyses en cours, menées notamment par l’ANRS via des méthodes phylogénétiques visant à reconstruire l’arbre généalogique du virus.
Des analyses incomplètes, mais une mobilisation des autorités
Lors de son audition devant l’Assemblée nationale le 16 mai 2026, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a confirmé que les analyses génomiques n’étaient pas encore terminées. « L’analyse génomique n’a pas encore été menée à 100 %. Il faudra encore quelques jours de travaux supplémentaires pour s’assurer que le virus n’allait pas muter », a-t-elle déclaré. Pour l’instant, les autorités se concentrent sur la détection de mutations qui pourraient faciliter la réplication du virus chez l’humain par rapport à son réservoir naturel. Une priorité, alors que la question de la transmission interhumaine reste en suspens.
Cette prudence s’explique par les leçons tirées de précédentes épidémies. Numerama rappelle que certains virus, comme le SARS-CoV-2, ont connu des variants plus transmissibles ou plus dangereux au fil du temps. Pour le hantavirus, aucune mutation de ce type n’a été identifiée à ce jour. Mais l’incertitude persiste, d’autant que le virus a déjà montré sa capacité à réémerger après des décennies de silence. Les analyses complémentaires, notamment phylogénétiques, pourraient apporter des réponses d’ici quelques semaines. En attendant, les autorités sanitaires maintiennent une surveillance renforcée des cas suspects.
Un virus mal connu, malgré des décennies de recherche
Malgré son identification il y a près de trente ans, le hantavirus reste un virus mal compris. Numerama souligne que les connaissances sur sa transmission, ses modes de mutation et ses réservoirs animaux restent limitées. L’ANRS insiste sur la nécessité de poursuivre les recherches, notamment pour distinguer les mutations neutres de celles qui pourraient avoir un impact sanitaire. « Il faudrait des analyses phylogénétiques plus poussées pour s’en assurer », indique l’agence sur son site. Ces méthodes permettent de retracer l’évolution du virus au fil des années, en reconstituant son histoire génétique.
Bref, si la souche Andes du hantavirus semble stable pour l’instant, rien ne garantit qu’elle le restera. Les scientifiques rappellent que tous les virus évoluent, certains plus rapidement que d’autres. Dans le cas du hantavirus, sa spécialisation aux rongeurs joue en faveur d’une stabilité relative. Mais l’environnement changeant, notamment avec la circulation accrue des humains et des marchandises, pourrait offrir de nouvelles opportunités d’adaptation. Les prochaines semaines seront décisives pour trancher cette question.
Dans ce contexte, la vigilance reste de mise. Numerama rappelle que les hantavirus, bien que rares, peuvent provoquer des syndromes pulmonaires sévères, avec un taux de mortalité pouvant atteindre 30 % dans certains cas. Une raison de plus pour ne pas relâcher la surveillance, alors que le monde reste aux aguets après plusieurs années de crises sanitaires majeures.