Selon Courrier International, la capitale zimbabwéenne, Harare, connaît une transformation immobilière marquée par l'arrivée massive d'investisseurs chinois. Entre juin 2024 et aujourd'hui, ces acteurs économiques ont fait émerger des résidences somptueuses dans les quartiers aisés de la ville, où les prix s'envolent parfois jusqu'à 2 millions de dollars (1,7 million d'euros) pour les biens les plus prisés. Cette dynamique s'inscrit dans un contexte plus large de relations économiques renforcées entre la Chine et le Zimbabwe, portées par l'exploitation du lithium et l'or, deux ressources stratégiques pour Pékin.
Ce qu'il faut retenir
- Les prix de l'immobilier à Harare ont connu une hausse à deux chiffres sous l'effet des investissements chinois, selon des agents immobiliers cités par Bloomberg.
- Les transactions sont souvent réglées en espèces, ce qui permet aux acheteurs chinois de contourner les réglementations locales et prive l'État de recettes fiscales.
- En 2024, les investissements chinois au Zimbabwe ont atteint 2,75 milliards de dollars (2,34 milliards d'euros), contre seulement 52,28 millions de dollars (44,6 millions d'euros) en 2023.
- Des tensions sociales persistent entre les nouveaux arrivants et la population locale, notamment en raison de l'ignorance des règles d'urbanisme et des conflits fonciers.
- En mars 2026, Pékin a exhorté ses entreprises au Zimbabwe à respecter les lois locales, après des restrictions zimbabwéennes sur les exportations de lithium.
Des résidences de luxe pour une clientèle chinoise en pleine expansion
Dans les quartiers huppés de Harare, des villas aux allures de palais surgissent du sol, financées par des entrepreneurs chinois. Selon des agents immobiliers interrogés par Bloomberg et relayés par Courrier International, ces biens se situent entre 500 000 et 2 millions de dollars (426 000 à 1,7 million d'euros) pour les plus prestigieux. Steve Zhao, fondateur du Centre d'échanges Chine-Zimbabwe, confirme cette tendance : « Certaines personnes que j'ai aidées à venir ici en tant que touristes sont aujourd'hui des investisseurs dans cette ville et dans le pays. » Ces projets immobiliers transforment l'architecture des quartiers, avec l'apparition de restaurants chinois, de supermarchés et même d'un casino, aux abords de vestiges historiques zimbabwéens.
Le lithium et l'or, moteurs d'un partenariat sino-zimbabwéen
Cette frénésie immobilière s'appuie sur une présence économique chinoise croissante au Zimbabwe, tirée par deux ressources minières majeures : le lithium, essentiel pour les batteries électriques, et l'or, dont les cours ont fortement progressé ces dernières années. En 2024, le Zimbabwe est devenu le troisième producteur africain de lithium, avec des réserves estimées à 2,8 millions de tonnes. Pékin, premier consommateur mondial de lithium, a renforcé ses investissements dans ce secteur, où les entreprises chinoises sont accusées de pratiques opaques.
Les relations diplomatiques entre les deux pays se sont intensifiées, comme en témoignent les 2,75 milliards de dollars d'investissements chinois enregistrés en 2024 – un bond spectaculaire par rapport aux 52,28 millions de dollars de 2023, selon les chiffres officiels zimbabwéens. Pourtant, ces flux financiers s'accompagnent de tensions récurrentes, notamment sur les questions fiscales et sociales.
Des paiements en espèces qui alimentent les controverses
Un élément aggrave les frictions : les acheteurs chinois privilégient les transactions en liquide, ce qui leur permet de finaliser les achats rapidement et de négocier des prix avantageux. Kura Chihota, consultant immobilier à Harare, explique à Bloomberg que cette pratique « leur donne un énorme pouvoir de négociation ». Or, ces paiements en espèces privent l'État zimbabwéen de recettes fiscales et contournent les règles de change strictes en vigueur dans le pays.
Cette méthode n'est pas nouvelle. Dès juillet 2025, les autorités zimbabwéennes avaient alerté sur ces pratiques, accusant les entrepreneurs chinois de contourner l'impôt. Tafadzwa Muguti, haut fonctionnaire du cabinet du président Emmerson Mnangagwa, avait alors lancé un avertissement rare : « À compter de maintenant, nous vous demandons de déposer votre argent à la banque. » Une déclaration symptomatique d'un malaise persistant.
Des conflits sociaux qui s'enveniment
Les tensions entre Chinois et Zimbabwéens ne se limitent pas à l'immobilier. Dans les zones minières, les conflits fonciers et les violations présumées des droits des travailleurs alimentent un climat de défiance. The East African rapportait en 2025 que ces litiges, couplés à l'exploitation des ressources naturelles, avaient conduit les autorités à suspendre temporairement les exportations de minéraux bruts et de concentrés de lithium, évoquant des malversations et des détournements.
Ces frictions s'ajoutent aux griefs historiques des Zimbabwéens envers les investisseurs chinois, perçus comme une menace pour l'économie locale et les emplois. En mars 2026, Pékin a finalement réagi en appelant ses entreprises au Zimbabwe à se conformer aux lois locales, après les restrictions zimbabwéennes sur les exportations de lithium. Une mise en garde qui intervient alors que les investissements chinois dans le secteur minier restent colossaux.
« L'intérêt des acheteurs chinois entraîne une hausse à deux chiffres des prix de l'immobilier dans la capitale. » — Agents immobiliers interrogés par Bloomberg, cités par Courrier International
Cette situation illustre les défis posés par les investissements étrangers massifs dans les pays en développement : croissance économique d'un côté, inégalités et conflits de l'autre. Le Zimbabwe devra trouver un équilibre entre attirer les capitaux chinois et protéger ses ressources et sa population. Une équation complexe, dans un contexte où la demande mondiale en lithium et en or ne faiblit pas.
Le Zimbabwe possède d'importantes réserves de lithium, une ressource stratégique pour la Chine, premier consommateur mondial. De plus, les relations diplomatiques entre les deux pays se sont renforcées, facilitant les investissements chinois dans les mines et l'immobilier.
Les investissements chinois, bien que bénéfiques pour la croissance, posent plusieurs problèmes : contournement des réglementations fiscales et des règles de change, hausse des prix de l'immobilier, tensions sociales et conflits fonciers. Ces pratiques privent aussi l'État de recettes fiscales essentielles.
