Depuis près d’une semaine, le sud de la France est dévasté par de violents incendies qui touchent particulièrement les départements viticoles des Pyrénées-Orientales, de l’Aude, du Gard et de la Drôme. Selon Le Figaro, plus de 4 600 hectares de végétation ont déjà été réduits en cendres dans les Pyrénées-Orientales, entraînant l’évacuation de 10 000 personnes de plusieurs villages. Les dégâts matériels et humains s’ajoutent à une crise agricole majeure, alors que les vignerons de la région voient leurs exploitations menacées par les flammes.
Ce qu’il faut retenir
- Plus de 4 600 hectares brûlés et 10 000 évacués dans les Pyrénées-Orientales, selon Le Figaro.
- Le domaine de Gilles Trouiller a perdu 90 % de ses neuf hectares dans les Pyrénées-Orientales, des vignes non remplaçables cultivées depuis 30 ans.
- Dans l’Aude, la cave coopérative de Pouzols attend un bilan précis, mais craint un impact sur la qualité des vins en raison des fumées.
- Les vignerons redoutent une contamination des grappes par les fumées, comme ce fut le cas lors des incendies des Corbières en août 2025.
- Certains domaines restent inaccessibles en raison des mesures de sécurité, retardant l’évaluation des dégâts.
Des vignobles historiques détruits dans les Pyrénées-Orientales
Parmi les exploitations les plus touchées figure celle de Gilles Trouiller, dont le domaine porte son nom. Situé sur le plateau de Montalba-le-Château, près de 90 % de ses neuf hectares ont été ravagés par les flammes, comme en témoignent les images aériennes et les retours de ses collègues restés sur place. « Ce sont des vignes qu’on travaille depuis 30 ans, qui ne sont pas remplaçables. Comme des vieux carignans qui ne sont bons qu’à partir de 50 ans », a-t-il déclaré au Figaro. Le vigneron s’inquiète également pour sa cave, privée de climatisation en raison de la coupure d’électricité provoquée par l’incendie.
L’Aude et ses caves coopératives en attente d’un bilan
Dans l’Aude, la cave coopérative de Pouzols, située dans une zone également sinistrée, tente de faire le point sur les dégâts. « Je suis en plein recensement, je devrais avoir des retours cette semaine », a indiqué Julie Desnier, technicienne des vignobles, qui précise qu’un incendie d’une telle ampleur n’avait pas touché le secteur depuis au moins trois ans. Les responsables de la cave attendent désormais les conseils d’œnologues pour évaluer l’impact sur les parcelles restantes et prévenir un éventuel « goût de fumé » susceptible d’altérer la qualité des vins.
Le risque de contamination par les fumées plane sur les vignobles
Dominique Génot, propriétaire du Mas Llossanes dans les Pyrénées-Orientales, craint une contamination des grappes par les fumées, selon l’orientation du vent. « Il y a un risque important de contamination des grappes par les fumées », a-t-il confirmé. Cette menace rappelle celle qui avait plané sur les Corbières en août 2025, où les incendies avaient déjà posé ce problème. Les vignerons de la région sont donc particulièrement vigilants, d’autant que certains domaines restent inaccessibles en raison des restrictions d’accès.
Mathieu Tiché, propriétaire du domaine Chan Chan dans les Pyrénées-Orientales, ne peut toujours pas accéder à ses huit hectares situés sur le plateau de Roupidère, près de Tarerach. « On ne peut pas encore monter », explique-t-il, précisant être en contact avec le maire de la commune, lui-même évacué. « Je suis surtout du côté de Tarerach où les vignes semblent plutôt épargnées, mais nous avons des parcelles plus proches de Montalba qui sont plus exposées », a-t-il ajouté, dans l’attente de pouvoir constater l’ampleur des dégâts.
Des pronostics pessimistes pour certains vignerons
Du côté de Dominique Génot, dont le domaine est situé en altitude, les perspectives sont encore plus sombres. « Vu les cartes satellites, il y a des chances qu’on ait une petite partie du vignoble touchée », a-t-il reconnu. La situation, pourtant stabilisée lundi matin, s’est rapidement dégradée : « Il y a beaucoup de feux qui sont repartis depuis. » Le vigneron redoute une aggravation si le vent change de direction et que les flammes traversent son vignoble, le rendant vulnérable au problème de la fumée.
Ces incendies surviennent alors que le sud de la France fait face à des conditions météorologiques extrêmes, avec des températures élevées et une sécheresse persistante. Les vignerons appellent depuis des mois à des mesures structurelles pour adapter leurs exploitations à ces nouveaux défis climatiques. Les prochaines semaines seront cruciales pour mesurer l’impact réel de cette crise sur le secteur viticole, déjà fragilisé par les aléas climatiques des dernières années.
Les incendies endommagent directement les ceps et le sol, mais surtout, les fumées peuvent contaminer les grappes et altérer le goût du vin. Certaines variétés, comme les vieux carignans, mettent des décennies à produire des raisins de qualité, ce qui rend les pertes irréversibles à court terme.
Les assurances agricoles et les fonds d’urgence régionaux devraient intervenir rapidement, mais le montant des compensations dépendra des expertises à venir. Les syndicats viticoles demandent également un soutien spécifique pour les domaines dont les vins pourraient être déclassés en raison des fumées.