Depuis près d’un siècle, aucun château japonais n’avait connu une opération similaire. Selon BFM Immo, la ville d’Hirosaki, située dans la préfecture d’Aomori, au nord de l’île de Honshū, a mobilisé ce week-end quelque 1 800 participants pour déplacer manuellement un donjon de 360 tonnes et 15 mètres de haut. L’objectif ? Le ramener progressivement sur ses fondations d’origine, après avoir été déplacé de 70 à 80 mètres en 2015 pour des travaux de restauration.

Ce qu'il faut retenir

  • Un déplacement manuel de 2,22 mètres réalisé sur deux jours par 1 800 participants, répartis en équipes de 80 personnes.
  • Le donjon du château d’Hirosaki, classé bien culturel important au niveau national, a été soulevé à l’aide de 27 vérins hydrauliques et déplacé sur des rails.
  • Cette technique traditionnelle japonaise, appelée hikiya, permet de préserver la structure historique du bâtiment sans le démonter.
  • Sur les 78 mètres à parcourir, 5 mètres seront déplacés manuellement d’ici fin août, le reste étant prévu via des engins mécaniques d’ici fin 2026.
  • Plus de 8 000 candidatures ont été reçues pour seulement 1 800 places disponibles, avec des participants venus du monde entier.
  • Une fois replacé, le donjon sera restauré et ne rouvrira au public qu’à partir de 2033.

Un chantier hors norme pour sauver un monument historique

Le donjon du château d’Hirosaki, reconstruit en 1810 après la destruction du premier édifice en 1627, est l’un des 12 derniers donjons historiques encore conservés au Japon. Selon nos confrères de BFM Immo, il avait été éloigné de son socle en 2015 pour permettre la restauration du mur de pierre sur lequel il reposait, fragilisé par un tremblement de terre. Ce déplacement, réalisé alors sur des rails à l’aide de vérins hydrauliques, avait marqué la première opération de ce type depuis plus d’un siècle.

Onze ans plus tard, les travaux sont terminés. Les 2 185 pierres composant le mur ont été démontées, répertoriées puis replacées à leur position d’origine, un chantier achevé en décembre 2024. Reste désormais à ramener le donjon à sa place initiale, une opération tout aussi exceptionnelle que la précédente.

La méthode hikiya, une tradition japonaise au service de la préservation

Pour déplacer le bâtiment sans le démonter, la ville d’Hirosaki a fait appel à la technique hikiya, utilisée depuis l’Antiquité au Japon pour déplacer des constructions entières. Comme l’explique Kensuke Hayasaka, responsable des parcs et espaces verts de la municipalité : «

Comme le donjon est classé bien culturel important au niveau national, nous ne l’avons pas démonté. Nous utilisons le hikiya, une méthode de déplacement des bâtiments qui existe au Japon depuis l’Antiquité.
»

Cette technique consiste à désolidariser l’édifice de ses fondations, à le soulever à l’aide de vérins, puis à le faire glisser sur des rouleaux ou des rails. Elle permet de préserver la structure, les matériaux et les éléments architecturaux du bâtiment, essentiels pour un monument aussi ancien. « Le donjon est posé sur une charpente provisoire en acier et repose sur 20 chariots à rouleaux répartis le long de cinq rangées de rails », précise Kensuke Hayasaka. Trois vérins hydrauliques supplémentaires font avancer l’ensemble par séquences de 30 centimètres, avant d’être repositionnés.

Un événement touristique et populaire, malgré l’absence de rémunération

L’opération a suscité un engouement considérable. Selon BFM Immo, la municipalité a reçu 8 000 candidatures pour seulement 1 800 places disponibles lors du week-end des 23 et 24 août 2026. Les participants, venus non seulement du Japon mais aussi d’Asie du Sud-Est, d’Europe et d’Amérique du Nord, n’ont perçu aucune rémunération. Certains ont même payé pour avoir le droit de tirer sur les cordes : un accès était réservé aux donateurs ayant versé au moins 10 000 yens, soit environ 58 euros.

Les équipes de 80 personnes ont tiré sur des cordes de 30 mètres au rythme des chants traditionnels « so-re, so-re ». Résultat : le donjon a progressé de 1,13 mètre samedi, puis de 1,09 mètre dimanche. Une prouesse collective qui a transformé ce chantier technique en véritable spectacle, mêlant patrimoine et tradition.

Un retour progressif sur les fondations, avant une longue restauration

Le déplacement manuel doit se poursuivre jusqu’à la fin du mois d’août, avec un objectif de 5 mètres supplémentaires. Les 73 mètres restants seront ensuite réalisés à l’aide de machines spécialement conçues pour l’occasion. Ces engins, équipés de vérins hydrauliques capables de soulever chacun jusqu’à 30 tonnes, permettent un contrôle millimétré du mouvement. Le bâtiment peut même pivoter sans déformer sa structure historique en bois.

Une fois replacé sur ses fondations, le donjon sera entièrement recouvert pour permettre sa restauration et son renforcement. Sa réouverture au public n’est pas attendue avant 2033, soit plus de seize ans après le début des travaux. Entre-temps, le château d’Hirosaki, célèbre pour ses cerisiers en fleurs qui attirent deux millions de visiteurs chaque printemps, restera inaccessible.

Et maintenant ?

D’ici la fin de l’année 2026, les engins mécaniques devraient achever le déplacement du donjon. Une fois cette étape franchie, une nouvelle phase de travaux débutera pour restaurer et consolider l’édifice. La réouverture au public, prévue pour 2033, marquera la fin d’un chantier historique, tant par son ampleur que par son respect des techniques traditionnelles.

Reste à voir comment ce projet influencera les futures restaurations de monuments au Japon. Si l’opération se déroule sans encombre, elle pourrait inspirer d’autres villes à adopter la méthode hikiya pour préserver leur patrimoine. En attendant, le chantier d’Hirosaki reste un témoignage exceptionnel de la capacité humaine à allier innovation et tradition.

En 2015, le mur de pierre supportant le donjon, fragilisé par un important tremblement de terre, présentait un risque d’effondrement. Pour éviter de démonter le monument historique, la ville a choisi de le déplacer temporairement sur une plateforme provisoire, à 70-80 mètres de son emplacement d’origine.

En 2015, le donjon avait été déplacé une première fois à l’aide de machines pour des raisons de sécurité. En 2026, le retour sur ses fondations s’effectue en combinant traction humaine et engins mécaniques, dans le cadre d’un événement touristique et populaire.