Avec plus de 4 600 hectares brûlés en quelques heures dans les Pyrénées-Orientales et près de 10 000 personnes évacuées dès le début du mois de juillet, la saison des incendies 2026 s’annonce préoccupante. Selon Le Figaro, le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez a d’ailleurs souligné que la période de risque avait débuté « avec un mois d’avance » par rapport aux années précédentes. Pour comprendre cette évolution, il faut remonter près de quatre-vingts ans en arrière, où plusieurs étés ont marqué un tournant dans la gestion des feux de forêt en France.
Ce qu’il faut retenir
- En 2026, les incendies ont déjà détruit plus de 5 500 hectares dans les Pyrénées-Orientales et l’Aude en une semaine, avec des départs de feu intervenus dès le 1er juillet.
- Le grand incendie des Landes de 1949 reste l’un des premiers feux majeurs documentés, avec une propagation rapide dans un massif forestier alors peu surveillé.
- Le risque s’est déplacé, intensifié et précocifié depuis 1949, sous l’effet du changement climatique et des pratiques forestières.
- La saison des feux s’étend désormais sur une période plus longue, avec des départs de feu observés dès le printemps.
- Les surfaces brûlées augmentent : en 2026, les feux ont déjà atteint des proportions comparables aux années records des décennies passées.
Un début de saison hors norme
Les premiers feux de l’été 2026 ont déjà mis en lumière une tendance de fond : les incendies surviennent plus tôt dans l’année et sur des territoires autrefois épargnés. Dans les Pyrénées-Orientales, un incendie parti de Trévillach dimanche 5 juillet a parcouru 4 600 hectares en quelques jours, contraignant les autorités à évacuer près de 10 000 habitants. Dans l’Aude, un autre feu déclenché le 1er juillet a détruit plus de 900 hectares en 48 heures avant d’être maîtrisé le 3 juillet. Ces événements illustrent une réalité nouvelle : la saison des feux ne se limite plus à l’été, mais s’étend désormais jusqu’au printemps, voire plus tôt encore.
Pour Laurent Nunez, cette précocité n’est pas anodine. « La saison des feux a débuté avec un mois d’avance », a-t-il déclaré. Une situation qui interroge les services de secours et les experts, d’autant que ces départs de feu interviennent alors que les températures restent modérées et que les sols ne sont pas encore totalement asséchés. Autant dire que la situation pourrait s’aggraver dans les semaines à venir, si les conditions météorologiques se dégradent.
1949 : l’année qui a révélé l’ampleur du risque
Avant l’ère des satellites et des cartes de suivi en temps réel, c’est le grand incendie des Landes qui a marqué un tournant dans la prise de conscience du risque. Le 19 août 1949, un feu parti d’une scierie de Saucats, au sud de Bordeaux, a traversé en quelques jours le massif des Landes de Gascogne. Les flammes, alimentées par un vent violent et une végétation particulièrement sèche, ont ravagé des milliers d’hectares, révélant l’extrême vulnérabilité des forêts de pin maritime. À l’époque, les moyens de lutte étaient rudimentaires : pas de Canadairs, pas de réseaux de surveillance avancés, et des routes souvent inexistantes dans les zones boisées.
Ce sinistre a marqué les esprits et poussé les autorités à repenser la gestion des forêts. Des plans de prévention ont été élaborés, des coupures de combustible ont été créées, et les premières politiques de débroussaillage ont été mises en place. Pourtant, malgré ces mesures, les feux de forêt sont restés un risque majeur en France, évoluant au gré des changements climatiques et des pratiques humaines.
Des surfaces brûlées en constante augmentation
Depuis 1949, plusieurs étés ont confirmé cette tendance à l’aggravation. En 2003, l’été caniculaire avait vu plus de 70 000 hectares partir en fumée, un record à l’époque. En 2019, ce sont près de 15 000 hectares qui ont été détruits dans le Var et les Alpes-Maritimes, tandis qu’en 2022, plus de 60 000 hectares ont brûlé en France, selon les données de l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN). Ces chiffres montrent une accélération nette des surfaces touchées, en partie liée à l’allongement de la saison des feux et à l’intensification des périodes de sécheresse.
Les spécialistes s’accordent à dire que le changement climatique joue un rôle clé dans cette évolution. Les étés plus chauds et plus secs favorisent la propagation des feux, tandis que l’urbanisation croissante en zones forestières augmente le nombre de départs de feu accidentels. Les données de l’Observatoire national des feux de forêt (ONFF) indiquent que la durée moyenne de la saison des feux est passée de trois mois dans les années 1970 à près de cinq mois aujourd’hui.
Des territoires autrefois épargnés désormais touchés
Si les Landes, la Corse ou le Var restent des zones historiquement exposées, de nouveaux territoires voient désormais émerger des risques d’incendie. Dans les Pyrénées-Orientales, où les feux de 2026 ont déjà détruit des milliers d’hectares, la végétation méditerranéenne et les conditions climatiques locales créent un terrain propice aux départs de feu. « La précocité de ces incendies est un signal d’alerte », a expliqué un porte-parole des Pompiers de l’Aude. « Cela montre que le risque ne se limite plus aux zones traditionnellement exposées, mais s’étend à des régions où les feux étaient jusqu’ici rares. »
Cette extension géographique s’accompagne d’une intensification des feux. Les flammes se propagent plus rapidement, alimentées par des températures plus élevées et des vents plus violents. Les services de secours doivent désormais gérer des sinistres de plus grande ampleur, avec des moyens parfois dépassés. En 2022, près de 5 000 pompiers ont été mobilisés simultanément pour lutter contre les feux en Gironde, un record absolu.
Pour l’instant, les autorités appellent à la prudence. « La situation est sous contrôle, mais elle reste très tendue », a indiqué un responsable des Pompiers des Pyrénées-Orientales. « Chaque départ de feu est une menace, et nous devons rester mobilisés. »
Les spécialistes pointent plusieurs facteurs : le changement climatique, qui augmente la durée et l’intensité des sécheresses, l’urbanisation croissante en zones forestières, et l’abandon progressif des pratiques traditionnelles de gestion des forêts, comme le pastoralisme ou l’exploitation raisonnée du bois. Ces éléments combinés favorisent l’accumulation de biomasses sèches, propices à la propagation des feux.