Alors que le Var subit l’incendie le plus long de son histoire, les vignerons de la région voient leurs récoltes menacées par deux risques majeurs : les parcelles détruites par les flammes et la contamination des grappes restantes par le « goût de fumée ». Selon Le Figaro, cette situation inédite, à quelques jours seulement du début des vendanges prévu autour du 20 août, place les professionnels dans une incertitude totale quant à la qualité et à la quantité de leur production viticole.

Ce qu'il faut retenir

  • Dans le Var, 30 000 hectares de vignes sont concernés par les incendies, dont 50 hectares de vignes en production ont déjà été détruits, selon la chambre d’agriculture du Var citée par Le Figaro.
  • Certains vignerons ont perdu jusqu’à 30 % de leur surface viticole, avec des parcelles « atteintes à 100 % » dans les zones les plus touchées comme le secteur du Gros Bessillon.
  • La crainte principale réside dans le « goût de fumée » qui pourrait affecter les vins, rendant certaines bouteilles impropres à la commercialisation si les grappes ont absorbé les particules issues des incendies.
  • Les vignerons craignent également les conséquences des produits retardateurs utilisés par les Canadairs, comme le phosphate d’ammonium, dont les retombées pourraient contaminer les raisins.
  • L’œnotourisme, vital pour les domaines, a déjà subi un coup d’arrêt en juillet, avec une fréquentation « à zéro » en raison des fermetures de routes et des craintes des visiteurs.

Des dégâts matériels lourds et des perspectives de reconstruction incertaines

Le Var, département viticole majeur en Provence avec quelque 30 000 hectares de vignes, paie un lourd tribut face à l’incendie qui ravage la région depuis plusieurs semaines. Si certains vignerons du secteur du Gros Bessillon commencent à entrevoir une accalmie après trois semaines d’intenses combats contre les flammes, les bilans restent accablants. Fabien Mistre, président de la cave coopérative des vignerons de Correns, évoque une perte pouvant atteindre 30 % des surfaces viticoles pour certains exploitants, avec des parcelles « brûlées à 100 % » dans les zones les plus exposées. « Il faudra 20 à 30 ans pour tout reconstruire », estime-t-il, soulignant l’ampleur du défi qui attend la profession.

Au domaine Saint-Andrieu, situé à Correns, les dégâts sont également importants : une grande partie de la forêt de la propriété ainsi qu’un demi-hectare de vignes ont été réduits en cendres. Grégory Guibergia, responsable du domaine, se veut pourtant mesuré : « On peut relativiser, mais les pompiers sont encore mobilisés. À tout moment, cela peut repartir », explique-t-il. La situation reste sous haute tension, notamment avec le retour annoncé du mistral, un vent violent qui pourrait attiser les foyers résiduels. À seulement 15 kilomètres de là, au château de Nestuby, une « petite partie des vignes » a également été touchée, malgré une accalmie temporaire en début de semaine.

Le « goût de fumée », une menace invisible mais dévastatrice pour les vins

Si les flammes ont déjà causé des pertes matérielles considérables, c’est une autre menace, plus insidieuse, qui préoccupe désormais les vignerons : le « goût de fumée » dans les raisins. Les fumées et les cendres en suspension dans l’air peuvent en effet contaminer les grappes et altérer le profil aromatique des vins, leur conférant une amertume ou un arôme de brûlé peu apprécié des consommateurs. « On peut ne pas être touché du tout, comme on peut voir toute la production concernée par ce problème », reconnaît Grégory Guibergia, impuissant face à cette situation. Pour évaluer l’ampleur des dégâts, des échantillons de baies ont été envoyés en laboratoire dès le mercredi suivant les trois semaines d’incendie.

Certains domaines ont déjà anticipé ce risque. Au château La Calisse, situé au nord du Gros Bessillon, la propriétaire Patricia Ortelli explique que la plupart des parcelles ont été épargnées grâce à leur rôle de coupe-feu naturel. Cependant, certaines zones ont subi des échauffements : « Nous allons probablement ramasser les raisins et les vinifier séparément. Sinon, cela risque de donner un goût de brûlé dans les vins », précise-t-elle. Patricia Ortelli, installée depuis le début des années 1990 à Pontevès, rappelle d’ailleurs avoir déjà été confrontée à ce problème il y a 25 ans, lorsqu’elle avait dû déclasser une partie de sa récolte après une contamination similaire.

