Alors que les feux de forêt se multiplient dans le sud de la France, notamment en période estivale, une voix s’élève pour repenser la lutte contre ces sinistres. Arthur Guérin-Turcq, géographe spécialisé dans les risques naturels, estime que la stratégie actuelle, centrée sur la lutte active, n’est plus suffisante. Dans une analyse relayée par Libération, il appelle l’État à adopter une approche préventive, notamment en créant des zones tampons autour des villages et en déboisant certaines parcelles en cœur de forêt.

Ce qu'il faut retenir

  • Les incendies de forêt se multiplient dans le sud de la France, un phénomène accentué par les changements climatiques.
  • Arthur Guérin-Turcq, géographe, souligne que la lutte active seule n’est plus adaptée face à l’ampleur des feux.
  • Il préconise la création de zones tampons autour des villages et un déboisement ciblé en forêt pour limiter la propagation des incendies.
  • Ces mesures s’inscrivent dans une logique de prévention, jugée indispensable par le spécialiste.
  • L’État est appelé à jouer un rôle central dans la mise en œuvre de ces dispositifs.

Une stratégie de lutte dépassée par l’ampleur des feux

Les incendies de forêt représentent un enjeu majeur pour les territoires méditerranéens, où les conditions climatiques favorisent leur déclenchement et leur propagation. Selon Libération, Arthur Guérin-Turcq, chercheur en géographie et en aménagement, a récemment souligné que la France doit revoir sa doctrine de gestion des risques. « Tout miser sur la lutte n’est plus suffisant », a-t-il déclaré, rappelant que les moyens déployés pour éteindre les feux ne suffisent plus à endiguer les dégâts.

Pour ce spécialiste, la solution réside dans une approche préventive, capable de réduire l’intensité et l’étendue des incendies avant même leur départ. Il cite notamment l’exemple des zones tampons, des espaces déboisés ou entretenus qui servent de barrière naturelle contre les flammes. Ces dispositifs, bien que déjà utilisés dans certains pays, restent marginaux en France.

Des mesures ciblées pour protéger les zones habitées

Parmi les propositions avancées par Arthur Guérin-Turcq figure la création de zones tampons autour des villages, des espaces où la végétation serait contrôlée pour limiter la propagation des feux. Ces mesures visent à protéger les habitations et les infrastructures, souvent menacées lors des grands incendies. « Il faut agir en amont, en réduisant la biomasse inflammable dans les zones à risque », a-t-il expliqué.

Autre piste évoquée : le déboisement sélectif au cœur des forêts. En réduisant la densité de la végétation dans certaines parcelles, les feux pourraient être moins intenses et plus faciles à maîtriser. Cette méthode, bien que controversée, est présentée comme une solution pragmatique pour adapter les forêts aux nouvelles conditions climatiques.

L’État appelé à prendre les commandes d’une politique de prévention

Pour Arthur Guérin-Turcq, la mise en œuvre de ces mesures nécessite une implication forte de l’État. Il rappelle que la gestion des forêts et la prévention des risques relèvent en grande partie des pouvoirs publics. « L’État doit prendre les décisions nécessaires pour généraliser ces pratiques », a-t-il insisté, soulignant que les collectivités locales ne disposent pas toujours des ressources ou de l’expertise requises.

Cette prise de position s’inscrit dans un contexte où les feux de forêt deviennent de plus en plus fréquents et destructeurs. En 2025, la France a enregistré une augmentation de 30 % des surfaces brûlées par rapport à la moyenne des cinq années précédentes, selon les données du ministère de la Transition écologique. Face à cette tendance, les appels à une refonte des politiques de prévention se multiplient.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient être décisives pour la mise en œuvre de ces mesures. Un projet de loi sur la gestion des forêts et la prévention des incendies doit être présenté au Parlement à l’automne 2026. Arthur Guérin-Turcq espère que ce texte intégrera des dispositions pour les zones tampons et le déboisement ciblé. Reste à voir si les collectivités locales et les acteurs forestiers parviendront à s’accorder sur les modalités d’application.

D’ici là, la question reste entière : la France parviendra-t-elle à concilier préservation des forêts et protection des populations face à un risque en constante augmentation ?