Le Premier ministre hongrois Péter Magyar entame mardi 3 juin 2026 une tournée diplomatique en Allemagne et en France, deux étapes clés pour tenter de normaliser les relations entre Budapest et les institutions européennes. Selon Euronews FR, cette visite s’inscrit dans la continuité de la volonté affichée par le nouveau gouvernement de tourner la page des années de tensions avec Bruxelles, après des mois de gel des fonds européens et de divergences politiques.
Ce qu'il faut retenir
- Une première étape à Berlin : Péter Magyar sera reçu par le chancelier allemand Friedrich Merz mardi à midi, avant une conférence de presse conjointe prévue à 13 h.
- Un déblocage conditionnel de 16,4 milliards d’euros : Budapest a obtenu un accord avec la Commission européenne pour débloquer des fonds gelés en raison de préoccupations liées à la corruption et à l’État de droit.
- Un enjeu majeur : les 10 milliards d’euros du fonds post-Covid qui pourraient être perdus si la Hongrie ne remplit pas les conditions restantes avant la fin août.
- L’adhésion de l’Ukraine à l’UE : Budapest maintient son veto, mais Péter Magyar a conditionné son feu vert au respect des droits de la minorité hongroise en Ukraine.
Arrivé au pouvoir début mai à la suite d’une victoire électorale face au parti Fidesz de Viktor Orbán, Péter Magyar a fait de la réintégration de la Hongrie dans le giron européen l’une de ses priorités. Après avoir rencontré ses homologues polonais et autrichiens il y a deux semaines, le chef du gouvernement hongrois mise sur Berlin et Paris pour relancer le dialogue avec les partenaires européens. Les discussions à l’ordre du jour porteront sur des sujets bilatéraux, mais aussi sur des enjeux plus larges, comme le soutien à l’Ukraine et la sécurité euro-atlantique.
Un déblocage des fonds européens sous conditions strictes
La visite de Péter Magyar intervient à peine quelques jours après la conclusion d’un accord avec la Commission européenne pour débloquer 16,4 milliards d’euros de fonds européens, gelés en raison de craintes concernant la corruption et l’érosion de l’État de droit sous l’ère Orbán. Parmi ces fonds, 10 milliards d’euros proviennent du plan de relance post-Covid de l’UE. Un délai serré pèse désormais sur Budapest : ces fonds seront perdus si la Hongrie ne remplit pas l’ensemble des conditions en suspens d’ici la fin du mois d’août.
Le décaissement de ces fonds nécessite par ailleurs l’aval de tous les États membres de l’Union. Lors de son passage à Bruxelles la semaine dernière, Péter Magyar a indiqué qu’il était en discussion avec plusieurs dirigeants nationaux pour obtenir leur soutien. « Nous travaillons activement pour convaincre nos partenaires », a-t-il déclaré, sans préciser quels pays pourraient encore s’opposer à ce déblocage.
Cette situation illustre la volonté de la nouvelle direction hongroise de rompre avec les années de confrontation qui avaient marqué les relations entre Budapest et Bruxelles. Après des années de veto hongrois sur des dossiers clés, comme la procédure de sanction contre la Russie ou l’adhésion de l’Ukraine, Péter Magyar mise sur une approche plus constructive pour faire entendre la voix de son pays au sein de l’UE.
L’adhésion de l’Ukraine au cœur des discussions avec l’UE
Autre point de tension à régler : le veto hongrois sur l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne. Péter Magyar a indiqué qu’il ne lèverait son opposition qu’à une condition : que Kiev garantisse les droits éducatifs et linguistiques de la minorité hongroise présente sur son territoire. Une demande formulée à plusieurs reprises par Budapest, qui a longtemps critiqué les restrictions imposées à cette communauté dans les régions frontalières ukrainiennes.
Cette position s’inscrit dans la continuité des tensions récurrentes entre la Hongrie et l’Ukraine sur la question des minorités. Viktor Orbán avait notamment utilisé ce dossier comme levier politique, bloquant à plusieurs reprises des décisions européennes au nom de la défense des Hongrois d’Ukraine. Avec Péter Magyar, Budapest semble désormais prêt à négocier, mais sous réserve du respect de ses revendications.
La tournée de Péter Magyar à Berlin et Paris pourrait ainsi servir de catalyseur pour débloquer deux dossiers sensibles : le déblocage des fonds européens et la levée du veto sur l’adhésion ukrainienne. Deux sujets qui, s’ils sont résolus, marqueraient un tournant dans la relation entre la Hongrie et ses partenaires européens.
Pour l’instant, les détails précis des discussions prévues à Paris mercredi n’ont pas encore été rendus publics. La Hongrie pourrait également profiter de cette visite pour préciser sa position sur d’autres sujets, comme la politique de sécurité en Europe de l’Est ou les relations avec la Russie. Une chose est sûre : après des années de tensions, Budapest mise désormais sur le dialogue pour retrouver sa place au sein de l’Union.
Reste à voir si cette stratégie portera ses fruits. La Hongrie, pays membre de l’UE depuis 2004, pourrait ainsi tourner la page d’une décennie marquée par les conflits avec Bruxelles, et se repositionner comme un acteur constructif dans les débats européens.
Les fonds européens avaient été gelés en raison de préoccupations liées à la corruption et à l’érosion de l’État de droit sous le gouvernement précédent, dirigé par Viktor Orbán et son parti Fidesz. La Commission européenne estimait que Budapest ne respectait pas les critères démocratiques et judiciaires nécessaires pour bénéficier pleinement des financements européens.
Si la Hongrie ne remplit pas les conditions requises, elle perdra définitivement 10 milliards d’euros issus du fonds de relance post-Covid de l’UE. Ces fonds ne pourront plus être débloqués, ce qui représenterait un manque à gagner significatif pour l’économie hongroise.