Les produits retardateurs et l’effondrement de l’œnotourisme aggravent la crise

Outre les flammes et le « goût de fumée », les vignerons du Var doivent désormais composer avec une autre préoccupation : l’impact des produits retardateurs utilisés par les avions Canadairs pour lutter contre les incendies. Fabien Mistre, également président de la Fédération des caves coopératives de la région PACA, se dit « en alerte » et attend une carte précise des zones ayant reçu ces produits, reconnaissables à leur couleur rouge. « Si certaines baies sont touchées, on ne mettra pas le vin à la vente », assure-t-il, évoquant une sélection parcellaire rigoureuse pour écarter les lots contaminés.

La crise touche aussi un volet économique essentiel pour les domaines : l’œnotourisme. Patricia Ortelli déplore une fréquentation « à zéro » en juillet, mois traditionnellement le plus dynamique pour les visites : « Juillet, c’est notre meilleur mois. Cette année, nous n’avons plus aucun touriste. Les routes étaient fermées, nous n’avons eu aucun visiteur. » Cette absence de visiteurs représente une perte financière directe pour les exploitations, déjà fragilisées par la baisse des récoltes. Le retour des touristes dépendra de la levée des restrictions et de la perception de la région par le public, un paramètre difficile à anticiper.

Une situation inédite qui pousse les vignerons à se documenter en urgence

Pour beaucoup de professionnels du secteur, cette situation est totalement inédite. Aurélien Bothuyne, vigneron depuis 9 ans au domaine du Haut du Clos, situé plus à l’est de l’incendie, décrit une situation « particulièrement angoissante ». Il mise désormais sur les raisins des parcelles n’ayant pas encore atteint leur maturité, espérant qu’ils auront moins absorbé la fumée. « L’appréciation gustative de l’œnologue est ce qu’il y a de plus fiable », souligne-t-il, alors que son équipe s’est réunie pour anticiper tous les scénarios possibles. « On se prépare à une totale inconnue », confie-t-il.

Paul Zussini, directeur d’exploitation du Clos Gauthier, situé à 7 kilomètres de l’incendie, attend lui aussi le début des vendanges pour connaître l’étendue des dégâts. Bien que son domaine n’ait subi que des retombées de cendre et de fumées, il n’exclut pas un impact sur les raisins : « Si mes baies étaient touchées, cela serait pour moi une première », admet-il. Il envisage de se documenter via les webinaires organisés sur le sujet pour mieux appréhender ce risque. Fabien Mistre, lui, se veut rassurant sur la capacité des professionnels à gérer cette crise : « On sait travailler nos sélections parcellaires. Si certaines baies sont touchées, on ne mettra pas le vin à la vente. »

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront décisives pour les vignerons du Var. Les premiers résultats des analyses en laboratoire, attendus dans les jours à venir, permettront d’évaluer l’impact réel des incendies sur les grappes. La date des vendanges, prévue autour du 20 août, constituera un autre moment charnière : c’est à ce moment-là que les professionnels pourront constater visuellement les dégâts et adapter leurs méthodes de récolte. Par ailleurs, la publication de la carte des zones traitées aux produits retardateurs, réclamée par plusieurs acteurs du secteur, apportera des éléments de réponse sur un autre risque de contamination. Enfin, la réouverture des routes et la levée des restrictions de circulation pourraient relancer l’œnotourisme, essentiel pour la trésorerie des domaines.

En attendant, les vignerons restent en état d’alerte maximale. Entre les flammes, la fumée et les incertitudes économiques, la campagne viticole 2026 s’annonce comme l’une des plus difficiles de ces dernières décennies pour la région.

Le « goût de fumée » dans le vin est causé par l’absorption des particules de fumée et de cendres par les grappes pendant les incendies. Ces particules contiennent des composés phénoliques qui altèrent le profil aromatique du vin, lui donnant un arôme de brûlé ou d’amertume. Ce défaut peut rendre le vin impropre à la commercialisation, obligeant les vignerons à écarter les lots contaminés ou à les vinifier séparément pour tenter de limiter l’impact.