Dix-neuf pays de l’Union européenne ont officiellement demandé à la Commission européenne de financer la création de centres de retour pour migrants dans des pays tiers, selon Le Monde. Ces plateformes, destinées à accueillir les personnes dont la demande d’asile a été rejetée, visent à faciliter les expulsions hors du territoire européen. Cette initiative, portée notamment par l’Italie et le Danemark, se heurte déjà à l’opposition du président français Emmanuel Macron.
Ce qu'il faut retenir
- 19 États membres de l’UE ont adressé une demande à la Commission européenne pour financer des centres de retour extra-européens.
- Ces centres auraient pour mission d’accueillir les migrants en situation irrégulière dont la demande d’asile a été refusée.
- Emmanuel Macron s’oppose fermement à ce projet, craignant des risques juridiques et éthiques.
- La Commission européenne n’a pas encore pris de décision, mais l’idée divise profondément les Vingt-Sept.
- L’Italie et le Danemark figurent parmi les principaux promoteurs de cette mesure.
Un projet porté par une coalition de pays européens
C’est une alliance de dix-neuf États, majoritairement situés en Europe centrale et du Nord, qui a saisi la Commission européenne pour concrétiser ce projet de centres extraterritoriaux. Parmi eux, l’Italie et le Danemark jouent un rôle moteur, poussant pour une externalisation des retours de migrants en situation irrégulière. « Ces plateformes permettraient de traiter plus rapidement les demandes d’asile et d’organiser les expulsions depuis l’extérieur de l’UE », a expliqué un diplomate européen cité par Le Monde. L’objectif affiché est de réduire les flux migratoires et de désengorger les systèmes d’asile des États membres.
Pour les partisans de cette mesure, les centres de retour dans des pays tiers — comme la Tunisie, le Maroc ou la Serbie — offriraient un cadre plus stable pour les expulsions, évitant ainsi les blocages juridiques fréquents au sein de l’UE. « On ne peut plus se contenter de refouler à nos frontières. Il faut agir en amont », a affirmé un responsable gouvernemental sous couvert d’anonymat. Pourtant, le projet reste controversé, y compris au sein des institutions européennes, où certains y voient une violation du droit international.
Emmanuel Macron oppose un refus catégorique
Côté français, le président Emmanuel Macron a d’ores et déjà exprimé son opposition à ce projet, qu’il juge incompatible avec les valeurs européennes. « La France ne participera pas à la création de centres de rétention hors d’Europe, car cela reviendrait à externaliser nos responsabilités », a-t-il déclaré lors d’un Conseil européen en mai 2026. Le chef de l’État craint que ces centres ne deviennent des lieux de détention arbitraire, sans garantie de respect des droits fondamentaux. « Autant dire que nous risquerions de légitimer des pratiques contraires à nos principes », a-t-il ajouté.
Cette position s’inscrit dans la ligne défendue par Paris depuis plusieurs années, à savoir une gestion européenne des migrations fondée sur la solidarité et le respect du droit. Pourtant, la pression des pays du Sud et de l’Est de l’UE pourrait forcer la France à revoir sa copie. « Le débat est loin d’être clos », a souligné un haut fonctionnaire de la Commission, rappelant que les discussions sur ce sujet s’intensifieront lors du prochain sommet européen en juillet.
Un texte qui divise les institutions européennes
Si la demande des dix-neuf États a été transmise à la Commission européenne, celle-ci n’a pas encore tranché. Plusieurs commissaires, dont ceux en charge des Affaires intérieures et de la Migration, étudient la faisabilité juridique et politique du projet. « Nous analysons les implications de cette proposition, notamment au regard du droit international et des conventions de Genève », a indiqué une porte-parole de l’exécutif européen. Pour l’instant, aucune décision n’est attendue avant l’automne, après une série de consultations avec les États membres.
Du côté du Parlement européen, les réactions sont mitigées. Certains groupes politiques, comme le Parti populaire européen (PPE), y sont plutôt favorables, estimant que cela pourrait « désengorger les systèmes nationaux ». En revanche, les Verts et la gauche radicale y voient une « instrumentalisation des droits humains ». « Ces centres risquent de devenir des prisons à ciel ouvert », a dénoncé une eurodéputée écologiste. Le Parlement, qui doit donner son aval sur tout financement européen, pourrait donc jouer un rôle clé dans l’aboutissement ou l’échec de ce projet.
Quoi qu’il en soit, cette proposition illustre les profondes divisions qui persistent au sein de l’UE sur la question migratoire. Entre ceux qui prônent une approche restrictive et externalisée, et ceux qui défendent une politique fondée sur l’accueil et le respect des droits, le fossé semble plus large que jamais. Une chose est sûre : le débat ne fait que commencer.
Selon Le Monde, dix-neuf États membres de l’UE appuient cette initiative, avec une implication particulière de l’Italie et du Danemark. Parmi les autres soutiens figurent la Pologne, la Hongrie, l’Autriche et les pays baltes.