L'économie iranienne, déjà fragilisée par des années de sanctions avant même le déclenchement du conflit en février 2026, s'enfonce aujourd'hui dans une crise sans précédent. Selon BFM Business, le pays cumule désormais une inflation annuelle de **50,6 %** à la mi-mars, une dépréciation vertigineuse de sa monnaie, une explosion du chômage et un secteur bancaire au bord du gouffre. Les frappes américano-israéliennes, lancées le 28 février, ont précipité le pays dans une spirale de pénuries, de fermetures d'entreprises et de faillites en cascade.

Ce qu'il faut retenir

  • Inflation à 50,6 % : les prix des biens de première nécessité, comme le pain ou les médicaments, ont été multipliés par trois ou plus depuis le début de la guerre.
  • Dépréciation record du rial : la banque centrale a dû émettre un billet de **10 millions de rials**, effaçant le précédent de 5 millions, illustrant l'effondrement de la monnaie.
  • Chômage massif : les entreprises ferment, les chantiers s'arrêtent, et des milliers de travailleurs migrants afghans sont renvoyés chez eux sans indemnités.
  • Faillites bancaires : la banque privée Ayandeh s'est effondrée fin 2025, étranglée par **5,2 milliards de dollars** de créances douteuses, et d'autres établissements pourraient suivre.
  • Manifestations et répression : la colère des commerçants du bazar de Téhéran et de la population a provoqué des émeutes réprimées dans le sang, avec des milliers de morts en janvier.

Des prix qui explosent, des salaires qui fondent

La guerre a transformé le quotidien des Iraniens en un calvaire économique. À Téhéran, le prix du pain de mie est passé de **700 000 à 1 million de rials** (environ 0,75 dollar), tandis qu'un comprimé contre le cancer, autrefois à 3 millions de rials, coûte désormais **180 millions**. « Il doit en acheter un tous les 20 jours », explique Amir, un habitant de la banlieue de Téhéran, sous le choc. Dans la capitale, les cafés branchés ont relevé leurs tarifs de **25 % en une journée**, comme le Café Dobar, un lieu prisé du centre-ville.

Les régions moins dépendantes des importations, comme le nord-ouest du pays, ne sont pas épargnées. Une femme de 50 ans, interrogée par BFM Business, raconte que « certains produits coûtent **trois fois leur prix habituel** », faute d'approvisionnement en provenance de Turquie. Les médicaments, les couches pour bébé et même les repas dans les cantines sont devenus des produits de luxe, inaccessibles pour une grande partie de la population.

Le chômage frappe de plein fouet, surtout les migrants

La guerre a vidé les poches des entreprises. Les usines ferment, les chantiers s'arrêtent, et les employés, souvent des migrants afghans, se retrouvent sans salaire ni perspective. Faizullah Arab, un peintre au chômage de 23 ans, a quitté Téhéran pour l'Afghanistan après des mois sans travail. « Quand la guerre a commencé, les opportunités d'emploi sont devenues rares », confie-t-il. Son compatriote Walijan Akbari, ouvrier de 42 ans, confirme : « Les employeurs sont partis à l'étranger. »

Le secteur du bâtiment, qui employait massivement des travailleurs étrangers, est particulièrement touché. Les artisans afghans, souvent en situation irrégulière, sont les premières victimes de cette crise. Les commerces du bazar de Téhéran, symbole historique de l'économie iranienne, réduisent leurs horaires d'ouverture, faute de clients ou de marchandises. Les conséquences sociales s'annoncent désastreuses, avec une précarité qui s'étend à toutes les couches de la société.

Le secteur bancaire au bord de l'effondrement

Adnan Mazarei, ancien haut responsable du Fonds monétaire international (FMI) et spécialiste du Moyen-Orient, alerte sur la situation des banques iraniennes. « Avant la guerre, le système bancaire était déjà très vulnérable », rappelle-t-il à l'AFP. Les frappes contre les infrastructures pétrochimiques et sidérurgiques, cibles stratégiques, aggravent la crise en perturbant durablement l'activité économique.

La banque centrale tente de limiter les dégâts en imposant des plafonds de retrait aux distributeurs automatiques. Mais le mal est profond : la faillite d'Ayandeh, l'une des plus grandes banques privées du pays, fin 2025, a révélé l'ampleur des créances douteuses. Mazarei craint que d'autres établissements ne suivent, obligeant l'État à injecter des liquidités via la planche à billets. « Cela augmentera la masse monétaire et relancera l'inflation », prévient-il. Une fuite en avant qui pourrait sceller le destin économique de l'Iran.

Les services en ligne et les transactions digitales, autrefois florissants, subissent aussi les conséquences des coupures internet imposées par les autorités. Les entreprises dépendantes du numérique, comme celles du commerce en ligne, peinent à survivre. « Licenciements massifs, fermetures à grande échelle... c'est sidérant », témoigne une employée de la finance à Ispahan, sous couvert d'anonymat. Elle ajoute, inquiète : « Honnêtement, je suis vraiment très inquiète pour notre avenir, surtout sur le plan économique. »

Et maintenant ?

La situation pourrait encore se dégrader dans les prochains mois. Les experts s'attendent à une nouvelle hausse de l'inflation si l'État recourt massivement à la création monétaire pour sauver les banques. Les prochaines échéances budgétaires, prévues pour juin 2026, seront déterminantes : elles pourraient révéler l'ampleur des déficits publics et la capacité – ou l'incapacité – des autorités à stabiliser l'économie. Par ailleurs, les négociations en cours pour lever partiellement les sanctions internationales, si elles aboutissent, pourraient offrir une bouffée d'oxygène. Mais le chemin vers la reprise reste long et semé d'embûches.

En attendant, la population iranienne, déjà éprouvée par des années de restrictions, doit faire face à une précarité croissante. Les manifestations, bien que réprimées dans le sang, pourraient reprendre si la situation ne s'améliore pas. Le pouvoir, fragilisé par la crise économique, devra choisir entre des réformes structurelles coûteuses ou un maintien coûte que coûte du statu quo – au risque d'aggraver encore les tensions sociales.

La dépréciation du rial s'explique principalement par la combinaison de plusieurs facteurs : les sanctions internationales renforcées depuis février 2026, la chute des exportations pétrolières (cible des frappes), et la perte de confiance des marchés dans la capacité de l'État à stabiliser l'économie. La banque centrale, contrainte d'émettre des billets de plus en plus élevés (jusqu'à 10 millions de rials), illustre cette fuite devant la monnaie locale.

Les conséquences humanitaires sont dramatiques : pénuries de médicaments et de nourriture, impossibilité pour de nombreux ménages d'acheter des produits de base, et effondrement du pouvoir d'achat. Les travailleurs migrants, souvent sans protection sociale, sont les plus touchés. Les hôpitaux, déjà sous-financés, peinent à soigner les patients, tandis que les inégalités se creusent entre une minorité aisée et une majorité en situation de précarité extrême.