Selon Reporterre, les moyens alloués à la lutte contre les incendies en France n’ont pas été renforcés à la hauteur des enjeux durant les deux quinquennats d’Emmanuel Macron, entre atermoiements budgétaires et prise de conscience tardive. Alors que les feux de forêt ravagent régulièrement le territoire, les partis politiques s’accusent mutuellement d’avoir affaibli les dispositifs de prévention et d’intervention, comme le rapporte l’enquête publiée par le média environnemental. Le gouvernement, de son côté, met en avant les mesures récentes pour justifier son action, mais les critiques persistent quant à l’insuffisance des moyens déployés sur le long terme.

Ce qu'il faut retenir

  • Les budgets alloués à la lutte contre les incendies n’ont pas suivi l’urgence climatique, malgré la multiplication des feux de forêt ces dernières années.
  • Le gouvernement assure avoir renforcé les moyens, mais les oppositions politiques dénoncent un héritage de sous-investissement.
  • Les critiques portent notamment sur l’entretien des forêts et les effectifs des services de secours, jugés insuffisants.

Un bilan contrasté après dix ans de gestion

Entre 2017 et 2026, les gouvernements successifs ont été pointés du doigt pour leur gestion des moyens dédiés à la prévention et à la lutte contre les incendies. Reporterre souligne que les crédits budgétaires n’ont pas été augmentés en proportion des risques accrus par le réchauffement climatique. Les associations environnementales et les collectivités locales réclamaient depuis des années un plan ambitieux, notamment pour l’entretien des massifs forestiers et le recrutement de pompiers supplémentaires.

Pourtant, le gouvernement actuel insiste sur les efforts consentis ces derniers mois. Lors d’une récente déclaration, Matignon a rappelé que « les moyens alloués à la protection des forêts ont été augmentés de 15 % depuis 2022 », une hausse présentée comme une réponse aux critiques répétées. Mais ces annonces tardives peinent à convaincre, alors que les feux de forêt battent des records en termes de superficie brûlée.

Des accusations croisées entre majorité et opposition

La polémique enfle depuis plusieurs semaines, chaque camp politique cherchant à se défausser sur l’autre. À l’Assemblée nationale, les débats tournent autour de la responsabilité historique de chaque camp. Les écologistes, par exemple, rappellent que le budget de la sécurité civile a stagné pendant des années, tandis que la droite et l’extrême droite pointent du doigt les retards dans la mise en œuvre des plans de prévention.

Un député LR, sous couvert d’anonymat, a ainsi déclaré : « On a préféré financer des subventions sans lendemain plutôt que d’investir dans des moyens pérennes ». Du côté de la majorité présidentielle, on rétorque que les annonces récentes, comme le déploiement de drones et de moyens aériens supplémentaires, prouvent une volonté de rattraper le retard. Reste à savoir si ces mesures suffiront à inverser la tendance.

« Les chiffres parlent d’eux-mêmes : malgré quelques avancées récentes, la France reste en retard par rapport à des pays comme le Portugal ou l’Espagne, où les budgets dédiés à la lutte contre les incendies sont bien plus élevés. » — Extrait de l’enquête de Reporterre

Des retards structurels difficilement rattrapables

Les spécialistes s’accordent à dire que les retards accumulés ne se comblent pas en quelques mois. Le débroussaillage des forêts, par exemple, reste insuffisant : selon les dernières données disponibles, seulement 40 % des zones à risque avaient été traitées en 2025, un chiffre en deçà des objectifs fixés par la loi. De même, les effectifs des services départementaux d’incendie et de secours (SDIS) n’ont pas été significativement augmentés, alors que les demandes d’intervention explosent l’été.

Les experts soulignent aussi que les moyens aériens — avions et hélicoptères bombardiers d’eau — sont souvent mobilisés en retard, faute de coordination suffisante entre les préfectures. Un rapport parlementaire, rendu public en juin 2026, avait pourtant pointé ces faiblesses, recommandant un renforcement immédiat des dispositifs. Pour l’instant, ces recommandations peinent à se traduire en actes concrets.

Et maintenant ?

Les prochains mois seront décisifs pour évaluer la portée des mesures annoncées. Le gouvernement a promis un plan quinquennal d’investissement dans la prévention des incendies, dont les premiers arbitrages doivent être rendus publics d’ici la fin de l’été 2026. Les collectivités locales, quant à elles, attendent des clarifications sur le partage des responsabilités entre l’État et les régions, notamment pour le financement du débroussaillage. Une chose est sûre : les feux de forêt continueront de rythmer l’actualité estivale, et la pression sur les pouvoirs publics ne fera que s’accroître.

Si la prise de conscience semble enfin s’imposer, les retards structurels demanderont des années d’efforts soutenus pour être comblés. Autant dire que les prochains étés seront déterminants.

Les budgets alloués à la lutte contre les incendies se répartissent principalement entre le débroussaillage (environ 30 % des crédits), les moyens aériens (25 %), le recrutement et la formation des pompiers (20 %), et la prévention auprès des populations locales (15 %). Le reste est consacré à la recherche et à l’innovation, comme le développement de systèmes de détection précoce.

Oui. Selon les données de l’Observatoire français des forêts, la superficie moyenne brûlée chaque année a été multipliée par trois entre 2000 et 2025. Les experts lient cette augmentation à la hausse des températures et à la sécheresse prolongée, deux phénomènes aggravés par le changement climatique.