L’action Hermès a enregistré une baisse historique ce mercredi 9 juillet 2026, chutant de 10,53 % vers 12h20, soit la plus forte baisse du CAC 40 à cette heure. Selon BFM Bourse, cette sanction des investisseurs s’explique par l’absence de rebond en Chine, un marché stratégique pour le groupe, et par des inquiétudes sur la résilience de son modèle de croissance. La marque, habituée à des performances insolentes, voit son action plongée de 29 % depuis le début de l’année et de 37 % sur un an.
Ce qu'il faut retenir
- L’action Hermès recule de 10,53 % ce 9 juillet 2026, soit la plus forte baisse du CAC 40 à cette heure, selon BFM Bourse.
- Le groupe affiche une croissance de 6,7 % au deuxième trimestre 2026, en ligne avec les attentes, mais en dessous des espérances en Asie hors Japon.
- La Chine, marché clé pour Hermès, enregistre une croissance de seulement 2,5 % au deuxième trimestre, contre 4 % attendus par les analystes.
- La zone Asie-Pacifique, hors Japon, reste en difficulté avec une progression de 2,5 % au deuxième trimestre, contre 2,2 % au premier trimestre.
- Les conflits au Moyen-Orient ont pesé à hauteur de 1,5 point de pourcentage sur les ventes du premier trimestre 2026.
- Le résultat opérationnel courant du groupe s’élève à 3,35 milliards d’euros pour le premier semestre, avec une marge de 41 %, dépassant les prévisions des analystes.
Des résultats semestriels en demi-teinte malgré une croissance globale
Hermès a publié ses résultats semestriels ce mercredi 9 juillet 2026, confirmant une croissance de 6,1 % de ses revenus en données comparables, à 8,16 milliards d’euros. Le groupe a également affiché un résultat opérationnel courant de 3,35 milliards d’euros, stable sur un an, pour une marge de 41 %, dépassant les attentes des analystes qui tablaient sur 40,4 %, selon la Royal Bank of Canada. Ces chiffres, bien qu’encourageants, n’ont pas suffi à rassurer les investisseurs, qui pointent du doigt le manque d’accélération en Chine, cœur de la stratégie de développement d’Hermès.
Sur le seul deuxième trimestre, la croissance s’est établie à 6,7 %, en ligne avec les prévisions, mais marquant une légère amélioration par rapport au premier trimestre (+5,6 %). Pourtant, cette performance globale masque des disparités géographiques majeures. La zone Asie-Pacifique, hors Japon, reste en difficulté, avec une progression de seulement 2,5 % au deuxième trimestre, contre 4 % attendus par les analystes selon Jefferies. Citi parle même d’« absence de rebond en Chine », tandis que Jefferies estime que la publication soulève « davantage de questions sur la Chine ».
La Chine, talon d’Achille d’Hermès malgré son importance stratégique
La Chine, marché incontournable pour Hermès, continue de peser sur les résultats du groupe. Malgré les déclarations de la direction affirmant que la marque reste en croissance dans le pays, les chiffres déçoivent. Au deuxième trimestre 2026, la croissance en Chine n’a atteint que 2,5 %, bien en deçà des 4 % escomptés. Charles-Louis Scotti, responsable de la recherche sur le luxe chez Kepler Cheuvreux, souligne que « la principale source de déception des investisseurs reste l’absence d’accélération en Asie hors Japon ». Il ajoute : « Malgré une accélération forte en Corée du Sud, la tendance ne s’améliore pas. Ce qui, malgré les commentaires de la direction qui assure que la marque est toujours en croissance en Chine, laisse penser qu’Hermès fait face à un ralentissement en Chine. Or on sait à quel point la Chine est importante pour Hermès. »
Les analystes s’interrogent également sur la capacité d’Hermès à maintenir sa croissance exceptionnelle dans un contexte économique plus incertain. UBS s’interroge depuis l’an dernier sur la vulnérabilité accrue de la marque, dont les revenus ont doublé entre 2019 et 2025. Bernstein, quant à lui, se demandait en avril 2026 si le modèle « more of the same » d’Hermès n’avait pas atteint ses limites. Ces interrogations reflètent un changement de perception du marché, qui craint une saturation de la demande pour un modèle basé sur l’exclusivité et la rareté.
Un contexte géopolitique défavorable pèse sur les ventes
Au-delà des difficultés en Chine, Hermès subit les conséquences des tensions géopolitiques, notamment le conflit en Iran. Selon BFM Bourse, la guerre dans la région a « supprimé une partie des ventes au Moyen-Orient » et a également « obéré les dépenses de la clientèle du Golfe en Europe, a fortiori en France ». Les analystes estiment que ce conflit a pesé à hauteur de 1,5 point de pourcentage sur les ventes du groupe au premier trimestre 2026. Charles-Louis Scotti précise que « l’impact du Moyen-Orient sur le chiffre d’affaires a été le même qu’au premier trimestre, à hauteur de 1,5 point de pourcentage ». Il ajoute : « Surtout, la direction a indiqué que les touristes du Moyen-Orient avaient actuellement tendance à rester chez eux alors qu’à la même période de 2025, ils voyageaient. »
Cette situation crée une « base de comparaison compliquée », d’autant que les dépenses des touristes du Moyen-Orient à l’étranger représentent 4 % du chiffre d’affaires d’Hermès. Côté marge, la direction du groupe a adopté une posture prudente, sans pour autant remettre en cause sa capacité à maintenir des niveaux élevés. Cette prudence, bien que récurrente chez Hermès, a été perçue comme un signal négatif par certains investisseurs, même si elle reste conforme aux habitudes de la marque.
Dans un contexte où le luxe subit les effets d’un ralentissement économique mondial et de tensions géopolitiques persistantes, Hermès devra démontrer sa capacité à concilier croissance et résilience. La Chine, en particulier, restera un baromètre clé de sa performance future. Pour l’instant, le marché sanctionne une marque dont le modèle, jusqu’ici intouchable, montre des signes de fragilité.
La Chine représente un marché stratégique pour Hermès, tant par son potentiel de croissance que par son poids dans les ventes à l’international. Le groupe y voit un levier essentiel pour maintenir son rythme d’expansion, d’où l’inquiétude des investisseurs face au ralentissement observé en 2026. Environ 30 % des achats de produits de luxe sont réalisés à l’étranger, et la Chine est l’un des principaux contributeurs à cette dynamique.
Le prochain événement clé sera la publication des résultats annuels 2026, attendue pour le premier trimestre 2027. Les investisseurs surveilleront également les communications intermédiaires du groupe, notamment les tendances de vente en Chine et l’évolution des marges. Une conférence dédiée aux investisseurs, si elle est organisée, pourrait aussi apporter des éclaircissements sur la stratégie à moyen terme.