À quelques jours des élections législatives hongroises prévues le 12 avril 2026, des spécialistes de la désinformation alertent sur les méthodes employées par le Fidesz, parti au pouvoir, pour diffuser des publicités politiques sur les plateformes de Meta malgré l’interdiction en vigueur depuis octobre 2025. Selon Euronews FR, ces pratiques pourraient influencer significativement la campagne électorale, avec des contenus parfois non traçables, incluant des deepfakes et des messages ciblant l’opposition.

Ce qu’il faut retenir

  • Interdiction en octobre 2025 : Meta et Google ont interdit la publicité politique, électorale et sociétale dans l’UE, en réponse au règlement TTPA entré en vigueur le même mois.
  • 457 publicités politiques identifiées entre janvier et février 2026, dont 456 liées au Fidesz, selon Political Capital.
  • Méthodes de contournement : diffusion via des organisations relais, utilisation de deepfakes, et classification erronée de contenus politiques en catégories neutres comme « entreprise » ou « finance ».
  • Dépenses élevées : le Fidesz aurait représenté jusqu’à 87 % des dépenses publicitaires politiques en Hongrie entre janvier et septembre 2025.
  • Réaction de Meta : retrait des publicités après signalement, mais avec un délai parfois de plusieurs jours.

Une interdiction européenne contestée par les géants du numérique

En octobre 2025, Meta et Google ont suspendu la diffusion de toute publicité politique dans l’Union européenne, invoquant des « exigences inapplicables et des incertitudes juridiques ». Cette décision fait suite à l’entrée en vigueur du règlement européen sur la transparence et le ciblage de la publicité politique (TTPA), qui impose aux annonceurs de préciser l’identité du financeur, les coûts engagés et les publics ciblés. Pourtant, selon Euronews FR, ces mesures n’ont pas empêché le Fidesz et ses alliés de contourner les restrictions, notamment en exploitant des failles dans les systèmes de modération de Meta.

Les chercheurs de l’Observatoire hongrois des médias numériques soulignent que « le risque est réel de voir la campagne électorale hongroise influencée par un nombre significatif de publicités politiques illicites, y compris des contenus générés par IA ». Ces contenus, souvent relayés par des organisations pro-gouvernementales comme le Mouvement de la résistance nationale ou Megafon, visent principalement le parti d’opposition Tisza, accusé de promouvoir de nouveaux impôts ou d’être manipulé par l’Occident.

Des méthodes sophistiquées pour échapper aux radars

Pour diffuser ses messages, le Fidesz utilise des relais officiels et officieux. Szilárd Teczàr, rédacteur en chef du site de vérification Lakmusz, explique à Euronews FR que « le parti et ses entités affiliées parviennent à publier des annonces clairement politiques, malgré l’interdiction ». Meta, qui s’appuie sur la « bonne foi » des annonceurs pour déclarer le caractère politique d’un contenu, retire les publicités a posteriori — parfois après plusieurs jours. « Les faits montrent que Meta s’améliore, mais en octobre et novembre 2025, certaines publicités sont restées en ligne une semaine ou plus », précise Teczàr.

Parmi les exemples les plus marquants, une vidéo diffusée fin décembre 2025 montrait une famille ouvrant des cadeaux estampillés « TISZA », d’où émergeaient des messages politiques anti-opposition. Un dessin animé, quant à lui, mettait en scène des animaux vivant près de la rivière Tisza, avertis par un renard de l’arrivée d’un nouvel impôt foncier attribué à Tisza. Ces contenus, bien que politiques, étaient classés sous des catégories neutres comme « entreprise » ou « finance » dans la bibliothèque de publicités de Meta, rendant leur traçabilité difficile.

Un parti dominant dans l’espace numérique hongrois

Les données recueillies par Political Capital, un groupe de réflexion basé à Budapest, révèlent une domination écrasante du Fidesz dans l’espace publicitaire numérique. Entre janvier et février 2026, 456 des 457 publicités politiques identifiées sur Meta émanaient de responsables ou d’organisations liées au Fidesz. Le candidat du parti, Balázs Németh, a été le plus actif avec 81 publicités, principalement des vidéos de campagne locales. Le groupe parlementaire du Fidesz arrive en deuxième position avec 76 annonces, dont beaucoup faisaient la promotion de l’émission pro-Orbán « L’Heure de vérité ».

Selon Political Capital, le Fidesz aurait dépensé jusqu’à 87 % des fonds publics alloués à la publicité politique en Hongrie entre janvier et septembre 2025, un chiffre bien supérieur à celui de tout autre parti politique de l’UE avant les élections européennes de 2024. Bulcsú Hunyadi, directeur des programmes de l’institut, indique que « le parti expérimente activement des méthodes pour contourner les régulations, testant quels types de contenus peuvent être sponsorisés sans être supprimés ».

Des lacunes dans les systèmes de modération de Meta

Malgré deux séries de vérifications avant diffusion, les algorithmes de Meta peinent à identifier les contenus politiques illicites. Hunyadi souligne que « la seconde vérification, plus approfondie, semble plus efficace, mais de nombreuses publicités passent encore entre les mailles du filet ». Une campagne visant Ursula von der Leyen et Volodymyr Zelensky, par exemple, utilisait des visuels où leurs visages n’apparaissaient pas, mais où leurs vêtements correspondaient à ceux des affiches politiques diffusées dans l’espace public.

Un porte-parole de Meta a déclaré à Euronews FR que l’entreprise « interdit aux annonceurs de diffuser des publicités portant sur des questions de société, des élections ou la politique dans l’UE » et « rejette ces publicités dès que leur caractère politique est confirmé ». Cependant, l’opacité des algorithmes de modération limite la transparence sur les mécanismes de filtrage. Hunyadi ajoute que « Facebook est particulièrement populaire en Hongrie, ce qui peut expliquer en partie la persistance de ces pratiques ».

Et maintenant ?

Avec les élections législatives hongroises prévues le 12 avril 2026, la pression sur Meta et les autorités hongroises pour appliquer strictement l’interdiction des publicités politiques va s’intensifier. La Commission européenne, contactée par Euronews FR, n’a pas encore réagi officiellement au sujet. Reste à voir si des sanctions seront prises contre les annonceurs récalcitrants ou si les plateformes renforceront leurs mécanismes de détection en urgence.

Cette situation interroge plus largement sur l’efficacité des régulations européennes face aux stratégies de contournement des partis au pouvoir. En Hongrie, où le Fidesz domine l’espace médiatique traditionnel et numérique, l’enjeu dépasse le cadre électoral : il touche à la transparence démocratique et à l’équité des campagnes politiques dans un environnement numérique en constante évolution.

Meta et Google ont suspendu ces publicités en octobre 2025 en raison des « exigences inapplicables et des incertitudes juridiques » liées au nouveau règlement européen TTPA, entré en vigueur le même mois. Ce texte impose aux annonceurs de préciser l’identité du financeur, les coûts et les publics ciblés, des obligations jugées trop complexes à mettre en œuvre par les plateformes.

Le règlement européen sur la transparence et le ciblage de la publicité politique (TTPA) est entré en vigueur en octobre 2025. Il impose aux publicités politiques, électorales ou sociétales de préciser clairement leur origine, leur financement, leur coût et les techniques de ciblage utilisées. L’objectif est de lutter contre la désinformation et les influences étrangères dans les campagnes politiques.