L’Espagne vient de remporter sa deuxième Coupe du monde de football en seize ans, un exploit qui place le pays sous les projecteurs. Mais sur le terrain boursier, la péninsule ibérique se distingue également, avec un indice phare, l’IBEX 35, qui affiche une performance bien supérieure à celle du CAC 40 en 2026. Selon BFM Bourse, l’indice espagnol a progressé de 11,5 % depuis le début de l’année, contre seulement 1,84 % pour son homologue français.

Ce qu'il faut retenir

  • Indra Sistemas, spécialiste de la défense, réalise la meilleure performance de l’IBEX 35 avec une hausse de 158,67 % en 2026.
  • L’indice espagnol surperforme le CAC 40 grâce à la défense, aux banques et au secteur de la construction.
  • Le groupe ACS, dirigé par Florentino Perez (également président du Real Madrid), bénéficie de la demande en centres de données via sa filiale américaine Turner.
  • Inditex, maison mère de Zara, reste la première capitalisation boursière espagnole avec 190,76 milliards de dollars.
  • Amadeus IT, pénalisé par le conflit au Moyen-Orient, enregistre la pire performance de l’indice avec un recul de 23,8 %.

Avec une capitalisation totale de 1,38 milliard de dollars, le marché boursier espagnol reste modeste comparé à la France. Pourtant, il conserve une particularité rare en Europe : quatre Bourses régionales (Madrid, Barcelone, Bilbao et Valence) interconnectées via le Système d’Interconnexion Boursier Électronique (SIBE). Une organisation qui rappelle l’époque où la France comptait six places financières avant leur fusion en 1990.

Les secteurs porteurs en 2026 ? La défense, les banques et le BTP. En tête du classement des performances, Indra Sistemas domine largement l’IBEX 35 avec une progression de 158,67 %. L’entreprise, dont l’État espagnol est actionnaire majoritaire, fournit des systèmes de contrôle aérien et devait équiper le projet d’avion de combat Scaf, abandonné en début d’année. Malgré un revirement du secteur, qui est passé « de l’euphorie à l’incrédulité » selon les observateurs, Indra confirme ses objectifs pour 2026.

Son chiffre d’affaires semestriel a atteint 3,18 milliards d’euros, tiré par les divisions Espace (+398 %) et Défense (+103 %). Une performance saluée par les marchés, même si le contexte géopolitique reste incertain. À titre de comparaison, le CAC 40 progresse de 68,42 % sur la même période, mais l’écart de performance avec l’IBEX 35 reste marqué.

Les banques et le pétrole en embuscade

Le podium de l’IBEX 35 est complété par deux banques : Unicaja Banco, en hausse de 95,29 %, et Repsol, le géant pétrolier espagnol, qui profite de la flambée des cours du baril avec un gain de 69,78 %. Ce dernier suit la tendance des valeurs énergétiques européennes, à l’image de son concurrent français TotalEnergies.

Banco de Sabadell suit de près avec une progression de 66,86 %. La banque catalane a mis fin à ses tentatives de fusion avec BBVA et a cédé sa filiale britannique TSB à Santander pour plus de 3 milliards d’euros. Les analystes de Deutsche Bank, cités par Finanzas.com, estiment que cette stratégie a rassuré les investisseurs, qui ne perçoivent plus Sabadell comme une entité structurellement fragile. La banque se recentre désormais sur le marché domestique.

Côté assurances, Mapfre affiche une hausse de 63,86 %, tandis que ACS (Actividades de Construcción y Servicios) enregistre un gain de 61,95 %. Trois lettres peu connues du grand public français, mais qui cachent un géant du BTP espagnol, comparable à Bouygues ou Vinci dans l’Hexagone. Dirigé par Florentino Perez, également président du Real Madrid, le groupe mise sur la demande en infrastructures pour les centres de données, via sa filiale américaine Turner.

Amadeus IT, la mauvaise surprise de l’indice

Toutes les valeurs de l’IBEX 35 ne profitent pas de la dynamique positive. Amadeus IT, spécialiste des solutions technologiques pour le tourisme (réservations aériennes, hôtelières, gestion des bagages), subit de plein fouet les conséquences du conflit au Moyen-Orient. L’entreprise, basée à Madrid et fondée en 1987, enregistre le pire recul de l’indice avec un recul de 23,8 % depuis janvier.

Ses outils, utilisés quotidiennement par les compagnies aériennes et les hôtels sans que les clients en aient conscience, sont directement impactés par l’instabilité géopolitique. Une situation d’autant plus préoccupante que le tourisme, pilier de l’économie espagnole, reste fragilisé. En 2025, l’Espagne avait accueilli 85 millions de touristes, un record, mais les perspectives pour 2026 s’assombrissent.

Les géants espagnols en chiffres

Si l’on élargit l’analyse aux dix plus grandes capitalisations de la Bourse de Madrid, Inditex reste indétrônable. La maison mère de Zara, avec ses marques Bershka ou Massimo Dutti, affiche une capitalisation de 190,76 milliards de dollars. Au premier trimestre 2026, ses résultats ont dépassé les attentes, confirmant une activité dynamique en début d’année.

Le classement se poursuit avec Santander (189,05 milliards), Iberdrola (157,36 milliards), spécialiste des énergies renouvelables, puis deux banques : BBVA (140,36 milliards) et CaixaBank (100 milliards). Un contraste saisissant avec la France, où dix entreprises dépassent les 100 milliards de dollars de capitalisation.

Et maintenant ?

Les analystes s’interrogent sur la pérennité de la performance de l’IBEX 35. Si la défense et l’énergie restent des moteurs, leur dépendance aux tensions géopolitiques pourrait peser. Côté banques, la consolidation du secteur espagnol (comme la sortie de Sabadell du marché britannique) pourrait renforcer leur résilience. Enfin, la demande en centres de données, tirée par la digitalisation, devrait continuer à soutenir les valeurs du BTP comme ACS. Une chose est sûre : l’Espagne, déjà championne du monde, joue aussi en tête du classement boursier européen en 2026.

La performance de l’IBEX 35 s’explique aussi par un contexte macroéconomique favorable : croissance espagnole supérieure à la moyenne européenne, politique monétaire accommodante de la Banque centrale européenne, et rebond post-Covid encore visible. Reste à savoir si cette dynamique se maintiendra jusqu’à la fin de l’année, alors que les incertitudes sur les taux d’intérêt et les tensions commerciales persistent.

Plusieurs facteurs expliquent cette performance. D’abord, la composition sectorielle de l’IBEX 35, avec une forte exposition aux valeurs de la défense, des banques et de l’énergie, des secteurs en forte demande cette année. Ensuite, le marché espagnol, plus petit et moins diversifié que le CAC 40, a bénéficié d’un effet de rattrapage après une année 2025 marquée par des incertitudes. Enfin, la croissance économique espagnole, supérieure à la moyenne européenne, a soutenu les valeurs locales.

Malgré l’abandon du projet d’avion de combat européen Scaf, Indra Sistemas a su rebondir grâce à ses autres divisions, notamment l’Espace et la Défense. Son chiffre d’affaires semestriel a progressé de 103 % dans ce dernier secteur, compensant partiellement la perte liée au Scaf. Les marchés ont réagi positivement à la confirmation de ses objectifs 2026, malgré un contexte sectoriel devenu plus incertain.